Au début des années 1930, les Hospitaliers Sauveteurs Bretons ont en projet de remplacer le canot de sauvetage Paul Lemonnier. Des échanges de courriers de 1933 entre Daniel THOMAS, Chef de la station du Loch Primelin et Léon BERTHAUT, Président des HSB, évoquent déjà ce que serait l'évolution de la station dans les années à venir.
Un inventaire de 1935 nous signale le mauvais état de la coque du Paul Lemonnier.
Le port du Loch Primelin dans les années 1930 (photo Eugène Perrot)
En mai 1935, un détail peu banal au Loch Primelin :
l'amerrissage en urgence d'un hydravion dans l'anse du Loc'h.
Il semble que l'appareil sera finalement remorqué sur Audierne
pour être réparé. Le passage du Raz de Sein pour Brest étant
jugé trop dangereux pour le convoi.
En juin 1939, M. Léon Berthaut, Président des H.S.B., donna son accord pour réaliser un film à but pédagogique pour une propagande utile sur un sauvetage en mer. La station du Loch fut choisie et M. Léon Berthaut écrivait :
"Je verrais un grand avantage à simuler un appel de sauvetage, les sauveteurs arrivant en hâte, ouvrant la porte de l’abri, le patron dirigeant les opérations de descente, le départ, la montée sur la barre du Loc’h …. Cela serait tout à fait intéressant pour la foule des non initiés et certainement d’une propagande utile – on pourrait produire ce film d’abord à Quimper au bénéfice de la station, puis dans toutes les autres stations ....."
Ce film ne vit hélas jamais le jour.
Un film similaire fut réalisé sur Audierne quelques années plus tôt en 1931. La Société Centrale de Sauvetage des Naufragés réalisa une reconstitution de sauvetage avec le Canot de Sauvetage Général-Béziat.
Le guetteur, au mât pilote, repère le navire en difficulté, il donne l'alerte en tirant au canon d'alarme et en hissant le pavillon de détresse. Deux pêcheurs voient le signal et se précipitent vers l'abri du canot de sauvetage. Un des pêcheurs court dans les rues d'Audierne en faisant retentir la trompe d'alerte. Tout le monde se dirige vers le port en courant. Les douaniers tirent leur charrette de matériel vers le port. Les canotiers s'équipent pour le sauvetage, sortent le canot de son abri et le mettent à l'eau. Le guetteur hisse le pavillon de la Société Centrale de Sauvetage et les canotiers rament jusqu'au bateau en difficulté pendant que la foule s'est amassée sur la jetée. Les douaniers installent la fusée lance-amarre et les sauveteurs approchent du bateau. Le canot de sauvetage recueille et repêche des naufragés.
J'ai travaillé avec des vues aériennes car je pense que c'est visuellement mieux adapté que de travailler sur des cartes marines, mais mon blog reste assez limité pour mettre en valeur ce travail. J'ai délimité/défini trois zones pour Primelin pour faciliter la lecture. J'ai placé sur les trois vues aériennes, des numéros en lien avec une liste d'identification qu'il est préférable d'imprimer avant la visualisation des photos (ou d'utiliser son smartphone en meme temps qu'un PC : 2 écrans). Il y a une possibilité d'agrandir via un clic de souris et de se déplacer dans chaque photo avec les flèches de votre clavier.
A confirmer car existe aussi à 1 mille dans la mer
PRI-2
41
Karreg Privel
Le rocher Privel
PRI-2
42
Toull ar Brini
Le trou ar Brini
PRI-2
43
Ar Stivel
La fontaine jaillissante – c'est un petite source qui tombe de la falaise
PRI-2
44
Poull ar Zaout
La marre aux vaches
PRI-2
45
Feunteunidiou
PRI-2
46
Base Loc'h Bihan
La petite base du Loch
PRI-2
47
Base Loc'h
La base du Loch
PRI-2
48
Ar Sklocek
PRI-2
49
Karreg beg ar C'hastell
Le rocher de la pointe du Castel
PRI-2
50
Beg ar C'hastell
Pointe du Castel
PRI-2
51
Lenn ar C'hastell
La marre du Castel ( ou lavoir du Castel )
PRI-2
52
Beg Bihan C'hastell
La petite pointe du castel
PRI-2
53
Ar Ravazenn
La roche plate
PRI-2
51
Kougon Futel
Le kongon qui siffle (la houle compresse l'air dans la grotte qui ressort en sifflant par les trous dans la roche) - Vidéo ICI
PRI-2
55
Karreg Rounde
Le rocher Rounde
PRI-2
56
Toull Coat
PRI-2
57
Lenn ar Vesken
La marre ar Vesken
PRI-2
58
Kougon Sable
Le kougon ensablé
PRI-2
59
Porzh Bihan
Le petit port
PRI-3
60
Kougon Bras
Le grand kougon
PRI-3
61
Kepenik Braz
Le grand Kepenik
PRI-3
62
Ar Platar
+\- Le rocher plat
PRI-3
63
Kepenik Bihan
Le petit Kepenik
PRI-3
64
Toull ar deved
Le trous des moutons
PRI-3
65
Toull ar Louarned
Le trou aux renards
PRI-3
66
Kougon Grouen
Le kougon de gravier
PRI-3
67
Kougon ar Donvez
Le kougon ar Donvez
PRI-3
68
Karreg su Porstarz
les rochers de Porstarz
PRI-3
69
Toull ar Curé
Le trou du curé
PRI-3
70
Kougon Morvaouti
Le kougon Morvaouti
PRI-3
71
Karreg Morvaouti
Le rocher Morvaouti
PRI-3
72
Kougon Lijinek
Le kougon Lijinek
PRI-3
73
Beg Lijinek
La pointe Lijink
PRI-3
74
Karreg an Enezour
Le rocher Enzour
PRI-3
75
Poull Ton Choz
Le trou à Joseph
PRI-3
76
Kougon Lijinek
Le kougon Lijinek
PRI-3
77
Karreg ar Prefet
Le rocher du préfet
PRI-3
78
Kougon Poulmouzeg
Le kougon Poulmouzeg
PRI-3
79
Ar Fez
PRI-3
80
Porstarz
La crique de Porstarz
PRI-3
81
Beg Poulmouzeg
La pointe Poulmouzeg
PRI-3
82
Koste an Taoc'h
PRI-3
83
Ar cale Porstarz
La cale de Porstarz
PRI-3
84
Toull Koc'h
Le trous de merde
PRI-3
85
Ar Beg Du
La pointe noire
PRI-3
86
An Dig Coz
la vielle digue
PRI-3
87
An Dig Nevez
La nouvelle digue
PRI-3
88
Beg Kerhas
La pointe de Kerhas
PRI-3
89
Kougon ar Viviers
Le kougon des Viviers
PRI-3
90
Kougon Jean Goardon
Le kougon de Jean Goardon
PRI-3
91
An Arhic
PRI-3
92
Skluz Bras
Le grand Skluz
PRI-3
93
Beg ar Skluz
La pointe Skluz
PRI-3
94
Skluz Bihan
Le petit Skluz
PRI-3
95
Karreg Plad
Le rocher plat
PRI-3
96
Kougon Chinterer
Le kougon Chinterer
PRI-3
97
Toull ar deved
le trou des moutons
PRI-3
98
Poull Tro
PRI-3
99
An Tach Auarn
Auarn = foire
PRI-3
100
An Ilizig
PRI-3
101
Karreg Kotren
Le rocher Kotren
PRI-3
102
?
