Récit des canots de sauvetage du CAP lors de la tempête du jeudi 18 avril 1940

Extraits de la dépêche de Brest du vendredi 19 et samedi 20 avril
SORTIE DES BATEAUX DE SAUVETAGE
- Hier, vers midi, l’administrateur de l’inscription maritime d’Audierne était avisé par le garde maritime de l’île de sein que la flottille de pêche se trouvait en difficultés. L’administrateur alerte aussitôt les station de la région. Le « Général BESIAT », d’Audierne ; le « Capitaine de vaisseau KERROS », du Loch, en Primelin, et « l’Amiral TOUCHARD » de l’île de sein ainsi que la vedette « Velléda », des ponts et chaussées, prirent la mer. Vers 16 heures, la « Velléda » rentrait au port d’Audierne avec 2 équipages. Qui avaient du abandonner leurs barques. Au même moment, « l’Amiral TOUCHARD » ramenait à l’île de sein les équipages de trois autre bateaux. Pendant ce temps, le bateau de sauvetage du Loch prenait en remorque un bateau qui ce trouvait en difficulté au large. Une petite barque de l’île de sein s’est échouée sur la grève de Plouhinec. Les deux hommes qui la montaient on été sauvés …….

..…La  Velléda accomplit une série de sauvetages. Le patron Jean-Marie PORSMOGUER, qui commande la vedette Velléda, des ponts et chaussées, attaché a l’île de sein, a déjà plusieurs sauvetages à son actif. Avant hier, les circonstances lui ont permis de manifester pleinement ses qualités de sauveteur. Aux premiers instants de l’après-midi, apercevant un canot en très mauvaise posture à l’entrée du port de sein, près du Nerroth, il se dirigeait aussitôt sur les lieux, Six jeunes garçons de 6 à 8 ans occupaient la frêle embarcation, qui très visiblement allait sombrer. Par bonheur, il parvint à sauver les occupants. Il était grand temps, car le canot coulait tout aussitôt. A peine les avait-il conduit à terre qu’il repartait vers un autre bateau en danger, le Paris-Brest, qui faisait eau. Il prit à son bord deux mousses et convois le bateau, ou l’on s’efforçait de combattre les entrées d’eau. Cependant, apercevant d’autre bateaux en difficultés, il se rendit près d’eux successivement. Il y en avait six. Comme il les convoyait tous à Audierne, l’un d’eux coula en route à environ deux milles du petit port de Bestrée, prés de la pointe du Raz. L’équipage fut sauvé………. A présent, c’est le canot de sauvetage du Loch qui, étant sorti pour prêter son aide, se trouvait mauvaise posture. La « Velléda » le trouva tout prés de la cote, réussit à le dégager et à le conduire au port.   …..

CH18 - La vedette Velleda 1

La vedette Velléda 1


   La vedette Velléda "1" des ponts et chaussées pour les ravitaillement des phares et balises basé à l’île de sein, servie ce jour du 18 avril, comme bateau de sauvetage en portant assistance à 42 bateaux, parmi lesquels le canot CV de KERROS du Loc’h. !

