Histoire du port du Loch en Primelin

31 janvier 2019

35 - Mimi, la petite mouette du Loch


Mimi, la petite mouette du Loch : « La mascotte »

Où, quand, comment…

   C’est en fin d’année 2015 que j’ai remarqué pour la première fois cette mouette rieuse. Elle était posée sur le terre-plein du Loch Plogoff devant la petite maison de Jacqueline. Elle était là toute seule et en la regardant de plus près, je m’aperçus qu’elle avait une de ses pattes, tordue ! Pensant qu’elle s’était blessée dernièrement et qu’il lui restait peu de temps à vivre, je pris alors une photo. Mais le mois suivant quelle ne fut pas ma surprise de la revoir toujours en vie !  Depuis ce temps, elle est toujours là, au Loch entre Primelin et Plogoff

Ch35 - Mimi, la petite mouette du Loch 01Mimi en 2015

   En fréquentant les lieux, j’ai beaucoup appris sur les habitudes de cette petite mouette infirme que j’ai très vite baptisée « Mimi ».

   Fille ou garçon ? Bonne question… Pas simple d’y répondre car chez cette espèce le mâle et la femelle sont identiques. Cependant, au vu de sa farouche détermination à défendre son territoire dès lors qu’un de ses congénères approche, je suis amené à penser qu’il s’agit d’un mâle. Il faut la voir en effet houspiller l’intrus avec des mimiques, ce qui m’amuse fort à chaque fois. Son handicap, est quant à lui peut-être, la conséquence d’un ancien combat qui aurait mal tourné.

Ch35 - Mimi, la petite mouette du Loch 03Bataille sur le perchoir de la cheminée

   « Mimi » reste dans les parages du Loch 8 à 9 mois par an mais s’absente de mars à juin durant la période de nidification. Auprès d’un spécialiste j’ai appris que les jeunes mouettes voyagent beaucoup durant leurs premières années et certaine deviendraient par la suite plus sédentaires, comme cela semble être le cas de notre petite protégée.

  Mais alors, à quels facteurs doit-on son installation au Loch ? A la beauté des lieux me direz-vous… Sans doute, aussi bel endroit ne se rencontre pas tous les jours ! Mais c’est probablement pour des raisons plus pragmatiques que la petite mouette a établi son habitat par ici. En effet, sur ce rivage on trouve tout ce dont une mouette a besoin : le port avec ses retours de pêche, le goémon échoué qui se décompose sous l’action d’une faune d’insectes et de petits crustacés ; les « délicieux » vers de terre qui s’agitent lors des labours dans les champs voisins et puis la petite rivière qui se jette dans la mer et que l’on nomme Le Yun, apportant à notre petite mouette l’eau douce nécessaire à sa consommation et à sa toilette. Mais ce n’est pas tout : à cet assortiment, il faut ajouter le régime saisonnier fourni par les restes de pique-niques et autres goûters d’enfants sur la plage.

Ch35 - Mimi, la petite mouette du Loch 09

   Durant la période de nidification, où va-t-elle ? Eh bien, relativement loin, en fait : Il existe dans le grand Ouest plusieurs endroits possibles mais le plus probable semble être le lac Grand-Lieu en Loire Atlantique. Les mouettes sont monogames et reviennent chaque année au même endroit pour se reproduire. « Mimi » retrouve donc « sa moitié » pour reconstruire le nid qui est composé d’herbes sèches et d’algues qu’elles ont pris soin d’installer dans une dépression du sol ; un nid souvent cerné d’eau afin de le protéger des prédateurs terrestres. Après la ponte de 2 ou 3 œufs, les parents vont couver par alternance durant environ 25 jours, à la suite de quoi, peu de temps après l’éclosion, les petits qui sont nidifuges (comme les canetons), quittent rapidement le nid et préparent leur envol en 5 à 6 semaines. C’est le temps qu’il leur faut pour acquérir maturité et autonomie auprès des parents. A l’issue de ces quelques semaines, les « parents » repartent chacun de leur côté. Quand elle revient, elle se remarque au capuchon noir qui coiffe sa tête :  c’est l’apparat nuptial ; celui-ci perdure jusqu’au mois d’août puis disparaît au cours de l’été.
« Mimi » fait cela depuis au moins 3 ans ; peut-être la reverrons-nous encore partir et revenir cette année.