PRI-3
103
Toull Madiou
La mare Madiou
Je vous propose suivant vos différents souvenirs de commenter les numéros non identifiés ou mal identifiés. Je mettrai à jour le tableau au fur et à mesure des nouvelles indications ou corrections que vous pourriez être amenés à faire.
Ces recherches ne sont pas très simples à condenser, je ne prétends en aucun cas détenir le "savoir", j'ai fait de mon mieux pour essayer, avec l'aide des anciens de positionner les noms des lieux oubliés. Il y a certainement des erreurs et des mauvaises interprétations de ma part. En aucun cas ce travail ne m'appartient, c'est un travail d'équipe : Le seul moyen de lutter contre l'oubli, c'est la diffusion.
Pour conclure cette exploration des histoires de la rivière du Ster (Yun), je vous invite à découvrir un segment dédié aux mines de charbon qui ont laissé leur empreinte dans l'histoire de cette vallée.
Ce vallon, aujourd’hui empreint de calme et de verdure, fut autrefois le théâtre d’une activité industrielle. Les mines de charbon, bien que modestes en comparaison des grands bassins houillers français, ont joué un rôle non négligeable dans la vie économique et sociale de la région. Elles ont façonné non seulement le paysage, mais aussi le quotidien des habitants, qui ont dû s’adapter aux exigences et aux dangers de ce travail si particulier.
Nous explorerons ensemble les traces laissées par cette époque : les infrastructures oubliées et les défis techniques qu’ils ont dû relever, notamment pour maîtriser les infiltrations d’eau dans les puits de mine du fait de la proximité de la rivière. Ces histoires, mêlant ingéniosité, labeur et résilience, permettent de mieux comprendre comment cette vallée a évolué et les sacrifices consentis par ses habitants pour en tirer profit.
C’est donc un regard vers le passé que je vous invite à poser, afin de découvrir un chapitre méconnu mais fascinant de l’histoire de la vallée du Ster.
Dans le Massif Armoricain, l’économie s'est orientée dans le milieu du 18eme siècle, vers les ressources du sous-sol. Des recherches ont été entreprises par des sociétés privées avec l’aide du Bureau des recherches géologiques et minières doté pour l’époque de matériel de détection perfectionné et de machines permettant une exploitation rationnelle des richesses du sous-sol breton.
La Compagnie des mines exploitant des gisements de plomb argentifère à Poullaouen et Huelgoat au 18ᵉ siècle sollicite et obtient en 1758 une autorisation de concession dans le Cap-Sizun. Cette veine houillère semblait être relativement importante, car elle se prolongeait épisodiquement jusqu’à Quimper au lieu dit « la terre noire », qui tient son nom de cette époque.
Localisation des bassins houiller dans le sud Finistère
Sur Cléden Cap Sizun , des échantillons de charbon furent prélevés et examinés. On en fit brûler dans un fourneau pour en connaître son pouvoir énergétique ; Le subdélégué de l'intendant écrivit à cette occasion : « Je puis vous affirmer que ce dernier a la même consistance, la même force, la même bonté que celui d'Angleterre. » Cela n’était pas en réalité très réaliste.
Pour le Cap-Sizun, la zone s’étendait sur près de treize kilomètres de long, entre la Baie des Trépassés et le village de Landuguentel à Equibien. Sa largeur moyenne était d’environ 500 m. On peut croire que cette formation carbonifère se poursuit sous la Baie des Trépassés, cependant les recherches proprement dites se sont concentrées dans la partie occidentale du bassin, et plus particulièrement dans la vallée entre les communes de Plogoff et Cléden Cap Sizun et de Primelin et Goulien.
Bassin carbonifère du Cap Sizun (d'après Jacques Garreau)
En 1759 (25 ans après l’extraction du premier bloc de houille en France), on fore deux puits : L’un de 27m et l’autre de 35m, près du village de Lamboban en Cléden ICI (48.040695 , -4.63064) Deux galeries d’environ 150m de chaque côté d’un des puits furent également percées dans une direction nord/sud. Ce sont des troncs de chêne du village de Kerharo qui seront utilisés pour le boisage des galeries. L’exploitation de la mine est assez décevante puisque, en 1770, les travaux d’extraction semblent avoir été interrompus.
4 ans plus tard, en 1774, les travaux d’exploitation reprennent à Lamboban. Tout semblait aller pour le mieux lorsqu’un accident mortel se produisit à la mine en octobre 1774. Un ouvrier nommé Jean METAY qui procédait au boisage de l’un des puits, fut tué par la chute d’une chaîne et d’un bassicot (caisse de charbon) sur sa personne.
Photo de l'acte de décès de Jean METAY (23-10-1874)
Malgré cet accident regrettable, le chantier reste en activité : le charbon extrait est transporté jusqu’à Quimper et est stocké sous contrôle militaire. Le directeur Louis-Joseph Le PERS logeait avec sa famille dans l’ancien presbytère de Cléden, les magasins de la mine se trouvant à Lamboban.
Sur une carte de 1776, on peut voir la zone de la mine à l’est de Lamboban.
