Histoire du port du Loch en Primelin

16 - Le naufrage du pétrolier la Nievre à Porstarz à Primelin


 

  Au sortir de la grande guerre 14-18, la Marine nationale fit construire dans ses arsenaux de Lorient quatre pétroliers, dont la mission serait de ravitailler en mer l’ensemble de la flotte.
Ces quatre sisterships dont la construction s’échelonna entre 1919 et 1922 avaient pour noms : l’Aube, la Durance, La Rance et la Nièvre.

   Ces quatre navires eurent des fortunes diverses, l’un d’entre eux nous intéresse plus particulièrement. Il s’agit de la Nièvre.
D’une longueur de 70 mètres, d’une largeur de 11,60 mètres, de 2,28 mètres de tirant d’eau et jaugeant 2.800 tonnes, il était équipé d’un moteur de 1.000 chevaux (turbine type Bréguet) qui lui assurait une vitesse de 10,5 nœuds. La Nièvre pouvait transporter 1.500 tonnes de mazout.

CH16 - Le pétrolier la Nièvre

   La Nièvre est mise sur cale à l'Arsenal de Lorient le 5 septembre 1920, lancée le 10 mars 1921 et admis au service actif le 26 mars 1922. Le réducteur de vitesse fourni par la société Bréguet causa beaucoup de soucis dans sa mise au point.
A l’issue de sa première campagne du 15.01.25 au 15.01.26, le Capitaine de Corvette Esnouf commandant du navire écrivait :
« Le bâtiment gouverne très bien vent debout et aux allures voisines. Il embarque beaucoup aux allures plus arrivées que le vent de travers et d’autant plus qu’il est plus léger.
La surface de voilure est trop réduite pour exercer une influence sensible dans la manière de gouverner. Nous n’avons fait aucune traversée avec la voilure seule. »

   En effet par sa dépêche du 15.03.1922 le ministre de la Marine avait prescrit d’équiper les 4 pétroliers de voilure « pour permettre en cas d’avarie immobilisant la machine de rester manoeuvrant en continuant à faire route ou de tenir la cape par gros temps. »  (tenir à la cape consiste, pour un navire à voile ou à moteur, à régler son cap et sa vitesse par rapport au vent, à la mer et à la houle, de manière à réduire ses mouvements de roulis et de tangage)

La voilure se composait :

  • D’un foc de 70 m2
  • D’une trinquette de 47 m2
  • D’une misaine goélette de 135 m2
  • D’une pouillouse de 47 m2
  • D’une brigantine de 113 m2

          Soit un total de 412 m2

   Le 25.03.1922 le Lieutenant de Vaisseau Prunes dans un rapport sur la voilure préconisait par souci d’économie de ne pas équiper les 4 pétroliers de « voilure qui ne leur servira pratiquement jamais » (coût estimé de 250.000 francs, l’équivalent de 250.000 Euros de nos jours).
Il ne sera pas écouté car la Nièvre avait pu tester ses voiles lors de sa première campagne.

   Le Capitaine de Corvette Esnouf dans son rapport de campagne concluait en disant :
« La Nièvre est un excellent bâtiment de mer, les formes de carène sont heureuses les installations conviennent bien à son rôle ».
Le 13 avril 1926 la Nièvre talonnait, par forte brume, à l’entrée du port de Cherbourg et fut victime d’une voie d’eau.
Pour conclure sur les caractéristiques du navire citons le rapport de campagne de son commandant, le Lieutenant de Vaisseau Borde, le 14.08.1931 dans la rubrique « Appréciation générale motivée ». Ce constat est caractéristique de tous ceux dont nous avons eu connaissance entre 1925 et 1933.
« La Nièvre est un excellent bâtiment de mer. La stabilité de route en pleine charge est mauvaise, l’homme de barre doit être surveillé. Les compas sont bons mais les déviations changeant avec l’assiette du bâtiment il est important de vérifier souvent la variation. Le bâtiment manœuvre mal et a une puissance en AR si faible que toute manœuvre doit être faite avec le moins d’eau possible et qu’il ne faut jamais hésiter à mouiller les ancres à temps pour éviter le moindre contact avec les bâtiments à ravitailler. La machine étant très fragile il faut éviter les emballements de l’hélice, par mauvais temps remplir d’eau les citernes nécessaires pour augmenter le tirant d’eau et diminuer la vitesse. »

