Histoire du port du Loch en Primelin

01 novembre 2017

30 - Le port des Saints et l'anse Saint-Yves

Le port des Saints de Plogoff et l'anse Saint-Yves

   La plupart des Saints du Cap-Sizun ont une origine bretonne insulaire, mais leur biographie est souvent inconnue. Leurs pouvoirs sont variés : les uns sont invoqués comme guérisseurs, les autres passent pour accorder des grâces spéciales ou sont les protecteurs du pays.

    Dans ces pouvoirs différents trouverait-on le souvenir de ce qu’ils ont été, de ce qu’ils ont fait ?
Les Saints guérisseurs auraient-ils été des personnages dont la charité et le dévouement étaient la règle de vie ?
Les maux pour lesquels ils sont invoqués étaient-ils ceux qui affligeaient le plus fréquemment les populations parmi lesquelles ils vivaient ?
Les Saints invoqués pour des faveurs spéciales étaient-ils fortunés, détenteurs de biens fonciers ?
Les Saints protecteurs des paroisses, étaient-ils les puissants de leur époque ?
Les connaissances sont si obscures qu’il est difficile de répondre à toutes ces interrogations.

   La crique de Porzen de Plogoff (voir la flèche rouge de la carte ci-dessous) : Pors ar Sent (le port des Saints), située en contre-bas de la chapelle de Notre-Dame du Bon-Voyage et du Bon Port, est aujourd’hui impraticable. Il n’en était pas de même autrefois. La légende y fait, en effet, débarquer trois futurs Saints. La tradition semble avoir conservé le souvenir de l'arrivée de deux d'entre eux : Saint They ainsi que son frère malheureux Saint Trémeur. Le terrible comte CONOMORE du Poher, rencontra les deux enfants un jour de chasse, reconnaissant qu'ils étaient les fils de sa femme Tréphine, il les décapita. Alors les deux saints prirent leurs têtes entre leurs bras, gagnèrent la côte et montèrent dans un bateau. Saint They voulant avoir les mains libres pour hisser la voile et manœuvrer à son aise, remit sa tête sur son cou. Aussitôt celle-ci s'attacha, reprenant vie comme si elle n'avait jamais été détachée de son corps. Saint Trémeur, quant à lui, s'était assis à l'arrière de la barque, la tête posée sur ses genoux. Voyant le miracle, il voulut imiter son frère. Mais le vent s'étant levé, il ne put replacer sa tête dans la bonne position et dut la conserver entre ses mains. Saint They parvint à conduire la barque dans une crique du Cap Sizun qui a gardé depuis le nom de Pors ar Sent (le port des Saints). Bientôt ceux-ci établirent leurs ermitages sur la paroisse de Cléden et après leurs morts, des chapelles furent érigées aux lieux où ils avaient édifié le peuple fidèle.

Ch30 - Carte de l'anse de Saint Yves en 1776Carte de l'anse Saint-Yves en 1776 (les S ressemblent à des F)

   Pors ar Sent, (Porzen sur les cartes modernes), se situe dans l'anse du Loch (si l'on considère que l'anse s'étend de la pointe de Plogoff à la pointe du Castel). Il constitue donc un endroit important au tout début de l'évangélisation du Cap-Sizun. Même si l'histoire sur l'arrivée de Saint They et de Saint Trémeur semble être une légende, il n'en demeure pas moins que cette petite crique a été baptisée : le Port des Saints. Des édifices religieux y ont été construits dans différents matériaux depuis le début de l'évangélisation du Finistère au V ème siècle.

Ch30 - Porsen (Le port des Saints et la vallée Ar Stancou)Porzen (Le port des Saints) et la vallée "Ar-Stancou"

Ch30 - Porsen (Le port des Saints) Porzen (Le port des Saints)

   Pour la petite histoire, Il y a un autre lieu à Plogoff qui pourrait porter à confusion avec Porzen. Il est nommé sur les cartes modernes Porzan - sur les cartes anciennes : Portzan ou Porszann. Ce lieu est à l'est du petit port de Bestrée. Il y a souvent méprise entre les 2 endroits

Ch30 - La crique du Porzan (Portzan)La crique du Porzan et non du Porzen comme indiquée sur cette carte postale

   Entre cette petite crique et le port de Bestrée se trouve également une arche naturelle qui sera en 1909, le premier site classé dans le Cap-Sizun, avec la falaise du Castel-Coz en Beuzec-Cap-Sizun. Dans plusieurs documents cette arche est indiquée par erreur comme étant à Porzen (elle se situe à Porzan).