En 1782, l’activité de la mine s’arrête. On fit l’inventaire de tout le matériel qui fut mis en vente en juillet de la même année. Durant 3 jours, tout y passa : l’outillage, le matériel de la forge et même le mobilier du directeur de la mine. Ces enchères procurèrent aux Capistes de très nombreux matériels, comme des chaînes, poulies, pelles, pioches et brouettes.
11 ans plus tard, sous la Révolution, la Marine s’intéresse, à son tour, aux ressources minières du Cap-Sizun. Le 19 août 1793, le citoyen CORDÉ, ingénieur en chef des bâtiments civils de la Marine à Lorient, reçoit la mission de se rendre à Cléden Cap Sizun pour examiner la mine de Lamboban et s’assurer s’il ne serait pas possible d’en tirer parti. Le 24 septembre 1794, le commissaire des armes, poudres et mines de la République annonce au district de Pont-Croix qu'il a chargé un inspecteur des mines d'aller visiter les indices de houille qui ont été trouvés à Cléden. Il effectua des prélèvements d'échantillons de minerai pour analyses, mais aucune suite ne fut donnée.
Puis pendant près de quarante ans, le silence se fait sur les gisements de houille du Cap-Sizun… Il faut attendre 1833 pour voir de nouveau qu'on s'y intéresse. Mr François-Jean-Baptiste DESSAULX, de Nantes, achète l’ancienne mine et une dizaine de petits puits furent réalisés. Cette fois, la superficie demandée est vaste puisqu'elle s'étend sur les communes de Cléden, Plogoff, Primelin et Goulien, figurant un quadrilatère irrégulier d'une contenance de 440 hectares.
À l'époque, Mr BILLON, recteur de Cléden, fut accusé par un journal de Brest : « L’armoricain » de faire pression sur ses paroissiens pour les dissuader de céder leurs terrains sur Lamboban. En réalité, Mr BILLON pensait au contraire que cette richesse naturelle du sous-sol de sa paroisse était susceptible d'apporter à ses ouailles un certain mieux-être.
"Droit de réponse" : Extraits de la revue L’Ami de la religion et du roi en 1834.
En 1836, un nouveau puits commence au lieu-dit Kerham en Cléden Cap Sizun (dans la zone ICI= 48.041713 , -4.644646) : il fut abandonné après deux mois de travaux.
Le Nantais ne fut pas le seul à s'intéresser aux mines du Cap-Sizun. Une importante concession est demandée, à la même époque, par Mr HIGNARD, négociant à Pont-Croix. Cette fois, la superficie couvre 1 750 hectares dans un rectangle de 7 km de longueur sur 2 km 500 de largeur dont le centre se trouve au puits déjà ouvert auprès du village de Lamboban en Cléden. Comme pour la précédente demande, celle-ci fut rejetée en 1837.
Sur Quimper en juin 1836, les sieurs De BRUC, DESSAULT, TRANCEVENT et FLEURY formaient officiellement une société d'exploitation des mines de Kergogne à Kerfeunteun (dans la lande de Cuzon)
Le puits principal réalisé atteignit la profondeur considérable de 157 mètres. Les mineurs ne rencontrèrent dans leur progression que du schiste stérile. Le capital fut bientôt entièrement dépensé dans ces travaux infructueux. Le 22 avril 1839, la société sera liquidée.
Le 16 novembre 1839, Mr THOMAS AUBERT et Cie reprennent la mine de Kergogne. Il parvint à persuader de nombreuses familles des plus notables du Finistère et du Morbihan d'entrer dans le capital de son entreprise.
Action de 1000 francs de la mine de Kergogne sur Quimper
En 1840, la société employait 371 ouvriers dont 116 mineurs. Mais, dès janvier 1840, le bruit se répandit que Mr THOMAS AUBERT envisageait d'ouvrir dans le Cap Sizun une seconde exploitation, concurrence hasardeuse sinon fâcheuse pour Kergogne.
Le 11 mai 1840, une demande de concession est déposée par Mr THOMAS, AUBERT et Cie, de Quimper sur le Cap-Sizun.
Le périmètre de prospection s'étend sur les communes de Cléden Cap Sizun, Goulien, Primelin et Plogoff, mais la zone est plus vaste encore que celle des recherches de Mr MIGNARD en 1833.
Carte de la zone des mines de 1841 (Source gallica.bnf.fr)
Sur la carte, on peut identifier qu’il existe deux chapelles St Yves sur Plogoff : une au Loch et l’autre placée sur les hauteurs de Plogoff au lieu Kerguidy. Il s’agit en fait de la même chapelle, car celle du loch a été déplacée en 1817 pour l’autre endroit. Ce plan n'est pas vraiment à jour.
En 1840, une nouvelle tentative d’extraction de charbon eut lieu au lieu-dit Pont-Yann à l’est côté Plogoff (dans la zone ICI= 48.041283 , -4.663186). Du charbon fut découvert à une profondeur de 15 à 20 mètres. L’exploitation fut menée par des habitants de la région sous la direction de deux mineurs des mines de Poullaouen. Cependant, le manque d’encadrement adéquat ainsi que la rentabilité décevante de la mine, entraînèrent l’abandon des travaux à la fin de l’année 1841.
Nous disposons d’un témoignage de cette époque, rédigé par le fils d’un mineur ayant participé aux travaux. Mathias Le MOAL (1833-1914) écrivit, à la fin de sa vie, ses mémoires dans un cahier d’écolier sous le titre La vie d’un ancien facteur. Il y évoque son père, Gilles Le MOAL (1799-1861), mineur dans plusieurs exploitations de Bretagne. Sa famille se déplaçait en fonction des besoins de prospection et d’exploitation.
Après avoir travaillé pendant vingt-cinq ans à la mine de Poullaouen, Gilles Le MOAL partit avec sa famille à la mine d’Huelgoat, où il travailla durant deux ans pour un meilleur salaire. Début 1840, il rejoignit la mine de Kerfeunteun, à Quimper, pour une durée de quatre mois, avant d’être désigné pour se rendre à la mine de Pont-Yann, sur la commune de Plogoff, où l’extraction du charbon débuta en juin 1840. La famille s’installa alors au village de Lézanquel, à Cléden Cap Sizun, à 700 mètres des mines. Son fils écrivit : « L’ouvrage n’a duré que 18 mois, faute de trouver suffisamment de charbon pour poursuivre. »
En début 1842, la famille partit à Baud (Morbihan) pour travailler dans une mine d’argent, puis dans d’autres exploitations en Bretagne. À la fin de l’année 1848, (7 ans plus tard) Gilles Le Moal revint s’établir à Cléden Cap-Sizun. Il travailla alors pendant six mois sur la commune d’Audierne, à la construction du môle du Raoulic. Il finira ses jours à Lézanquel.