   En mai 1937 la Nièvre revenait d’Espagne, où elle avait ravitaillé les torpilleurs de la 4ème Division Orage, Ouragan et Bourrasque affectés au contrôle sur les côtes loyalistes, et faisait route sur Brest. Le commandement du bateau était assuré par le Lieutenant de Vaisseau Bruno Eyriès (né en 1900).
Parti de la Corogne le jeudi 20 mai à 14 heures, la Nièvre avait du naviguer dans le golfe de Gascogne par temps de boucaille (bruine et crachin) et mauvaise visibilité.
A l’approche du Cap Sizun, le pétrolier rencontrait du mauvais temps de Nord-ouest avec de nombreux grains rendant la visibilité nulle. Le lieutenant de Vaisseau Eyriès était sur la passerelle en tenue de mauvais temps au moment du talonnage. Il n’avait vu ni le feu de Penmarc’h ni celui d’Armen. Filant 8 nœuds et ayant très nettement sous estimé sa dérive vers l’ouest, les rochers furent aperçus trop tard et malgré la rapidité de la manœuvre la Nièvre s’échoua le samedi 22 mai 1937 à 3 heures du matin sur les roches devant Porstarz en Primelin.

CH16 - Naufrage de la Nièvre à Primelin en Mai 1937a

   La mauvaise surprise passée, la Nièvre actionna tous ses moyens sonores (corne, sifflet, cloche) et lumineux (feux clignotants, projecteurs). M. Gourmelen, gardien des viviers Le Gall à Porstarz fut alerté et avec l’aide de son fils et de marins du voisinage, ils s’approchèrent de la côte pour porter secours au navire naufragé.
A 4 heures du matin, la gendarmerie d’Audierne était prévenue et le chef Anthoine ainsi que l’administrateur maritime du quartier d’Audierne Monsieur Guet se rendaient sur les lieux.
Dès 3 heures 30 les tentatives de débarquement avaient commencé. Après deux échecs, le canot à moteur de la Nièvre coula et la baleinière se brisa sur les rochers, vers 8 heures, le quartier maître Cadran et le second maître Castel réussissaient à joindre la côte à bord d’un youyou et à capeler une haussière. Les 59 hommes purent alors rejoindre le rivage avec un minimum de matériels.
Un seul homme fut légèrement blessé, le matelot cuisinier Moisan qui eut les deux chevilles foulées.
La population du voisinage accourue en masse réconforta du mieux possible (café chaud) les malheureux marins.
Pendant ce temps, 2 remorqueurs avaient appareillé de Brest : le Faisan à 7 heures et le Mastodonte à 8 heures 30.

CH16 - Naufrage de la Nièvre à Primelin en mai 1937bCH16 - Naufrage de la Nièvre à Primelin en mai 1937c
A 11 heures 28 par télégramme le Faisan faisait état d’une mer grosse et d’une faible visibilité.
A 11 heures 45, le Mastodonte signalait ne pouvoir s’approcher de la Nièvre sans risques majeurs.
Vers midi le Contre Amiral Derrien arrivait à Porstarz et devant l’état de la mer ordonnait aux deux remorqueurs de rejoindre Brest qu’ils atteignirent vers 17 heures 30.
10 hommes furent postés à la garde du navire sur lequel compte tenu de l’état de la mer, il n’était pas possible de remonter. Le reste de l’équipage se rendit au bourg de Primelin où des moyens de transports viendraient les rejoindre.
Vers 15 heures le Vice Amiral Laborde chef d’escadre se rendait également sur les lieux.
Vers 17 heures, les marins de la Nièvre furent rapatriés au 2ème dépôt de Brest où ils furent consignés.

CH16 - Naufrage de la Nièvre à Primelin en mai 1937dCH16 - Naufrage de la Nièvre à Primelin en mai 1937e


   Les cuves ayant été perforées, le mazout commençait à s’échapper du navire (il en restait 250 tonnes), créant une marée noire et obligeant Madame Le Gall, mareyeuse sur les quais à Audierne, et propriétaire des viviers de Porstarz, à évacuer et mettre à l’abri sa précieuse cargaison de 3 tonnes de langoustes.

