L'ancre de marine du port du Loc'h Primelin ...
   Elle semble avoir été déposée là pour nous raconter son histoire ; de ses courbes puissantes abîmées par la rouille reste la silhouette familière d'une ancre de marine. Vous la trouverez sur le terre-plein du port du Loch en la commune de Primelin.

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Ch25 - l'ancre du parking du Loch 3Ch25 - l'ancre du parking du Loch 2

 


  

 

 

 

 

   Alors qu'elle aurait pu ne jamais voir le jour, s'altérant irrémédiablement au fond de la mer où elle s'était perdue, voici que dans les années 1975, elle fut sortie de sa torpeur et de sa lente décomposition : Un plaisancier du Loch qui pêchait des crustacés fut intrigué par la difficulté à remonter un casier. Par chance, celui ci était plongeur et quelle ne fut pas sa surprise de découvrir au fond de l'eau que c'était une grosse ancre qui bloquait la remontée du casier ! Etonné, il fit part de sa découverte à un vieux pêcheur qui lui rapporta qu'à cet endroit précis, en 1926 s'était produit le naufrage de la goélette « La Surprise ». La découverte fut signalée aux Affaires Maritimes qui procédèrent à la remontée de l'ancre.

La goélette « La Surprise »
   La goélette à deux mats construite en 1904 et dont le port d'attache était Paimpol, se destinait initialement aux campagnes de Terre-Neuve et participa ainsi à une quinzaine de ces campagnes. En 1924, des travaux furent entrepris pour augmenter son volume lequel passa de 130 à 175 tonneaux dans le but de réaliser des voyages au long cours. (Longueur 32 mètres - Largeur 8 mètres).

Ch25 - Goelette morutiere du type La Surprise 1 Goélette morutiere de Paimpol du type "La Surprise"

Ch25 - Goelette morutiere du type La Surprise 3Ch25 - Goelette morutiere du type La Surprise 2

 

 

 

 

 



Goélette morutiere du type "La Surprise"
(dessin : Henry Kérisit)

La nuit tragique du 18 au 19 février 1926
   Venant de Lisbonne avec un chargement de sel et faisant route vers St Malo, la goélette s'apprête à franchir le Raz de Sein mais n'observe semble-t-il aucun feu allumé dans ces terribles parages. Que se passe t-il alors? Des témoins affirment que le phare de la Vieille n'était pas allumé cette nuit là et que sa corne de brume avait fonctionné par intermittence.
   C'est entre Pors-Loubous (en Plogoff) et Le Loch (en Primelin), à peu près à la hauteur de la chapelle ND de Bon Voyage que la goélette vient s'abîmer sur les brisants, se perdant corps et biens.
   Les dix hommes d'équipage du navire vont trouver la mort dans le naufrage ! C'est au petit matin que les riverains aperçoivent des restes de l'épave dispersés sur toute la côte et parmi ceux-ci, ils recueillent la dépouille du capitaine LIBOUBAN ainsi que celle de son second GUEGUEN. La mer rendra peu à peu les corps des marins mais ce n'est qu'au bout de quinze jours que le dernier corps échouera sur la côte de Beuzec Cap Sizun.

Ch25 - Article de presse - Naufrage de la Surprise

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Voici quelques noms des membres de l’équipage qui se trouvaient à bord de la goélette
   - Guillaume LIBOUDAN : Capitaine de Lézardrieux
   - Edouard GUEGUEN : Maître d’équipage de Ploubazlanec
   - Léon LEGUEN : Matelot de Ploubazlanec
   - Louis LE TROCQUER : Matelot de Plouézec
   - Emmanuel JOUANNET : Novice de Plouézec
   - BEVER : Matelot de Plouézec
   - Pierre LE CHEVERT : Matelot de Paimpol
   - Jean FICHOU : Novice de Plouha