Les écrits de son fils Mathias furent retrouvés vers 1995 dans le grenier de la maison familiale à Lézanquel. Son arrière-arrière-petit-fils, Patrick GLOAGUEN, en a retranscrit les mémoires en 1999 : texte intégral ICI
Le fait qu'on s'intéresse de si près à leurs terrains ne laisse pas indifférents les gens du Cap-Sizun. Si leurs ressources sont maigres en raison d'un sol souvent ingrat, ils voient plus loin et affirment que ce charbon du sous-sol de leur région, « comparable aux meilleurs charbons anglais », serait avantageux au commerce et à l'industrie. Une pétition adressée au ministre des Travaux publics en 1840 demandait à ce que la compagnie THOMAS-AUBERT exploite rapidement cette ressource pour aider une population locale démunie, dépendante de la pêche. Le recteur BILLON de Cléden Cap Sizun soutenait cette requête, comme il l’avait fait quelque année auparavant, estimant que les travaux de prospection avaient déjà évité la mendicité à plusieurs familles. Ces travaux avaient révélé un gisement de 65 centimètres de houille de qualité, entouré de roches solides. Cependant, en 1844, un rapport de l’ingénieur des mines M. DENTIS remettait en question l’existence d’un gisement exploitable, parlant plutôt d’un « petit rognon de houille » et de veinules insuffisantes.
Toujours en 1844, un certain Mr TREGUER effectua un grand nombre de sondages superficiels : les résultats furent décevants. On constate, une fois de plus, que les filons de charbon s'interrompaient ou ne présentaient plus qu'une épaisseur infime. Près du village de Kerloc'h (dans la zone ICI= 48.047227 , -4.696247), à proximité de la Baie des Trépassés, on fora un puits d'une profondeur de 30 mètres pour ne trouver qu’une couche de houille de 60 centimètres d'épaisseur.
Bien que les rapports établis à cette époque soient quelque peu contradictoires, l'opinion est passionnée et les prospecteurs ne s'avouent pas battus. On note, en 1846, une nouvelle demande de concession déposée par le Baron MORAT de Paris. Plusieurs forages furent exécutés : un puits de 45 mètres et trois galeries de niveau qui traversèrent deux couches de houille grasse, de bonne qualité ; sept ou huit petits puits creusés du côté du village de Kerloc’h. Malgré ces résultats encourageants, les recherches furent, une fois de plus, abandonnées.
Si les hommes quittaient la mine, les installations demeuraient en place, et les puits creusés depuis 1759 dans le bassin du Cap Sizun constituaient un danger. Après la cessation des recherches en 1846, le maire de Cléden Cap Sizun constatait le grand état de délabrement des bâtiments ayant servi de forges, d'ateliers et de magasins (je n’ai bizarrement rien trouvé sur les cadastres Napoléonien de 1836 sur le sujet). D'autre part, la palissade entourant le puits dans la zone de Pont-Yann sur le bord de la route de Cléden à Plogoff avait disparu ainsi que la couverture en bois de la fosse que les eaux avaient remplie. De même, le second puits ne gardait plus trace de boisage, ses parois s'éboulaient. Cette situation fut signalée au Préfet qui, par arrêté en date du 26 mai 1846, "enjoignit aux concessionnaires de clore d'un mur de 1,50 m de hauteur, les puits de recherches qu'ils avaient ouverts sur le territoire de la commune de Cléden Cap Sizun".
Durant le demi-siècle qui suit, on n'enregistre pas moins de quatre demandes de concessions. Tout d'abord, en 1854, un ancien administrateur des messageries impériales, M. BULLOT, et un certain François VANAKEN, de Paris, sollicitent l'autorisation d'effectuer des prospections dans une zone comprise entre Plogoff, Primelin, Goulien et les limites nord et ouest de la commune de Cléden Cap Sizun. Mais il faut croire que les ingénieurs des mines demeuraient toujours aussi sceptiques et réticents, en raison des abandons de recherches successifs. Dans son rapport, l'ingénieur DUMMER, concluait qu'aucun accord de concession n'interviendrait tant que la preuve de l'existence certaine du combustible en nombre n'aurait pas été apportée. Et donc l'affaire, une fois encore, n'eut aucune suite.
En 1858, Mr JANSSEN de Paris fait faire des prospections sur le territoire de Pont-Croix et essaye de développer les travaux réalisés dans le passé sur Cléden et Plogoff … Pas de suite.
Au début de 1868, une autre demande sera présentée par la princesse Napoléon-Elisa BACIOCCHI, filleule de Napoléon Bonaparte et passionnée de minéralogie. Elle fit faire de nouvelles recherches sous l’intendance d’un certain Mr FAURE. Les habitants du cru prétendent que cet intendant peu scrupuleux faisait enterrer du charbon anglais qu’il découvrait ensuite devant témoins pour gruger la princesse. Des fouilles furent faites depuis Kerscao en Esquibien jusqu’à la Baie des Trépassés. Des travaux de déblaiement sur les puits de Lescleden et de Pont-Yann furent réalisés. À Pont-Yann, le nouveau puits donna quelque espérance, semble-t-il. La première couche utilisable avait 15cm d’épaisseur : un forgeron de bourg de Plogoff l'utilisait. De Pont-Croix on commençait même à venir s’en approvisionner. Malgré ces quelques résultats, les travaux s’arrêteront après le décès de la princesse BACIOCCHI en février 1869.
Entre 1872 et 1874, des travaux eurent lieu du côté de l’étang de Laoual et de la Baie des Trépassés, au pied des collines de Roz-Veur et de Roz-colart sur Lescleden en Cléden Cap Sizun (nommé Roz-Color par erreur dans la littérature parlant des mines de chardon du Cap-Sizun).
À Roz-Veur, (dans la zone ICI = 48.049215 , -4.700247) on découvrit deux petites couches de houille à une profondeur de 20 m. Ces couches semblaient s’incliner vers la mer.