Ch30 - L'arche de PortzanL'arche naturel du Porzan

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La chapelle Saint-André du Porzen

   Bien avant 1600, une chapelle en pierre au nom de Sant Andro (Saint-André) est construite à Pors ar Sent en bord de mer dans le vallon de « Ar-Stancou » au plus bas de la crique, mais menacée de destruction par l’érosion qui grignote le fond de l'anse, son transfert fut envisagé à quelque 1200 mètres au village de Landrer dans les années 1625. Je ne sais pas si la reconstruction a été réalisée à l'identique car de cette époque il ne subsiste rien. Dans la chapelle de Landrer la date de 1626 est gravée dans la pierre en plusieurs endroits. Saint-André est invoqué pour la guérison de la coqueluche, an dreo en breton.

Ch30 - Chapelle Saint André à LandrerChapelle Saint-André de Landrer - Plogoff

Ch30 - Chapelle Saint André - Bénitier de 1626Ch30 - Chapelle Saint André - Autel

 

Ch30 - Chapelle Saint André de Landrer à Plogoff - Pardon en 2002Pardon de Saint-André en 2002

    Il y a eu plusieurs missions dans le Cap-Sizun jusqu'à Plogoff.
En Juillet 1643, le Père MAUNOIR et ses collaborateurs, lors d'une mission, en font une description relativement intéressante (Tome 1 de l'Histoire du vénérable serviteur de Dieu : Julien MAUNOIR, pages 187-190)
(...) Peu éclairés au point de vue religieux, les habitants travaillaient le dimanche comme les autres jours. Des danses nocturnes avaient lieu dans les chapelles de la côte … Ils étaient victimes des superstitions les plus grossières : des femmes, par exemple, détachaient des murs des chapelles les images des Saints et les menaçaient des traitements les plus odieux, si leurs maris ou leurs enfants alors sur mer ne leur étaient promptement rendus. Ce retour se faisait-il attendre, les menaces étaient exécutées. Les saintes images étaient placées dans l'eau ou même flagellées au milieu des plus indignes outrages. D'autres balayaient avec soin la chapelle la plus voisine de leur demeure, en recueillaient la poussière et la jetaient en l'air, pour que le vent devint propice aux barques des pêcheurs. A la fin des exercices spirituels de la mission, la masse des fidèles était convertie ; seuls les débitants de boisson se montrèrent réfractaires à la grâce …

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La chapelle Saint-Yves de l'anse Saint-Yves

   En breton, Saint Yves est appelé Sant Erwan ou Ewan dans le Trégor : Eozen, Yoen, Yon dans le Léon : Youen, Yeun, Cheun, Noun, Ewon en Cornouaille : Izan, Izen, Iwen, Iven, Iwan, Ewan, Evan en Vannetais.

   Mais qui était Saint Yves ? Les avocats et les magistrats en ont fait leur saint patron. Yves HELORY de Kermartin voit le jour à Tréguier, en 1253. Il rejoint Paris pour ses études en 1267, et devient juge ecclésiastique à Rennes, puis à Tréguier. Il consacra sa vie à la justice, aux pauvres et opprimés, mais aussi aux lépreux et aux pestiférés, il fut aussi le défenseur des droits de la Bretagne. A sa mort, en 1303, son tombeau devint un lieu de pèlerinage à Tréguier. Ce fut l'un des rares Saints Bretons à être canonisé le 19 mai 1347 par le pape Clément VI. On dénombre en Bretagne 140 lieux de culte qui lui sont dédiés. A Plogoff son pardon se déroule lors du troisième week-end de mai.

   Il existait une petite chapelle nommée Saint-Yves dans l'anse du Loch (voir dans le rond rouge sur la carte au-dessus dans l'anse Saint-Yves), c'était un petit édifice de 10 mètres de long sur 6 mètres de large). Son petit clocheton carré se terminait par un petit dôme conique. Cette chapelle semble avoir été construite vers la première moitié du XVème siècle à l'Ouest de la base d'une petite avancée rocheuse du Loch côté Plogoff, à coté du kougon qui portera son nom : le Kougon Sant-Youen.