CH16 - Naufrage de la Nièvre à Primelin en mai 1937h

    Le dimanche, le temps s’était dégagé et les marins avaient pu monter à bord du bateau et débarquer matériels et munitions. De toute la Cornouaille des milliers de personnes ayant appris la catastrophe se rendirent sur le site. Des commerçants ambulants s’installèrent sur la dune, profitant de cette fortune de mer pour développer leurs commerces.

CH16 - Naufrage de la Nièvre à Primelin en Mai 1937kCH16 - Naufrage de la Nièvre à Primelin en Mai 1937mCH16 - Naufrage de la Nièvre à Primelin en Mai 1937lCH16 - Naufrage de la Nièvre à Primelin en Mai 1937o


   Vers 15 heures la foule ne cessait d’augmenter  et la mer de monter. La Nièvre gîtait sur tribord et roulait légèrement. Le Lieutenant de Vaisseau Eyriès embarqua sur le Capitaine de Vaisseau Kerros, canot de sauvetage du Loch, afin de venir inspecter son navire.

CH16 - Naufrage de la Nièvre - Bateau de sauvetage CV de Kerros - Mai 1937

Le bateau de sauvetage CV de Kerros autour de la Nièvre


Les remorqueurs Faisan et Mastodonte étaient revenus sur les lieux.
Le Contre Amiral Ven était également présent et il fut décidé d’attendre la pleine mer du mardi pour tenter un renflouement.

Les Annales du bien  - 1937 -  Section de Quimper

Presse Ouest Eclair du 23-05-1937 - Naufrage de la Nièvre
Presse Ouest Eclair du 24-05-1937 - Naufrage de la Nièvre
Presse Ouest Eclair du 26-05-1937 - Naufrage de la Nièvre


CH16 - Naufrage de la Nièvre à Primelin en Mai 1937q    Dès le lundi matin, les remorqueurs Faisan, Mastodonte,  Toulinguet et le Provençal appareillaient de Brest.
Dans la matinée également, le matériel nécessaire au renflouement (bois, étoupe, ciment à prise rapide, pompes…) était acheminé par camions sur les lieux. Des scaphandriers seront mis aussi à contribution.
Le Capitaine de Vaisseau Homburger prenait en charge les opérations et visitait le navire. L’équipage resté sur place y embarquait également afin de préparer les manœuvres du lendemain.
Des allèges, deux chalands de 200 tonnes chacun, seront prévus pour soulager la Nièvre et seront remorqués sur place par le Ramier et l’Aiblet.
Tous les moyens seront donc mis en œuvre pour que le renflouement soit une réussite.
Hélas, les rochers et la mer furent les plus forts et les résultats ne furent pas conformes aux attentes. Dans la soirée les chalands et les remorqueurs rejoignaient leur port d’attache et l’on continuait à pomper le navire.
Ce dernier fut inspecté le 28 mai 1937 par le Capitaine de Vaisseau Homburger et l’ingénieur en chef du génie maritime Renvoise. Ils émirent un avis pessimiste sur les chances de renflouement du bateau et sa remise en état (cf rapport d’expertise).

CH16 - Naufrage de la Nièvre à Primelin en Mai 1937r

Le 14 juin 1937 le Contre Amiral Bourrague secrétaire du conseil supérieur de la Marine émettait l’avis suivant :
« Considérant l’âge du bâtiment et les dépenses à engager pour sa remise à flot, hors de proportion avec les services qu’on pourrait encore en attendre ;
Emet l’avis :
Il y a lieu de prononcer d’urgence la condamnation du transport pétrolier « Nièvre », et sa remise aux Domaines aux fins de vente au profit du Trésor, après récupération du matériel d’armement récupérable./. »

Le 22 juillet 1937 il fût vendu à Monsieur Glotz, 141 Boulevard Saint Michel à Paris pour la somme de 1.257 francs ( 640 Euros de nos jours). Monsieur Glotz fût seul à soumissionner.

CH16 - Vente de l'épave de la Nièvre

La coque fut ensuite progressivement démontée en profitant des marées basses.

CH16 - Naufrage de la Nièvre à Primelin en Mai 1937


On peut toujours apercevoir quelques restes de ce naufrage dont beaucoup d’habitants de Primelin ont gardé des vestiges.