À Roz-Colart, (dans la zone ICI = 48.048452 , -4.684575)la fouille fut réalisée à 25 m. Un puits d’exploitation fut commencé, mais mal consolidé au moyen des bordages d’un navire naufragé dans la Baie des Trépassés ; la poussée des terrains fit rompre le bois et le puits s’éboula. Les travaux furent abandonnés.
La route d’Audierne à Douarnenez était relativement en bon état à partir du 19ᵉ siècle… Pour le Cap-Sizun, c’était une autre histoire : les « routes » et chemins étaient en très mauvais état, défoncés par les ornières et boueux durant l’hiver. Arpenter ces chemins (ces labyrinthes) avec les chargements de charbon extraits des mines relevait du défi.
Au registre des délibérations du conseil municipal de Cléden Cap Sizun en 1894, il y est écrit : " Le Conseil, considérant que l'établissement du chemin de fer d’Audierne faciliterai les transports de matériels et de personnes ". Ils émettent le vœu que des études sérieuses soient faites pour parvenir à l'exploitation du charbon dans la vallée du Cap.
En 1901, Mr LE GUALES de MEZAUBRAN, demeurant sur Légué-Plérin (22), adresse une demande de concession. L'aire de prospection sollicitée couvre une superficie de 4 652 hectares sur 5 communes. Elle part de Kerguioc'h en Cléden à Lescoff en Plogoff ; puis de Lescoff au clocher d'Esquibien ; de là à Beuzec au clocher de Goulien et à la Pointe du Van. Il était prévu une indemnité de dix centimes par hectare aux propriétaires qui céderaient leurs terrains.
Un ancien puits de 26 m de profondeur situé au lieu-dit Kergaradec / Lézanquel en Cléden Cap Sizun fut dénoyé (dans la zone ICI = 48.045568 , -4.665239) ; trois niveaux y furent ouverts. À cette époque, c'est le seul puits à avoir des couches de houille caractérisées. Ces couches sont nombreuses, mais formées plutôt de veinules le plus souvent insignifiantes, séparées par des bancs de grès.
Outre ce puits, on reconnut quelque affleurement de schistes ou de grès charbonneux à Lézanguel et à Lannoan en Cléden Cap Sizun . Une fouille de 3 m vers le sud du bassin à hauteur de Saint Tugdual a montré des veines de schistes noir. À Keraudierne en Esquibien, une autre fouille de 3,5 m puis à Kervévan, à l’est de Pont-Croix sur 1 m, ne donneront que du schistes houillers stériles.
Sur cette carte postale datant des années 1900, on peut lire le titre : « Embarquement de poteaux de mines ». Cependant, il me semble qu’il s’agirait plutôt d’un débarquement de poteaux. En effet, le Cap-Sizun ne disposait pas de zones boisées suffisamment étendues pour assurer une autonomie locale en matière de bois destiné au soutènement des galeries.
Un puits de recherches fut arrêté à 26m en 1917-1918, à 200 mètres au sud de l'étang de Laoual sur Plogoff (dans la zone ICI = 48.044537 , -4.699075). C’était un puits à section carrée, d'un mètre de côté environ, étayé par des boisages, avec un treuil pour l'extraction des matériaux… Aucune réalisation ne suivit ces démarches.
Depuis, le silence est retombé sur les bassins houillers de notre Cap-Sizun, où seuls quelques puits et galeries effondrées témoignent encore de ces activités passées. On peut encore retrouver quelques tas de déblais, désormais recouverts de végétation, aux abords des anciens puits — des puits qui pourraient potentiellement abriter des chauves-souris.
Certaines poutres de la mine de Lamboban ont été réutilisées par les habitants des environs après sa fermeture. Par exemple, dans cette maison du village de Lamboban, certaines poutres maîtresses ont été intégrées à la construction. On peut encore y observer des encoches ayant servi de support aux poutres secondaires.
Pour la petite histoire, C’est à Lamboban sur Cléden Cap Sizun qu’il y a eu le plus de forages et c’est à cet endroit que fut creusé le puits le plus profond des mines du Cap-Sizun : 130 m.
L’extrémité du filon houiller du Cap-Sizun se voit encore sur les falaises nord et sud de la Baie des Trépassés : cette roche noire recouverte de sable sur la plage s’étend en réalité sous la mer.
Veines de charbon de la Baie des Trépassés
Quelles conclusions peut-on dégager de tous ces essais infructueux ? Tout d'abord, quand on considère les structures des gisements, on ne manque pas d'être frappé par la dislocation des couches, la faible puissance des filons et l’exiguïté des zones résultant de failles localement limitées. On doit signaler ensuite le manque d'organisation générale dans l’exécution des travaux de prospection, l'anarchie qui régna dans les sondages, multipliés sans raison valable. " Chaque changement de directeur amenait à un changement de système dans la conduite des travaux et souvent, il faut le dire, sans but et sans raison. " l’exploitation des mine de charbon du Cap-Sizun coûtait finalement bien plus qu'elle ne rapportait.
Plan N°1 : Les puits houillers du Cap-Sizun
Pendant 160 ans, les mineurs du Cap-Sizun auraient extrait tout au plus une centaine de tonnes de charbon. Cette production a principalement servi à alimenter des fours et à répondre aux besoins énergétiques locaux. Pour la petite histoire, les propriétaires de mines étaient tenus de payer à l'État une redevance fixe ainsi qu'une redevance proportionnelle au produit de l'extraction (qui était faible pour le Cap-Sizun).
Plan N°2 : Les puits houillers du Cap-Sizun par Bernard mulot (avec quelques dates)
L'histoire des mines de houille de Cornouailles révèle un ensemble de tentatives, audacieuses certes à l'époque, mais vouées à l'échec pour les raisons que nous venons d'invoquer. Ces activités économiques font partie du passé de notre région, c'est pourquoi j’ai voulu les sortir de l'oubli en évoquant l'aventure de ces inlassables pionniers qui, dans le Cap-Sizun, tentèrent d'arracher à la terre ce précieux minéral qui devait, croyait-on, apporter aux hommes un certain mieux-vivre et ouvrir peut-être une ère de prospérité.