Ch35 - Mimi, la petite mouette du Loch 07Mimi, tête nuptial à droite (de mars à août)

   « Mimi » est une mouette courageuse qui s’adapte du mieux qu’elle peut aux conditions météo parfois rudes : quand ça souffle fort, elle adopte une position horizontale face au vent, la tête rentrée dans les épaules ; alors elle s’allonge car elle ne peut rester debout sur sa seule patte valide. Cet hiver, je la trouve déjà un peu moins en forme que les hivers précédents. J’espère qu’elle restera encore longtemps avec nous malgré la crainte que j’ai des violentes tempêtes à venir et des efforts qu’elle doit fournir pour survivre.

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   En trois ans, « Mimi » et moi avons appris à nous connaître, à nous « apprivoiser » l’un, l’autre : elle reconnait bien ma voiture et quand je me gare, je la vois qui « pointe son nez » ; il faut dire qu’elle aime beaucoup le gras de jambon que je lui apporte ! Ainsi, je peux rester des heures à observer son « trafic », je ne m’en lasse pas. Très vite, je la repère sur la plage parmi les autres mouettes car je connais son handicap qui la rend un peu différente. L’été elle aime bien se poser sur la cheminée de la petite maison de Jacqueline, un poste d’observation central d’où rien ne lui échappe. Les réverbères, le Karreg Fily ou la digue, voilà pour cette vigie ailée, des lieux propices à la surveillance du territoire.

Ch35 - Mimi, la petite mouette du Loch 04Mimi, sur le perchoir de la cheminée de la maison de Jacqueline

Ch35 - Mimi, la petite mouette du Loch 05Mimi, sur le perchoir du réverbère

Ch35 - Mimi, la petite mouette du Loch 06Mimi, sur le perchoir du Karreg Fily

   Quand elle vole, on la repère facilement du fait de cette patte qui « pendouille » et même si elle ne semble pas affectée par ce handicap, nul besoin d’être spécialiste pour imaginer combien ceci entrave sa vie quotidienne, situation qui risque bien sûr de s’aggraver avec le temps et l’âge.

Ch35 - Mimi, la petite mouette du Loch 02Mimi, survol du Loch

   Le soir, c’est en compagnie des autres mouettes qu’elle quitte Le Loch. En silence, tout le monde rejoint « un dortoir » protégé des vents et des prédateurs. Malgré ma persévérance, je n’ai pas encore réussi à savoir où elle allait.

   L’espérance de vie attestée pour les mouettes rieuses est d’environ 30 ans mais ici au Cap Sizun, compte tenu de la rigueur des hivers, cette moyenne comparable à celle d’oiseaux dits « plus nobles », est ramenée à 10 – 15 ans.

   J’ai créé ce chapitre sur la petite mouette rieuse du Loch car j’avais envie de vous faire partager et de vous expliquer son histoire au quotidien. En 2018, j'ai activé une page Facebook pour vous donner toutes les semaines de ses nouvelles en photo et vidéo
https://www.facebook.com/MimiLaMouetteDuLoch

Ch35 - Mimi, la petite mouette du Loch 08Venez me voir... Je vous attend :-)

   Si vous passez au Loch, arrêtez-vous et cherchez-là. Vous la reconnaîtrez grâce à sa différence. Saluez-là comme on salue quelqu’un que l’on connait bien, quelqu’un de familier, dont on suit avec complicité et bienveillance les péripéties d’une existence fragile.

Ch35 - Survol sur le LochSurvol du Loch


Quelques infos plus techniques sur les mouettes rieuses de notre région.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Mouette_rieuse
https://www.larousse.fr/encyclopedie/vie-sauvage/mouette_rieuse/184823

 

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