CH16 - Bousole de la Nievre
Boussole de la Nièvre


Les responsabilités.
Le 12-07-1937 sur la recommandation du Contre Amiral Derrien qui écrivait :
« En raison commandements antérieurs et connaissance région, Capitaine de Frégate Le Pivain paraît présenter aptitude particulière »
Le Ministre de la Marine César Campinchi (1) désigna le Capitaine de Frégate Louis Le Pivain comme commissaire du gouvernement à l'encontre du Lieutenant de Vaisseau Bruno Eyriès commandant de la Nièvre.
Il sera assisté par les Capitaines de Frégate Poher, Faivre, Deuve et Fouque.
Le 20-10-1937 le Ministre de la Marine Campinchi donne ordre de mise en jugement de Bruno Eyriès devant le conseil de guerre de Brest et demande à être informé par télégramme de la sentence du conseil de guerre.
Le 08-11-1937 Le Lieutenant de Vaisseau Eyriès est acquitté.

Bruno Eyriès finira sa carrière dans la Marine avec le grade de Capitaine de Vaisseau.

CH16 - Logo HSB


 Chapitre réalisé avec l'aide précieuse de Michel BESCOU

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24 octobre 2016

29 - L'usine de petit pois du Loch Primelin


   La première usine de conserverie semble avoir été créée en 1850 à Douarnenez. L’alternance entre poissons et légumes se complètent dans le calendrier saisonnier des usines de sorte que les entreprises se multiplièrent dans tout le Sud-Finistère. A la fin du printemps, les camions chargés de légumes en vrac circulent sans arrêt vers les usines, d'autres charrient les cosses, et l'odeur caractéristique du légume épluché flotte le long des routes.

  Ce n'est qu’aux environs de 1922, sous l'impulsion de la famille HELIAS-GLOAGUEN, qu'une usine du même type est conscruite dans le Cap-Sizun au Loc'h à Primelin par l'entreprise Navarre de Nantes. Une chaudière faisant marcher une machine à vapeur est installé par les établissements Sudry également de Nantes. L'enregistrement de l'entreprise au registre du commerce de Quimper date de 1924 sous le n° 5747

Ch29 - Plan de la machine à vapeur de la conserverie du LochPlan de la chaudière (Longueur 4.2m - Largeur 1.5m - Hauteur 2m)


   Dans la mémoire collective tout le monde se souviendra de l'usine de petit pois, mais en fait le projet initial misait sur les conserves de crabe. La proximité du port du Loc'h et du vivier de Pors Tarz devait pouvoir alimenter la conserverie. La première année d’exploitation en 1925 fut un fiasco. Des entreprises du même type du pays Bigouden essayèrent également sans y parvenir. Malgré les précautions de préparation la marchandise s'oxydait et devenait toute noire et ce malgré les études préalables demandées au laboratoire BELIN de Paris garantissant pourtant le procédé de conservation. Les boîtes de conserves étaient retournées par les acheteurs, il a fallu rembourser les clients et la faillite a été évitée de justesse. La conserverie du Loc'h se tourna par la suite vers la mise en boîte de légumes.
Le commercial de l'entreprise à ses bébut était Mr Georges De La VILLEFROMOY.

Ch29 - Boite de conserve de l'usine de Primelin 1Boite de petits pois de la conserverie du Loch Primelin


   En 1927, la marque « Petit Pois du Château du Paradis » est déposée. Les moteurs à essence font leur apparition et remplacent les machines à vapeur. Assez rapidement l’usine se diversifie avec une production de petit pois et de haricots verts. Une tentative avec des épinards cultivés à la ferme familiale HELIAS de Kerloc'h Huella n’a pas le succès escompté : elle est abandonnée. L’entreprise ne disposant pas de beaucoup de capitaux, les banques avancent souvent l’argent. L’usine travaille aussi à faire du remplissage pour d’autres fabricants de conserves notamment dans la région du Sud-Ouest (Bordeaux, Brive-la-Gaillarde) qui envoyaient à l’usine leur chef de fabrication pour diriger et imposer la qualité du produit.