Kougon ou Cougon : Il s’agit là d’un terme particulier au vocabulaire du Cap-Sizun. Comme porz, un kougon désigne une entaille dans le trait de côte, mais la différence entre les deux n’est pas toujours évidente. Je reviendrai la dessus sur le prochain chapitre :  Toponymie marine du Loch et Cap-Sizun

Ch30 - Chapelle Saint Yves - Représentation de la chapelle au Loch-Reconstitution de l'emplacement de la chapelle Saint-Yves au Loch Plogoff

Ch30 - Chapelle Saint Yves - Emplacement initial de la chapelle au LochEmplacement de la chapelle sur son ancien promontoire, comme elle pouvait l'être il y a bientôt 400 ans

   Il est probable que le clocher de la chapelle était placé à l’Ouest et l'autel à l'Est, comme 90% des édifices religieux du Cap-Sizun. Je l'ai volontairement placé à l'est sur ma représentation, du fait de mon imaginaire débordant : j'ai pensé que la porte de la chapelle pouvait donner sur le gougon du même nom. Existait-il avant sa construction en dur une autre chapelle auparavant ? Mystère.

   Après la Révolution française, durant l'été 1795 les chapelles du Cap-Sizun sont vendues lors de ventes aux enchères. Au même moment, mobiliers et ornements sont également cédés. Saint-Yves, qui servait de caserne pour l'armée révolutionnaire, subira le même sort. Elle fut adjugée à Jean PRIOL pour 800 livres. En guise de comparaison voici ci-dessous les montants atteints des autres chapelles environnantes :
- Notre-Dame du Bon Voyage, vendue à Jean CARIOU, procureur de Plogoff pour 1100 livres.
- Saint-Molien, vendue à Mathieu THALAMOT pour 450 livres.
- Saint-André, vendue à Simon CARVAL pour 2025 livres.
- L'église monumentale de Saint-Tugen fut acquise par Simon DAGORN pour 20100 livres.
- Saint-Trémeur, qui servait d'écurie pendant la Révolution pour les chevaux des soldats gardes-côtes fut achetée par Yves ROZEN de Kerfeurguel pour 650 livres le 16 août 1795.

   Naturellement, les propriétaires légaux de ces édifices étaient libres d'en disposer à leur gré. Mais, il faut le dire, les acquéreurs de chapelles et d'églises les achetèrent presque toujours pour éviter leur profanation et avec l’intention de les rendre un jour. Après la Révolution, les chapelles furent rendues au culte et pourvues du mobilier nécessaire grâce à la générosité des fidèles. Certains d'entre eux rapportèrent les anciens meubles vendus quelques années auparavant. Quant aux statuts et aux ornements religieux la plupart ont été détruits.

   A l'issue de cette période tourmentée, la chapelle Saint-Yves était en mauvais état. La cloche n'existait plus, elle avait été descendue pour être fondue en canon ou en monnaie. La chapelle était le seul bâtiment visible sur la côte du Loch, il n'y avait aucune habitation aux alentours. Les premières maisons ont été construites sur les collines avoisinantes : villages de Keringar et Toramur sur la commune de Plogoff ainsi que Kerloc'h Isella et Kerloc'h Huella à Primelin.

Ch30 - Liste des édifices religieux de Plogoff sous l'Empire en 1806Inventaire des édifices religieux de Plogoff réalisé en 1806 par le clergé

   Sur des cartes très anciennes on discerne quelques erreurs. On identifie bien la chapelle Saint-Yves dans l'anse du Loch mais avec des noms différents comme par exemple «Saint-Yvon» ou «Saint-Nicolas». !!!

Ch30 - Ancienne carte du Cap-Sizun d'avant 1700

Ch30 - Ancienne carte du Cap-Sizun (Carte de Bellin)

Ch30 - Ancienne carte du Cap-Sizun

   L'érosion de la falaise arrivait au ras de la chapelle, elle risquait à terme d’être emportée avec les éboulis de la petite avancée rocheuse. En 1817, la décision est prise de la déplacer. Elle est donc transportée pierre par pierre juste à coté du lieu-dit « Kerguidy » sur la parcelle « Roz-Kergaouren ». En remerciement, le généreux donateur du terrain hôte bénéficia d’une place gratuite à vie à l’église paroissiale de Plogoff durant les offices.

   Ce nouvel emplacement situé à 3,2 km du précédent prendra naturellement le nom du lieu-dit Saint-Yves et l'anse du même nom tombera dans l'oubli. La chapelle est maintenant située à 72m de hauteur, au sommet d’un des endroits le plus élevé de la commune de Plogoff, histoire de ne plus jamais risquer un nouveau déplacement en raison de l’érosion côtière.