Je n’ai pas trouvé, dans mes recherches, de rapport technique qui expliquât le quotidien du travail des mineurs : la faible luminosité des lampes pour y travailler, par exemple. Mais ce qui m’intriguait surtout, c’était de savoir par quels moyens ils parvenaient à extraire les énormes quantités d’eau qui devaient constamment inonder les galeries, compte tenu de la présence de la rivière du Ster dans la vallée....
J’ai fini par trouver dans un rapport, que le pompage des eaux de mine était effectué à l’aide de machines appelées Newcomen, du nom de son inventeur, Thomas Newcomen. Ces machines, conçues au début du 18ᵉ siècle, représentaient une avancée technologique majeure dans l’exploitation minière. Elles permettaient de puiser l’eau des mines jusqu’à une profondeur de 45 mètres, avec un débit pouvant atteindre 500 litres par minute pour certains modèles. Également connue sous le nom de « pompe à feu » ou « machine atmosphérique », elle fonctionnait grâce à la vapeur d’eau produite en chauffant de l’eau à l’aide du charbon extrait de la mine elle-même. Ce type de machine a fait l’objet de nombreuses améliorations techniques au fil des années : meilleur rendement de pompage, miniaturisation ... etc.
Le principe de fonctionnement reposait sur un cylindre et un piston : la vapeur était introduite dans le cylindre, puis refroidie pour créer un vide partiel, ce qui provoquait la descente du piston par la pression atmosphérique. Ce mouvement actionnait alors un balancier qui permettait de pomper l’eau hors de la mine.
Je dédie ce chapitre à mon ami Jean-Paul SICOURMAT, qui nous a quittés en ce début d'année 2025. Depuis la création de ce blog en 2012, il a toujours su m’apporter son aide précieuse grâce à sa profonde connaissance des histoires locales et à ses conseils avisés sur les personnes à contacter en fonction des thématiques que j’explorais.
Pour illustrer cela, je me souviens d’une anecdote qu’il m’a partagée il y a quelques mois, alors que je rassemblais des informations pour ce chapitre. Il m’avait raconté qu’au début des années 1900, un membre de sa famille, alors âgé d’environ 14 ans, avait travaillé dans une des mines. Une petite histoire, pleine de charme et de surprises, en est ressortie : lorsque ce jeune garçon reçut fièrement sa première paie, son père – marin, si mes souvenirs sont bons – découvrit avec étonnement qu’il gagnait moins que son propre fils !
Je comptais demander à Jean-Paul davantage de détails pour approfondir cette histoire et retrouver des dates précises en fonction de l’âge du garçon. Malheureusement, le temps m’a pris de court. C’est désormais trop tard, mais je souhaite rendre hommage à sa mémoire à travers ces lignes.
Avant-propos .... Carnet de voyage – Pointe du Raz : 8 septembre 1873
Arrivé au bout du chemin. Rien que la roche, rugueuse, fissurée, balayée par le vent. Pas un arbre, peu de touffes d’herbe. Tout ici est minéral. L’Atlantique s’étale devant moi, lourd, agité. Le Raz gronde, comme toujours.
Un bâtiment de pierre domine la pointe : le phare de la Pointe du Raz. Simple, solide, posé là comme un repère. Sa lanterne s’allume chaque soir pour avertir les navigateurs du danger. Il est seul, face à la mer.
Là-bas, les rochers de la Vieille dressent leurs dents. Rien que la mer et ses pièges. On devine pourquoi les marins les craignent. Ici, l’homme n’est qu’un passant, toléré entre deux rafales.
La pointe du raz - 1873 - Photo Jules Duclos
Le raz de Sein, entre danger et légende
Le raz de Sein est le goulet marin qui sépare la Pointe du Raz de l’île de Sein. À marée montante ou descendante, les courants y atteignent jusqu’à 10 nœuds (plus de 18 km/h). Les lames croisées, les récifs affleurants et le brouillard fréquent en font l’un des passages les plus périlleux d’Europe occidentale.
Depuis toujours, les marins le redoutent. Avant l’apparition du phare de la Vieille (1887) et d’Ar Men (1881), on appelait ce détroit la « gueule de l’Enfer ».
Lithographie de la Pointe du Raz - 1865
Les légendes locales y abondent. On raconte que les âmes des marins disparus y errent encore. D’autres parlent des « moines de la mer », silhouettes blanches aperçues les soirs de tempête. Tantôt anges gardiens, tantôt messagers de la mort.
Même les Allemands, pendant la guerre, craignaient ses eaux : le raz de Sein constituait une frontière naturelle et symbolique pour les réseaux de Résistance, notamment les célèbres Forces françaises libres de l’île de Sein, dont les pêcheurs bravaient les flots pour rallier l’Angleterre.
La Pointe du Raz : une inscription oubliée, un mystère gravé dans la roche - La pierre gravée de Men Compos
À l’extrémité de la Bretagne, là où la terre se tait face à l’océan, une inscription ancienne et mystérieuse résiste au temps et aux éléments. Gravée dans la roche, à quelques mètres du vide, elle intrigue, émeut, interroge.
« Mer sans pitié, que de mères fais-tu pleurer »
Aujourd’hui à demi effacée par l’érosion, cette inscription est un témoignage silencieux d’un passé maritime douloureux. Qui en est l’auteur ? À quelle époque a-t-elle été gravée ? Et surtout, à quelle histoire fait-elle écho ?
Le promontoire où se trouve cette pierre se nomme « Men Compos » (ou « Men Kompos »), que l’on peut traduire par « la pierre-compas »
Un ancien m’a confié qu’il existait, à Men C’hompasse, avant la Seconde Guerre mondiale, une rose des vents gravée des trente-deux rumbs, appelée « Ar Men Goumpass ». Des écrits de 1810 mentionnent déjà l’existence de ce compas en ce lieu. Il n’est plus visible depuis la guerre, ayant été recouvert de béton par les troupes d’occupation, qui s’en seraient servi comme socle pour un mât de T.S.F. D’autres avancent qu’il aurait servi à l’installation d’un canon.
Ce lieu est un point d’où l’on peut très correctement embrasser toutes les directions, avec les roches en contrebas. Ce promontoire constitue le dernier replat avant d’emprunter les passages escarpés qui mènent au bout de la pointe. Les anciens guides, qui ne souhaitaient pas faire « le grand tour », s’y arrêtaient pour raconter aux visiteurs les histoires et les légendes du lieu.