Rapport de sortie, du bateau de sauvetage De KERROS, de Mr Marcel LOUARN Garde maritime chef de la station du Loc’h écrivant à Mr Léon BERTHAUT.
   J’ai l’honneur de porter à votre connaissance que, le jeudi 18 avril 1940, vers 11h30, une bourrasque éclata sur nos côtes. Le vent soufflait de l’ouest. Les bateaux de l’île de sein se trouvaient au Sud et à l’Est de l’île et ainsi dans l’impossibilité de rejoindre leur port. Il y avait également des bateaux au large d’Audierne. Le vent soufflait avec une rare violence et la mer devint très grosse. En voyant le temps et sachant les bateaux dehors, je descendis au Loc'h pour faire sortir le canot de sauvetage pendant que Mr THOMAS fils faisait les dernier préparatifs, moi, je formais un équipage de fortune. Je pris même des marins de passage au Loc’h.
   A 13h un équipage de huit hommes était formé et je confiais le commandement au matelot Goraguer Eugène
(matelot titulaire).  Mr l’Administrateur de l’inscription maritime à Audierne téléphona au Loc’h pour dire au bateau de sauvetage d’assurer la veille sur les bateaux de l’île de Sein qui faisaient route sur Audierne.
   Après avoir donné connaissance aux marins de leur mission, je faisais sortir le bateau à 13H15 .
   Il pris immédiatement la direction indiquée. Au large de la pointe du Raz le « De KERROS » rencontra un groupement de quatre bateau ; après avoir passé au près de ces bateaux pour voir s’ils n’avaient pas besoin de secours immédiat, Goraguer se plaça au milieu du groupe, prêt à intervenir. Il conduisit ces bateaux au port d’Audierne, le « De KERROS » ressortait d’Audierne pour se porter au devant de 2 bateaux de ce port au large de Plozévet. Après avoir remorqué l’un deux à Audierne, l’autre étant rentré par ses propre moyens, le bateau de sauvetage mouillait au port d’Audierne vers 16h30 en attendant de rejoindre son abri au Loc’h…….
   Les hommes de l’équipage ont risqué leur vie par une violente tempête, pour porter secours à leurs camarades. Je vous les propose pour médaille ou diplôme de la société.
   Equipage du 18 avril :

- Eugèné GORAGUER : patron
- Jean-Marie THOMAS : mécanicien
- Henri DOUGUET : matelot
- Jean KERSAUDY : matelot
- Jeab Le BERRE : matelot
- Henri GORAGUER : matelot
- Jean CARVAL : matelot
- Clet BIGOT : matelot

 

CH18 - Le Loch Primelin - Tempête au Cap sizun 1Le port du Loch Primelin - Tempête au Cap sizun

 

Rapport de sortie de Jean-Marie THOMAS
Primelin le 22 avril 1940
   Cher Monsieur Léon BERTHAUT
Je suis heureux de pouvoir vous faire ce rapport concernant la sortie du Capitaine de Vaisseau de KERROS, sortie faite par moi, mécanicien et un équipage de volontaire dans un temps furieux.
   J’avais comme provision dans le réservoir à essence tribord, environ 75 litres, à bâbord  90 litres, et un fût de 50 litre plein en réserve …..
   Le départ du chariot a été faite par marche arrière, une seul manœuvre de marche avant fit sortir le bateau du port dans un temps record. J’ai fait tourner le moteur au dessous de son régime au début, d’ici son réchauffage parfait ( 5 minutes ). En route toute  j’étais très satisfait de la bonne marche pendant ½ heures peut être quand des ratés se produisirent dus au manque d’essence. J’ai mis le réservoir bâbord en communication, la marche normale reprend.
   Par précaution j’ai diminué légèrement les gaz. Souvent je purgeai la cuve du carburateur craignant quelques gouttes d’eau de mer dans mes réservoirs. On a pu faire beaucoup de route ainsi.
   Puis mes premières difficultés ont réapparues, l’essence n’arrivait plus suffisamment. Plus de 10 fois le moteur a stoppé, combien de fois ai-je démonté la tubulure d’arrivé d’essence sur le carburateur, soufflé dans ce tuyau en cas d’obstruction par  impuretés ou inversement aspiré à pleines bouchés cette essence qui ne coulais plus parce que le bateau était follement agité. Je ne puis vous dire combien de temps dura cette lutte contre la mer, avec notre moteur qui ne nous avançait que de quelque mètres après chaque redémarrages à la manivelle du pont. La dérive l’emportait
   Une vedette des ponts et chaussés était non loin de nous, nous déhala à l’entré du port d’Audierne, peut être pendant 5 minutes, nous marchions au ralenti. En eau calme, j’ai bien nettoyé mon carburateur.
   Tous préparé de nouveau le patron me demande de remettre en route pour reprendre le mer. Nous sommes repartis en dehors des jetées mais ne pouvant pas mettre en grand les gaz, j’ai prévenu l’équipage de faire rentrer le bateau et de l’amarré en lieu sur dans le port d’Audierne.
   Parmi les hommes il y eut des blessé, Mr l’Administrateur les fit conduire chez eux pour se changer…..
Je  restais à bord pour rechercher les défauts. Le soir une partie de l’équipage est venu me rejoindre et le temps ayant mollit, nous avons regagné notre station vers minuit, notre moteur à plein régime marchait.
   Cette journée du 18 avril nous ne l’oublierons jamais, mais c’est du matériel que je vous entretien aujourd’hui et cette expérience, cet essai rare à faire, doit nous éclairer suffisamment pour les temps à venir. Notre tuyauterie d’essence a 4m environ, 6mm de diamètre intérieur, une demi douzaine de coudes sur la longueur. Le niveau de l’essence, c’est à dire entre réservoir et carburateur a une chute de 70 à 80 centimètre.
Par beau temps, l’écoulement de l’essence est régulier, mais par mer agitée pour avoir une alimentation suffisante au carburateur il faut :
   1 – une tuyauterie plus forte, plus grosse
   2 – une tubulure genre trop plein qui permettrai d’avoir la pression atmosphérique dans le réservoir. Actuellement c’est un petit trou dans le bouchon du réservoir qui permet cet équilibre. Je vous demanderai donc l’autorisation de remédier à ces anomalies.
   Encore quelques mots au sujet du bateau : Tous le monde doit être satisfait de la tenu du canot……le bateau tient bien la mer.
   J’ai prévenu Mr Louarn que j’avais à vous communiquer ce rapport de sortie, je l’amplifierai encore ayant de très sérieux renseignement à vous fournir. Pour aujourd’hui je vais poser ma plume que la fatigue m’empêchait de tenir ces jour derniers. Recevez encore cette fois cher Monsieur Léon BERTHAUT l'assurance de mon plus grand  attachement à votre oeuvre et le souvenir cordial de toute ma famille