   Des années après le déplacement de la chapelle et la lente progression de la mer sur le promontoire rocheux délaissé des restes humains on été trouvés. C’était une histoire que se racontaient les anciens : des cercueils enterrés debout disaient ils. Même s’il n'y avait pas beaucoup de place autour de la chapelle, il est pourtant peu probable que l'inhumation des défunts ait été effectuée ainsi.

   Sur le cadastre napoléonien de 1836, la chapelle n'était donc déjà plus là, mais on retrouve des indications intéressantes : par exemple la parcelle 1550 (Section D2 de Bon-Voyage) se nomme "Keringar parc ar chapel". La parcelle 1549 se nomme "Keringar tal santeroan" : une traduction possible pourrait être "à côté de Saint Erwan". Le fameux petit éperon rocheux « Bec Sant-Youen » a le numéro 1236 (Section C3 Bourg).

Ch30 - Cadaste napoléonien de 1936 de l'emplacement de l'ancienne chapelle Saint-YvesCadastre napoléonien de 1836 - Emplacement de l'ancienne chapelle Saint-Yves

   Juste après la seconde guerre mondiale (soit 130 ans après), il y avait encore quelques vieilles kapenn (nom des femmes capistes en breton et de la coiffe qu’elles portaient) qui se signaient en passant à coté du lieu où se situait la chapelle Saint-Yves autrefois. Même si la chapelle n'est plus là, elle reste présente dans les mémoires. Le petit chemin côtier qui relit le Kougon Saint-Yves jusqu'à l'autre côté du petit Loch, porte toujours le nom de "chemin de Parc ar chapel" pour les anciens.

 

   Le kougon Saint-Yves est maintenant appelé kougon Anna. C'est le prénom de Madame YVEN, née CARIOU, qui habitait dans la maison à côté du kougon. Les jeunes nés après-guerre n'ont jamais connu l'existence de la chapelle, lorsqu'ils partaient à la plage, ils précisaient à leurs parents qu'ils allaient au Loch ou au petit Loch ou au kougon "Dom" ou encore au kougon "Anna". La petite plage près de la maison d’Anna c’est une petite crique toujours propre.

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   En bordure de la route, en 1817 au lieu-dit « Kerguidy », la chapelle a donc été reconstruite approximativement, certaines pierres gravées on été remontées à l'envers. En ce lieu existait déjà le calvaire que nous connaissons aujourd’hui. Il est relativement imposant par rapport à la chapelle. Sur un ensemble octogonal très élevé, se dresse une croix en pierre dont le fût porte la date de 1805. Sur le socle l’inscription y est plus difficilement déchiffrable : JEAN KERSAVDY : F. 1670.

Ch30 - Chapelle Saint Yves de Plogoff 0

Ch30 - Chapelle Staint Yves de Plogoff 1Ch30 - Chapelle Staint Yves de Plogoff 2

 

 

Ch30 - Chapelle Staint Yves de Plogoff 3Ch30 - Chapelle Staint Yves de Plogoff 4

 

 

 

 


 

Ch30 - La chapelle St Yves - Pardon en 1935 a

Ch30 - La chapelle St Yves - Pardon en 1935 bChapelle Saint-Yves - Pardon au début des années 1930

   Au milieu du XXème siècle l'état de la chapelle se détériorait. Dans les années 1950 il n'y a plus d'offices religieux dans la chapelle car l'édifice devient dangereux. Le pardon de Saint-Yves sera célébré à l’extérieur le 3ème dimanche de mai malgré tout. Au milieu des années 1960, une partie du mur nord s'écroule et la situation du toit n’est pas plus réjouissante. La chapelle est entourée de ronces et de végétations, c'est une ruine. En 1966 est construit un imposant château d'eau à 30 m au sud-ouest.

Ch30 - Restauration chapelle St Yves - Camp scout de Longwy 1970-08 b

Ch30 - Restauration chapelle St Yves - Camp scout de Longwy 1970-08 aEn 1970 la chapelle Saint-Yves est devenue une ruine

La renaissance de la chapelle Saint-Yves. Une providence inespérée.
   Durant l'été 1970, des Scouts de France de la Troupe des Pionniers de la 2éme Longwy en Meurthe-et-Moselle (54), avaient décidé de faire un camp en Bretagne. C’est un des responsables le chef scout Roger LAHAYE (†) qui avait repéré lors d’un séjour dans notre région la chapelle en ruine sur la route de la Pointe du Raz. Il a proposé l’idée de la restaurer lors d’un camp d’été. L'abbé Le FLOC'H, et le maire de Plogoff de l’époque furent ravis de soutenir cette démarche. Durant le mois d'août, les scouts composés d'une soixantaine de pionniers et de trente petits vont avec l'aide d'artisans bénévoles du Cap-Sizun travailler sur le projet.