Pour la petite histoire, c’est à l’endroit de Men Compos qu’il y avait, dans les années 1970-1990, deux longues-vues touristiques qui permettaient aux gens de passage de découvrir à la jumelle les recoins du site.
La Pointe du Raz attire chaque année des milliers de visiteurs. Mais peu connaissent cette phrase discrète, presque invisible si l’on ne sait pas où chercher. Son emplacement n’a rien d’anodin : elle se trouve un peu à l’écart des sentiers battus, sur une excroissance rocheuse qui domine l’océan. La forme de la pierre, légèrement surélevée et isolée, évoque celle d’un autel de granit dressé face à la mer. Il y a dans son apparence quelque chose de sacré, comme si ce message gravé relevait d’un geste rituel, presque liturgique
La gravure mesure 70 cm sur 55 cm et mêle majuscules et minuscules de manière irrégulière. Cela laisse penser à un travail artisanal, peut-être improvisé. Nos ancêtres avaient de multiples compétences : pêche, travail de la terre, maçonnerie… Cette gravure, relativement simple, a sans doute été réalisée par quelqu’un de ce monde-là.
Au fond des lettres se trouve une sorte de lichen sombre, qui fait ressortir légèrement le contraste et facilite la lecture. La lumière rasante, ou même les jours de pluie, permettent une lecture plus aisée.
J’ai posé la question à un sculpteur sur pierre pour estimer le temps nécessaire à la réalisation d’une telle œuvre : « Quelques heures », m’a-t-il répondu (disons trois à quatre heures). Le premier mot, « MER », est gravé plus profondément que le reste du texte… Peut-être que la personne a manqué de temps pour soigner le reste de la gravure.
Certains spécialistes avancent une datation approximative : début du XXe siècle, voire fin XIXe. L’usure des lettres semble confirmer cette hypothèse.
La position du texte via Google Map = ICI(48.040021 , -4.736615)
Une région marquée par les naufrages
Pour comprendre le sens de ces mots, il faut se replonger dans l’histoire maritime du Finistère. Pendant des siècles, les côtes du Cap Sizun ont été le théâtre de nombreux drames. La mer d’Iroise, aussi belle que redoutée, regorge de récifs, de courants violents et de brouillards traîtres. Les naufrages y étaient fréquents, en particulier avant la généralisation des phares et des aides à la navigation.
Le raz de Sein, en contrebas de la pointe, est l’un des passages maritimes les plus dangereux d’Europe. Les marins locaux, mais aussi de nombreux navires marchands ou militaires, y ont péri. À chaque catastrophe, ce sont des familles entières qui étaient endeuillées. Les femmes, les mères, les épouses restaient à terre, guettant en vain un retour qui ne venait plus.
Dans ce contexte, la phrase gravée prend tout son sens. Elle pourrait être l’écho d’un deuil personnel — ou un hommage collectif, un monument funéraire invisible dédié à tous les disparus.
Une énigme toujours irrésolue
C’est entre 1900 et 1902 que fut installée, sur ce promontoire, la toute première antenne télégraphique de la Pointe
Plusieurs élingues, fixées autour du mât, étaient ancrées juste à côté de la pierre gravée. Mais l’inscription existait-elle déjà à ce moment-là ? La question reste ouverte.
Reste du pieu d’ancrage de l’élingue nord (2025)
Il faut attendre décembre 1994 pour qu’une publication évoque pour la première fois cette inscription : le bulletin municipal de Plogoff en publie une photo. Aucune analyse, aucune explication ne l’accompagne. Depuis, malgré les efforts de quelques passionnés d’histoire locale, aucune source officielle ne permet d’en retracer l’origine. Aucun auteur identifié, aucun événement précis rattaché à sa création.
Depuis la mise en ligne de ce chapitre, j’ai découvert, dans le Bulletin archéologique du Finistère de 1968, un passage qui évoque la présence de cette gravure, sans toutefois apporter d’informations supplémentaires.
Certains anciens affirment qu’elle était déjà là bien avant la Seconde Guerre mondiale. Le mystère reste entier. Est-ce l’œuvre d’un artiste inconnu ? D’un habitant bouleversé par un naufrage ? D’un marin revenu vivant, mais marqué à jamais ?
Ce qui est certain, c’est que ce texte n’est tiré d’aucune œuvre connue. Il ne figure ni dans les recueils poétiques, ni dans les anthologies maritimes, ni dans les chants de marins. Il semble unique, profondément personnel. Un cri du cœur pétrifié dans la roche. Un chant funèbre pour ceux que la mer a engloutis, et pour celles qu’elle laisse derrière.
Un patrimoine fragile et vivant
Aujourd’hui, cette inscription, à demi effacée par l’érosion, ne résistera pas éternellement au vent, à l’eau, au sel — ni aux pas innombrables des promeneurs qui, sans le savoir, contribuent à son effacement. Certains redoutent qu’elle disparaisse. D’autres y voient une forme de poésie : une phrase née dans la pierre, destinée à s’y dissoudre, comme les voix des marins portées par le vent.
Il est encore temps de documenter, de préserver, d’interroger les mémoires locales. Peut-être qu’un jour, un carnet ressortira, une photo annotée, une lettre oubliée — et que le voile se lèvera enfin.
D’ici là, la mer continuera de gronder, indifférente aux secrets qu’elle garde. Et sur la falaise, un message attend, gravé dans la roche, qu’on vienne enfin le lire.
Témoignage
Un ami, de quelques années mon aîné, m’a confié ce souvenir :
Tout ce que je me rappelle, c’est le respect et l’humilité que mon grand-père avait face au Raz de Sein : « La mer aura toujours le dessus », disait-il.
Ma grand-mère, elle, était totalement en accord avec ce texte gravé sur ce rocher — très méfiante, voyant toujours ce Raz comme un meurtrier sans pitié.
J’en ai gardé des principes à y naviguer en kayak avec précaution, toujours en calculant au mieux les courants et en respectant les horaires de marée.
Je n’ai jamais eu le culot de dire que j’avais vaincu le Raz ; j’ai toujours dit : « Il m’a laissé passer. »
Je n’ai jamais cherché à aller jouer dans les brisants par gros coefficient de marée. J’y passais en allant à l’île de Sein, à la baie ou à Tévennec. J’ai rappelé à certains, qui en ont fait une attraction sportive de “m’as-tu-vu ?”, qu’on ne va pas jouer dans les cimetières.