Une des causes possible de ce naufrage
   Autrefois et jusqu'à leur automatisation, les phares hébergeaient des gardiens chargés de veiller à leur bon fonctionnement ; de leur vigilance dépendait la sécurité des marins. En application d'une loi de 1924, l'emploi de gardien de phare en mer fut un temps réservé aux mutilés de la guerre 14-18 : c'était le cas des deux gardiens corses affectés alors au phare de La Vieille. MANDOLINI avait été blessé au poumon et avait eu les muscles du bras droit sectionnés, TERRACI, lui aussi blessé au poumon, conservait une balle non extraite dans le corps. Il faut imaginer les efforts quotidiens de ces deux gardiens pour monter depuis le bas de la tour jusqu'en haut de celle-ci, les bidons de pétrole nécessaires au fonctionnement du brûleur de la lanterne ; il faut réaliser l'effort harassant et constant de ces hommes gravissant sans relâche les 120 marches de la tour ainsi que la pénibilité et les risques encourus au moment de leur transfert par le moyen d'un filin depuis un bateau faisant la navette jusqu'au phare et vice-versa. C'est en vain que ces deux malheureux écrivirent maintes fois à l'administration dans le but d'obtenir une affectation plus adaptée à leur condition.
   L'hiver 1925-1926 connut un épisode climatique particulièrement redoutable avec des tempêtes interminables : pas de relève assurée au phare de La Vieille pendant plus d'un mois car les moyens de l'époque ne le permettaient pas ! Certains avaient pu apercevoir les deux hommes dont l'état s'était passablement dégradé.
   Le 19 février, le feu s'éteignit alors que la sirène, elle ne fonctionnait déjà plus. Ceci explique peut-être pourquoi la goélette « La Surprise » alla se fracasser sur les rochers de la côte de Plogoff.

Ch25 - Article de presse - Le phare de la Vieille
   Ce n'est que le 28 février qu'une tentative menée par trois courageux Capistes permit de reprendre le contrôle de la situation et de rétablir le feu dans le Raz de Sein : Un patron pêcheur de Plogoff, Clet COQUET, son fils Pierre et le gardien-chef d'Armen, Nicolas KERNINON, parviennent non sans mal et malgré le gros temps, à s'approcher suffisamment de la tour pour lancer le « cartahu » (filin utilisé sur les bateaux pour manœuvrer de lourdes charges), malheureusement, les deux mutilés de guerre, affaiblis par les conditions de leur séjour ne parviennent pas à s'extraire de la tour : C'est alors que les jeunes marins bretons se jettent dans l'eau glacée et après avoir nagé en tenant un filin, se hissent sur l'îlot, d'où ils évacuent les deux gardiens. Nicolas KERNINON et le jeune COQUET remplaceront temporairement ces derniers sur le phare. C'est au petit port de Bestrée que MANDOLINI et TERRACI virent la fin de leur cauchemar en posant le pied sur la terre ferme. Leur reconnaissance aux sauveteurs se manifesta par de chaleureux remerciements.

Ch25 - Le phare de la Vieille

Ch25 - Le phare de la Vieille (Pointe du Raz)


Epilogue

   Ce double drame, le naufrage de la goélette et la réclusion des gardiens aux prises avec les éléments déchaînés fit grand bruit sans que l'on imputât à ces derniers une quelconque responsabilité dans l'accident survenu. Paris s'en émut et l'administration promulgua un décret en date du 1er septembre 1927 : celui-ci supprimait de la liste des emplois réservés, le métier de gardien de phare en mer pour les mutilés de guerre.
   MANDOLINI et TERRACI trouvèrent un autre emploi de gardien de phare mais s'agissant cette fois de phares continentaux! Puis ils poursuivirent leur carrière comme facteur et gardien de musée. Ils racontaient dit-on, à qui voulait bien les entendre, des histoires de naufrages et de vagues monstrueuses ; des histoires qui faisaient frémir les plus braves ! Mais s'agissait-il vraiment d'histoires ou bien seulement de souvenirs que l'imagination n'avait pas besoin d'amplifier ? car nous le savons bien : dans le Raz de Sein, la réalité dépasse souvent la fiction et ces hommes là ont vu des choses que peu d'entre nous pourraient voir sans frémir...

Ch25 - l'ancre du parking du Loch 4   En fin 2014 l'ancre à été déplacée sur un socle en béton. Le nouveau présentoir ne semble pas pour le moment totalement terminé.

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