   J'ai réussi à retrouver un membre de l'équipe des scouts : André BALLEREAU. Il témoigne, ci-dessous avec de nombreuses photos, de l'histoire du sauvetage de la chapelle Saint-Yves de Plogoff.

Ch30 - Camp de scouts au Trez

 (...) Notre camp de base était établi sur les dunes de Trez-Goarem à Esquibien près de Saint-Tugen au cours du mois d'août.
    A notre arrivée la chapelle était une ruine, son mur nord était complètement éventré, envahi par les ronces et les herbes. Le fronton complètement déscellé, avait perdu ses pierres, le clocher vacillait à chaque coup de vent. Un pan du toit était éventré et ses ardoises éparpillées, la poutre centrale menaçait de s’effondrer. Nous avions 20 jours, la durée du camp, pour remettre les choses en l’état.
   Tous les matins, les jeunes scouts partaient sur le chantier. Dans un premier temps, il a fallu dégager l’envahissement végétal, puis les scouts ont complètement déposé le toit mettant à nu les murs et le fronton, très délabré sur un côté.

Ch30 - 1970 - reconstruction chapelle Saint Yves 1   Le mur instable a ensuite été complètement démonté, les pierres triées et classées. Il y avait des pierres pour le mur intérieur (moellon) et des pierres pour le mur extérieur (pierres taillées). Les joints de l’époque étaient en argile.
   Puis a été entrepris le remontage du mur. J'étais responsable pour le mur et la taille de pierres. Ce mur à double épaisseur a été construit à l’identique avec une face extérieure et intérieure. Le jointage central a été refait au mortier.
   Les jeunes scouts se sont succédé, à la brouette au sable au ciment, et cela dans la bonne humeur. Le mur sud n’étant pas dégradé, nous a servi de modèle pour l’agencement et l’alignement des pierres.

Ch30 - 1970 - reconstruction chapelle Saint Yves 2De nombreuses pierres autour de la chapelle en ruine, avaient disparu au fil des années.
(...) En milieu de chantier il nous manquait de nombreuses pierres taillées : le père Le FLOC'H de Plogoff nous en a trouvé.Nous avons été les récupérer avec notre estafette dans la cour du presbytère où elles étaient stockées.

Ch30 - 1970-08 - Restauration chapelle St Yves - Gigi BARETTO et Roger LAHAYEGigi BARETTI (†) chef de camp et Roger LAHAYE (†) initiateur du projet

   Le fronton et la base du clocher re-stabilisé, les grosses pierres avec des inscriptions gravées, ont été montées à la force des bras via des planches inclinées. Trois jours seulement avant notre départ, Guillaume YYEN, le menuisier du village nous a livré la charpente du toit. Nous l’avons montée, cloué la volige, mais les ardoises n’étaient pas au rendez vous. Elles seront posées dans les semaines qui on suivi le départ des scouts.

Ch30 - 1970 - Restauration chapelle St Yves - Montage du toitMontage de la toiture - l'Abbé DEMANGE (en noir)

(...) A la fin du chantier, l’océan déchaîné n’a pas permis de récompenser les scouts méritants qui attendaient avec impatience leur balade promise en mer par les pêcheurs mais la vision de cette chapelle ressuscitée a été leur plus belle récompense.

   Durant les mois suivants, l'abbé Le FLOC'H, formé en menuiserie achèvera quelques éléments intérieurs de la chapelle. Il semblerait par exemple que les portes aient été réalisées avec des planches appartenant au dernier carrosse de l'évêque qui était entreposé dans un hangar. L’abbé, les avaient récupérées à Quimper.

   André BALLEREAU lors d'un échange téléphonique m'a indiqué avoir découvert avec l'équipe de bénévoles que la grande marche qui accédait à l’autel était tout simplement une vieille dalle d’autel reconnue comme telle par l'aumônier du camp des scouts. Cette pierre retournée devait être la vielle pierre d'autel d'origine lorsque la chapelle était encore au Loch. Lors du déplacement de l'édifice en 1817, une dalle de pierre plus grande a dû être réalisée pour le nouvel autel (celle que nous connaissons aujourd'hui). Après la restauration de 1970 l'ancienne dalle redécouverte a été placée devant la porte principale de la chapelle. On peut remarquer en son centre la zone carrée caractéristique d'environ 30 cm prévue pour la pose de la pierre d'autel consacrée.