   En 1933 l'usine est agrandie grâce à la construction d'un entrepôt. Un an plus tard, grâce à une intervention de la banque, elle trouve un client à Puy-en-Velay qui commande plusieurs wagons de petits pois mais quelques jours après le départ du train, l’acheteur, Monsieur BADENES disparaît avec la livraison et part pour le Portugal. Il ne sera jamais retrouvé. La faillite est encore une fois évitée de justesse.

Ch29 - L'usine de petit pois du Loch Primelin - Papier à en-tête Jy Hélias
   En pleine saison, c'est-à-dire de mai à septembre, le personnel est sollicité au gré des arrivages. La durée des campagnes de fabrication est courte. Ainsi pour les petits pois elle s'échelonne sur une période d'un mois et demi uniquement. Le personnel requis était surtout féminin, les hommes eux, s'occupaient de la grosse manutention : camionnage, sertisseuses et autoclaves. L'usine employait donc principalement la jeunesse de Primelin et de Plogoff, mais aussi des femmes et des hommes ayant déjà travaillé dans des usines d’Audierne. Mon grand-père Jean-Marie THOMAS, mécanicien cycles et automobiles, installé en face de l'entreprise, s'occupa de la partie mécanique et entretien de l'usine durant toute son activité.

Ch29 - L'usine de petit pois du Loch Primelin 1L'usine de petit pois du Loch


   Juste avant la guerre le contremaître était Mr URCUN de Kerandraon, (maire de Primelin de 1944 à 1963). Il dirigeait les jeunes filles durant la tâche de remplissage des boîte de conserves. Certains jeunes de 14 ans montaient sur des caisses en bois pour travailler correctement à la trieuse des petits pois. Il fallait faire attention que l'entonnoir où passaient les pois ne s'engorge pas sinon la machine se bloquait. Le remplissage des boîtes se faisait à la main par d'autres jeunes, le convoyage manuel était effectué dans des paniers, entre le pesage et la sertisseuse. Cette machine était toujours utilisée par des adultes. Il fallait poser chaque couvercle à la main et glisser la boîte sous la sertisseuse pour le sceller. C'était un travail dangereux, le personnel se coupait souvent.

   La cuisson par étuvage était l'étape suivante. Le travail autour de l'autoclave était très pénible et nécessitait des réglages constamment entre l’admission d’eau et l’alimentation en charbon. Tout cela pour avoir une pression de vapeur à 15 bars la plus régulière possible. Ce travail était dévolu uniquement à des hommes, les 2 cuves étuveuses laissaient échapper beaucoup de vapeur à environ 70 degrés et il faisait très chaud à ce moment-là dans toute l'usine. Une fois refroidies durant la nuit, le lendemain matin les hommes les vidaient et mettaient les boîtes dans des caisses en bois pouvant contenir 24 d'entre elles.

   Toutes ces opérations nécessitaient une grande quantité d’eau, pour le nettoyage des légumes, la mise en boîte et l’étuvage. Un puits se trouvait dans l’usine même, mais son débit se révéla très vite insuffisant. Rapidement une petite station de pompage est construite en contre-bas de l’usine dans la petite prairie nommée « Foenneg braz ». Des vestiges de l’installation sont toujours visibles au plus bas de la vallée au niveau du petit cours d’eau à coté de la route, face à l’actuel parking du port. L’eau était pompée et acheminée jusqu'à un réservoir qui se trouvait en hauteur sur le pignon ouest.

Ch29 - L'usine de petit pois du Loch PrimelinLa station de Pompage en contrebas de la route

Ch29 - Réservoir d'eau de la conserverie du LochRéservoir d'eau du pignon ouest


   Ce sont les cultivateurs locaux qui fournissaient l'usine en légumes mais aussi ceux de la baie d'Audierne et une partie du Pays bigouden. La récolte manuelle des petits pois était très longue et nécessitait une nombreuse main d'œuvre. Le travail était généralement réalisé par tous les membres d’une même famille, jeunes et anciens y participaient. Les petits pois étaient cueillis à la main, mis en sacs et apportés chez le courtier qui s’occupait du transport jusqu’à l'usine où les pois étaient battus. Dans les années 1945 apparaissent les premières batteuses dans le Finistère, elles sont transportées par route près des champs au gré des récoltes.