 

CH18 - Courrier des Chantiers Navals de Normandie au HSB du 6 mai 1940

Courrier des Chantiers Navals de Normandie au HSB du 6 mai 1940



 Jean-Marie THOMAS adressa un autre courrier à Mr BERTHAUT le 14 mai 1940 : en voici quelque extrait.

………..  Pour revenir à mon rapport sortie, je vous dirai que les mats n’ont pas été mis en place, nous avions confiance en notre moteur. Quant cette tourmente brusquement se leva, quand le téléphone par la bouche de Mr l’administrateur d’Audierne nous dit de sortir notre bateau, que des bateau de l’île de se sein faisaient route sur Audierne, leur bateau de sauvetage était en panne, nous fîmes au plus pressé. D’abord c’est une équipage de 3 hommes qui rentrant au port vient m’aider, on alerta encore d’autre marin, tous vaillants marin de métier, ils crurent bon de laisser les mats ramassés. on assista 6 bateaux entre le Loc’h et Port-Poulhan, nous primes la mer dans tous les sens, ce qui réconforte le courage des pêcheurs en fuite et montra la valeur de notre Capitaine de Vaisseau de KERROS. Au sujet d’améliorations, je signalerai encore ceci : une guérite pour l’homme de barre, le poste avant facilement accessible … Qu’on puisse de la chambre du moteur, débrayer, commander les gaz, etc. Et un porte voix afin que le mécanicien de son compartiment puisse faire les manœuvres nécessaires. Je ne demande pas de faire ces transformations à notre bateau, je me contente de vous signaler cela comme réflexion personnelle … La barre que j’ai eu modifié (remplacé la transmission avant en fil d’acier, par une chaîne, est au point à présent (l’homme de barre en est satisfait).
   Le bateau dans son état général est très bien, malgré la rude sortie de l’autre jour rien n’a cassé. Les marins sont fiers de leur sortie et je suis heureux pour eux que vous m’annonciez qu’il seront récompensés…….

CH18 - Le Loch Primelin - Tempête au Cap sizun 2

CH18 - Le Loch Primelin - Tempête au Cap sizun 3Le port du Loch Primelin - Tempête au Cap sizun