 

Ch30 - L'ancienne dalle d'autel de la chapelle Saint-Yves L'ancienne dalle d'autel de la chapelle Saint-Yves

   Les reliques du Saint patron contenues dans le sépulcre de l’autel ou de la pierre d’autel on sans doute été détruites durant la Révolution.

   Dans toute église ou chapelle il y a au moins un autel. Avant d'y célébrer le Saint Sacrifice, le prêtre, procède à une longue et magnifique cérémonie qui rappelle le baptême et qu'on appelle "consécration". Sans autel une église n'a ni âme, ni centre de perspective.

   L'année suivante, le jour du pardon, le 23 mai 1971, aura lieu l'inauguration de la chapelle restaurée. La procession partit de l'église paroissiale à 10 h, pour se rendre à Saint-Yves pour la bénédiction de la chapelle avant la grand messe de 10 h 30. 

Ch30 - Inauguration Saint Yves - 23 mai 1971 bCh30 - Inauguration Saint Yves - 23 mai 1971 a

 

 

 

 

 

 

 

 

Ch30 - Inauguration Saint Yves - 23 mai 1971 cCh30 - Inauguration Saint Yves - 23 mai 1971 d

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 



Inauguration de la chapelle Saint-Yves restaurée le 23 mai 1971

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Ch30 - Le calvaire de Saint Yves
Ch30 - Clocher de la chapelle Saint Yves en 2004 (avant la restauration)


Ch30 - La chapelle St Yves - Pardon en 2004

Ch30 - Coeur de la chapelle Saint Yves en 2004Chapelle Saint-Yves - Pardon en 2004 

   Jadis les chapelles étaient gérées par un conseil de fabrique pour les plus importantes et par un fabricien pour les plus petites. Le fabricien était surtout un homme de confiance auprès du clergé. Ce n'était pas obligatoirement un notable, mais il devait quand même pouvoir tenir les comptes de la fabrique. Sur la chapelle Saint-Yves on retrouve des pierres sculptées aux noms de différents fabriciens avec un F avant le nom. Elles ont été taillées aux dates importantes de la réalisation ou restauration de la chapelle.

   Au chevet oriental de la chapelle, il y a plusieurs inscriptions visibles en lumière rasante plus ou moins lisibles. Sur une pierre à l’envers, une inscription indique : J. KERLOCH Fab 16?2 surmontée par une caravelle sculptée dans le granit. On peut lire également sur une autre pierre PPM (PPM ? peut être PPN : Priez Pour Nous ?).

Ch30___Chapelle_Saint_Yves___Pignon_EstInscription coté Est de la Chapelle Saint-Yves

   Concernant la date sur la pierre inversée. Dans les documents de l’évêché il est indiqué 1652, moi personnellement je lis sur la pierre 1612.

Ch30 - Chapelle Saint Yves - Pierre de 1612 coté EstCh30 - Chapelle Saint Yves - La caravelle de pierre

 

 

 


        
La pierre de "1612" inversée remise à l'endroit pour la photo   ----   La caravelle de pierre

   Sur le fronton occidental se trouve une autre inscription : Mre GUILLOU recteur 1648 - Clet CARNN F. 1817. Au dessus de la fenêtre coté sud cette autre inscription : M. P. CARNN R. 1817

Ch30 - Chapelle Saint Yves 1

Ch30 - Chapelle Saint Yves 2

   La chapelle Saint-Yves n'est ni classée, ni même inscrite aux monuments historiques, malgré tout, des subventions inespérées vont permettre de la restaurer en respectant son aspect initial. En 2005, l'architecte des Bâtiments de France indiquait que les gros travaux de 1970 « étaient une restauration efficace, mais rustique et maladroite, qui ne répondait guère aux critères architecturaux d'un édifice si ancien ».

   De 2006 à 2012, plusieurs vagues de travaux seront réalisées : drainage autour de la chapelle, travaux de maçonnerie, jointements des murs extérieurs à la chaux, consolidation du clocher ainsi que l'ajout d'une croix en métal en 2009. La toiture sera également revue en 2010, les deux puits de lumière dans la toiture ne seront pas remis.