 

Ch29 - batteuse à petit poisBatteuse à petit pois en 1950


  Après la période des petit pois venait celle des haricots verts, fournis également par les gens du coin, le travail était presque le même, au point prêt qu'il y avait d'abord l'équeutage qu'il fallait réaliser avec le minimum de perte pour éviter les réprimandes du contremaître. Les sacs étaient versés sur les tables pour le triage. Les plus fins étaient séparés des plus gros. L'empotage était toujours réalisé à la main et il y avait une belle finition sur le dessus qui consistait à le conclure par une belle rangée, taillée et bien mise en place. Les ouvrières plaisantaient sur le sujet « si les gens ouvrent la boîte par l'autre bout, à quoi sert ce travail de finition ? » Ensuite, il y avait l'envoi vers le sertissage et l'étuveuse. La dernière opération consistait à coller l'étiquette du produit. Malgré le sérieux imposé par les opérations de mise en boîte, les jeunes chantaient pendant le travail sur des airs connus et des paroles inventées pour l’occasion.

   La campagne de conserve s’annonçait bonne à l’arrivée des Allemands au Loc’h en juin 1940. La totalité de la production fut réquisitionnée et l’usine contrainte de s’arrêter.

   En 1943 l'entreprise familiale est cédée à Jean HELIAS par son père Jean-Yves. En 1945 l'activité redémarre avec une nouvelle immatriculation au registre du commerce : 12.434.

Ch29 - L'usine de petit pois du Loch Primelin - Papier à en-tête J Hélias

  Après la guerre le Finistère deviendra le premier département de France pour la culture des petits pois. En 1947, les moteurs à essence sont remplacés par des moteurs électriques les locaux sont agrandis. Un an plus tard, le Comptoir d’Achats Groupés de Marseille représenté par Mr ROSINE pour lequel l’usine du Loc’h travaillait à façon* laisse un impayé de 1,6 Millions de francs (équivalent à environ 88.000 € de 2014). Pratiquement toute la production de l'année était destinée à ce client. Le client marseillais dépose le bilan en 1952.
*Le travail à façon est une relation de travail qui voit un artisan, propriétaire de son outil de production, produire des marchandises sur les ordres d'un marchand qui se charge de leur commercialisation. Cette relation de travail inégale se développe au XVIII ème siècle en Europe Occidentale, essentiellement dans le monde urbain, et constitue une des étapes de la proto-industrialisation. Aujourd'hui, il est souvent réalisé pour le compte d'entreprises externalisant une partie de leurs activités.

   En 1948 l'usine avait comme contremaître Mr RANNOU pour l'atelier et Mr CAPEL pour les bureaux.

   L'année 1954 sera une année calamiteuse car la météo est exécrable. Conséquence, ce sera la dernière année de production. En 1956 l'entreprise sera liquidée.

Ch29 - Les conserveries dans le Finistère sudLes conserveries et nombres d'employés dans le Finistère sud dans les années 1950

 

Ch29 - L'usine de petit pois du Loch Primelin 22L'usine en 1970


   Dans les années 1980 les bâtiments seront utilisés par Mr Jean JAFFRY (maire de Primelin de 1983 à 1989). Il y installera une petite entreprise de mécanique et chaudronnerie.

   De nos jours, les bâtiments principaux avec leur toiture en tuiles rouges très particulière pour la région, ont souffert depuis quelques années en raison des violentes tempêtes d’hiver. il reste encore dans la mémoire des plus anciens, les souvenirs d’une époque révolue.

Ch 29 - L'usine de petit pois du Loch Primelin en 2015L'usine de petit pois du Loch en 2015


   Je remercie les descendants de la famille HELIAS qui m’ont aidé et fourni des documents me permettant de retracer l’histoire de la plus grosse entreprise que Primelin ait connue au XX ème siècle. En pleine saison il y avait plus de 50 personnes qui y travaillaient. Nous n’avons trouvé hélas aucune photo de l’entreprise en activité. Un grand merci également à Blandine Meil, pour ses anecdotes, elle y a travaillé seulement une saison dans l'année de ses 14 ans en 1939. Elle ne manquera pas prochainement dans son blog de nous en parler avec des mots dont elle a le secret.

Ch29 - Boite de conserve de l'usine de Primelin 2Ce qu'aurait pu être une conserve made in Loch Primelin en 2016 si l'entreprise existait toujours   :-)

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