   Les travaux s’achèveront à l'intérieur de l'édifice par la réalisation d'un dallage au sol, la peinture de tous les murs intérieurs en blanc et de la voûte en bleu. La réalisation de tous ces travaux a pu se faire grâce aux subventions de la région, du département, de la mairie de Plogoff ; aux soutiens de l'organisme de Conservation départementale du patrimoine et des musées, de l'association de sauvegarde du patrimoine de Plogoff ; à l'engagement de tous les bénévoles de l'association qui ont permis de récolter les fonds complémentaires nécessaires.

Ch30 - Intérieur de la chapelle Saint Yves 1

Ch30 - Intérieur de la chapelle Saint Yves 2Intérieur de la chapelle Saint-Yves

   A l’intérieur de la chapelle, deux statues : Saint-Yves et la Piéta du XVIème siècle ainsi que le christ en croix ont été restaurées dans le Morbihan en 2008.

Ch30 - Statue de Saint YvesCh30 - Statue de la Piéta de Saint Yves

   Un vitrail sobre mais lumineux, représentant Saint-Yves a également été réalisé en 2008. Il a été créé par le jeune artiste de Pont-Croix, Steven PENNANEAC'H et façonné par l'entreprise de maîtres-verriers Le BIHAN à Quimper.

Ch30 - Le vitrail de Saint YvesLe vitrail Saint-Yves

   L'inauguration de la chapelle remise à neuf a été célébrée le Dimanche 13 mai 2012 lors d’une messe présidée par le père, originaire de Plogoff, Armand GUEZENGAR assisté par les prêtres Jean-François GOURLAOUEN et Désiré LARNICOL. Un banquet organisé à la salle polyvalente a clôturé cette belle journée.

Ch30 - St Yves - Inauguration rénovation 2012L'ancienne chapelle Saint-Yves du Loch est maintenant prête à affronter les siècles à venir

Ch30 - Chapelle saint Yves 2017La chapelle Saint-Yves - 2017

   Pour terminer sur l'histoire de la chapelle Saint-Yves, je voudrais vous parler de la cloche de l'édifice où est inscrit : RED ROSE 1880.
   Cette cloche appartenait à un cargo à vapeur anglais de 73 m qui s'est échoué sur les roches de Kornog-Bras de la chaussée de Sein, à 4 Km à l'ouest du phare d'Armen le 10 août 1884. Il transportait du minerai de fer vers Newport au Pays de Galles. Il y a très peu d'informations sur le naufrage de ce navire qui git maintenant à 60 m de profondeur (48.06063, -5.052015) mais il semblerait qu'il y ait eu de nombreux objets récupérés sur le navire avant qu'il ne disparaisse. Une pièce particulière du vapeur se retrouvera dans une vente aux enchères à Audierne très peu de temps après : la cloche de pont du RED ROSE. La chapelle n'ayant pas de cloche, un certain Noël André COUILLANDRE charpentier à Saint-Yves perçoit immédiatement l’intérêt de l'acheter pour elle.

   L'histoire de cette cloche retrouvée a une autre histoire dans la mémoire collective. En effet, toutes les personnes que j'ai croisées, m’ont indiqué que la cloche avait été récupérée dans un filet dans le Raz de Sein par un certain Noël COUILLANDRE. J’y ai cru, car même les journaux de la fin du XX ème siècle ont relaté à plusieurs reprises cette information. En fait le Noël COUILLANDRE (1887-1965), en question, pêcheur de son métier était le fils de Noël André COUILLANDRE (1849-1942) charpentier, et cette cloche n’a jamais été récupérée en mer par le fils, mais bien achetée aux enchères par le père. Bien originale cette petite histoire de cloche récupérée dans un filet mais c'était une légende contemporaine.

   Cette cloche était rangée dans une caisse en bois durant la première moitié du XXème siècle dans la chapelle. Elle était montée au clocher seulement le jour du pardon. Au milieu du XXème siècle, lorsque la chapelle tombera en ruine, la cloche sera rangée dans la maison des descendants de Noël COUILLANDRE, ainsi que dans celle des voisins proche de la chapelle sauf le jour du pardon où elle reprenait sa place dans le clocher. Cette cloche se retrouvera également pendant plusieurs années à l'école du Christ Roi de Plogoff. Elle ponctuait les moments de pauses et de reprises des cours. En 2000, la cloche sera restaurée et vernie pour le jour du pardon, mais il faudra attendre la fin des années 2005 pour quelle soit scellée définitivement en haut du clocher de la chapelle pour y rester définitivement.

Ch30 - La cloche Red Rose de la chapelle Saint YvesLa cloche RED ROSE de la chapelle Saint-Yves en 2017 (le vernis a presque disparu)

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La chapelle Saint-Molien de Pennéac'h

   A l'ouest de Porzen il y avait une autre petite chapelle construite en 1662 à Pennéac'h (au dessus de Pors-Loubous) que l'on retrouve avec plusieurs orthographes : la chapelle Saint-Volien, Voulien, Molien, Moëllien, Maudez, Tramoelian (voir dans le rectangle rouge sur la carte au début du chapitre). Le sanctuaire se trouvait sur la parcelle portant le n° 1521 du cadastre napoléonien de 1836 (section E2 de Pennéac'h). Un petit cimetière entourait la chapelle (parcelle n° 1522).

Ch30 - Ancienne chapelle de St MolienA partir de 1830 aucune messe n’y sera célébrée, elle sera détruite en 1852. Bien que cette chapelle "ne soit pas du Loch" mais sans doute liée au port des Saints car proche du lieu, ses pierres serviront à restaurer le clocher de la chapelle de Notre-Dame du Bon-Voyage la même année. Ce Saint était invoqué par les marins pour obtenir du vent.

Ch30 - St Molien - position de l'ancienne chapelleEmplacement de l'ancienne chapelle Saint-Molien

Ch30 - St Moilien - l'ancienne chapelle   Aujourd'hui nous retrouvons dans ce lieu un lavoir réalisé avec de belles pierres, certaines de grandes dimensions. A droite du chemin, un dense bosquet d'aubépines cache les restes d'un mur difficile d'accès. Une des pierres recouverte de mousse attire le regard. Il semblait y avoir une croix gravée que l’on peut discerner en touchant avec la main les zones de creux. Légèrement à droite sous la croix principale il semblerait y avoir une autre plus petite. Probablement une ancienne pierre funéraire.

Ch30 - St Moilien - La pierre 1

 

Ch30 - St Moilien - La pierre 2La pierre mystérieuse de Saint-Molien

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La chapelle Notre-Dame du Bon-Voyage

   Cette chapelle n'est pas une chapelle oubliée. Elle a été construite au début des années 1700 et n'a jamais été déplacée. J’ai déjà réalisé un chapitre relativement bien documenté sur cette chapelle consultable ici : Notre-Dame du Bon-Voyage. Elle surplombe à gauche l'ancienne anse de Saint-Yves maintenant appelé l'anse du Loc'h et à droite le Porzen (le port des Saints).

Ch30 - Chapelle Notre Dame du Bon VoyageLa chapelle de Notre-Dame du Bon-Voyage

   Pour terminer ce chapitre, je souhaite avec l'aide de Noel PEUZIAT, vous parler d'un tableau réalisé dans les années 1925-1930 par Odette PAUVERT. Ce tableau a été "re-découvert" dans la mairie de Locronan en 2012 : un article de journal de novembre 2015 explique cela :
http://www.letelegramme.fr/bretagne/locronan-un-tresor-dans-le-grenier-16-11-2015-10850914.php

Ch30 - Toile de Odette Pauvert - Invocation à Notre Dame des Flots   Le tableau intitulé " Notre-Dame-des-Flots" représente des Kapenns devant la Vierge et l'enfant. Bien que l'imaginaire de l'artiste est pu déformer la réalitées, il y a des ressemblances troublante avec le lieu du Porzen vue de la pointe de Plogoff. En effet, la chapelle de Notre-dame du Bon-Voyage et du Bon Port, est la seul chapelle du Cap-Sizun qui ce rapproche le plus de ce tableau. (Même si la chapelle est en réalitée un peut plus dans les terres).

   Md LEMONNIER de Nantes, la généreuse donatrice de l'abri de sauvetage et de la digue du Loch au début du XX siècle avait également une maison à Locronan : elle fit dans cette commune aussi de très nombreuse donation. Elle était amie avec Charles DANIELOU et de sont épouse. Il sera l'exécuteur testamentaire de Md LEMONNIER à sont décès en 1924. Mr Charles DANIELOU maire de Locronan, député, plusieurs fois ministre, crée en 1934 un musée. C'est à ce musée qu'Odette PAUVERT offrira ce fameux tableau de « Notre-Dame-des-flots ».
  
   Antoine GABRIELE, actuel maire de Locronan indiquait en 2015 que le tableau. «L'Invocation à Notre-Dame-des-Flots » sera alors la pièce maîtresse du nouveau pôle muséal de Locronan. Le tableau n'est pour le moment pas encore visible pour le public. Il semblerait que la restauration du tableau serait réalisée en 2018.