J’ai commencé à naviguer en kayak cinq ans après le décès de mon grand-père, chef des guides de La Pointe et ravitailleur de La Vieille à la rame.
Quand je parlais à ma grand-mère de mes traversées du Raz, elle me rappelait toujours le danger qu’il représente.
Pour terminer ...
En longeant les falaises battues par le vent, je songeais à tous ceux qui, bien avant moi, s’étaient arrêtés ici, fascinés par ce paysage d’extrême fin. La Pointe du Raz, si farouchement sculptée par les tempêtes, n’est pourtant pas demeurée hors d’atteinte des regards organisés.
C’est au tournant des années 1900 que le Touring Club de France – cette grande société de promotion du tourisme – s’est intéressé à ces confins de la Bretagne. Fondé en 1890 par des cyclotouristes éclairés, le club ne tarda pas à devenir un acteur national de la mise en valeur des paysages français. La Pointe du Raz figura vite dans ses publications : guides, cartes, revues illustrées, où l’on invitait les voyageurs à venir découvrir "le bout du monde".
Il ne s’agissait pas d’attirer une foule grossière, mais d’éveiller les consciences : faire voir pour faire aimer, et donc protéger. C’est dans cet esprit que le Touring Club, avec d’autres sociétés, milita pour que des sites comme celui-ci soient classés et préservés. Ce fut chose faite en 1930, grâce notamment à la loi sur les sites naturels de 1906, dont le Touring Club fut l’un des artisans les plus actifs.
Il y avait, sur la façade de l’un des hôtels de la Pointe, une plaque qui invitait les touristes à découvrir « le bout du monde » , à 600 mètres vers l’ouest… Une invitation à aller jusqu’à Men-Compos, en fait.
Des anciens m’ont indiqué qu’il y eut, dans le passé, à l’endroit de Men-Compos, une stèle érigée par leur association.
Même si cette stèle n’est plus là depuis longtemps, l’empreinte laissée par le Touring Club demeure aujourd’hui, invisible mais durable : ces sentiers balisés avec soin, cette lande préservée, et même l’idée que ce lieu soit à contempler plutôt qu’à consommer – tout cela, en partie, nous vient d’eux.
Les personnes liées au Touring Club auraient-elles pu graver ce texte mystérieux dans la pierre, ou aurait-ce été plutôt l'œuvre d'une personne originaire du coin ? Nous ne le saurons sans doute jamais. Une chose est sûre : grâce au Touring Club, la pierre gravée a été préservée.
Pour finir sur Men-Compos en 1883 :
En 1874, afin d’améliorer la signalisation nautique et de sécuriser la navigation, un second feu, dit de la Falaise du Raz, est installé à 200 mètres à l'ouest du phare du Bec du Raz.
En 1883, le service des sémaphores du Finistère envisage la construction d’un nouveau poste sémaphorique à Men-Compos. Cette initiative fait suite aux limitations de l’ancien sémaphore, édifié ICI(48.037538, -4.722773)en 1861 à 680 mètres à l’est du phare de la Pointe du Raz. En effet, son emplacement ne permet pas une surveillance visuelle directe du trafic maritime longeant immédiatement la pointe.
Le projet est finalement abandonné, les travaux de construction du phare de la Vieille ayant commencé en 1882, et l’idée de reconvertir le phare de la Pointe du Raz en poste sémaphorique étant probablement déjà envisagée à cette époque.
Le feu du phare de la Vieille entre en service le 15 septembre 1887, entraînant l’extinction des 2 feux de la Pointe du Raz. Ce n’est que 10 ans plus tard que l'ancien grand phare est officiellement transformé en sémaphore.
Modification de l'ancien phare en sémaphore en 1897 (photo H.A. INSINGER)
Le Karreg Toulloù / Doulou : un rocher, des légendes, une énigme
À première vue, ce n’est qu’un rocher parmi tant d’autres. Et pourtant, le Karreg Toulloù intrigue, interroge et suscite l’imaginaire. Situé aujourd’hui à proximité immédiate de la Maison du Site, au départ du chemin menant à la Pointe du Raz par le versant sud, ce bloc de pierre ne semble pas avoir été placé là par hasard. Sa présence même, son nom, son histoire et surtout ses déplacements successifs témoignent d’un passé aussi mystérieux que captivant.
Observation et analyse
Ce bloc granitique présente une forme singulière : sa géométrie torturée, entremêlée de sillons et de cuvettes, attire immédiatement le regard.
Ses dimensions sont d’environ 1,90 m de long sur 1,20 m de large, pour un poids estimé à 2,5 tonnes. On observe à deux endroits des cassures sur sa périphérie, suggérant la perte de fragments.
J’ai échangé très rapidement avec le géologue Yves Fouquet pour en savoir plus, et voici quelques pistes de réflexion qu’il m’a proposées : Les dépressions en surface sont probablement dues à une érosion naturelle, soit chimique, soit mécanique.
L'érosion chimique peut se produire à l’air libre ou au contact des acides humiques contenus dans le sol. L’altération chimique est renforcée, en particulier le long des cassures naturelles du granite (diaclases).
L'érosion mécanique se produit surtout sur l’estran, lorsque des galets s’accumulent dans les dépressions du granite (elles-mêmes parfois amorcées par l’altération chimique) et sont agités par les vagues. Dans ce cas, les vasques ainsi creusées peuvent devenir assez profondes et plus larges à leur base, usée par les galets. Ce type d’érosion marque ainsi d’anciens niveaux marins.
Combinaison des deux phénomènes : il est également possible que les deux processus se soient succédé, une érosion chimique initiale suivie d’une érosion mécanique, par exemple sous l’effet des torrents issus de la fonte des glaciers lors de la dernière glaciation.
Il n’est pas exclu que les roches les mieux « sculptées naturellement » aient attiré l’œil des populations préhistoriques, qui ont pu les transformer en vasques à usage domestique. Cela se faisait encore récemment sur l’île de Sein, où des vasques naturelles, grossièrement aménagées en haut de l’estran, étaient utilisées pour retenir l’eau douce et rincer le linge avant séchage (mes parents et grands-parents l’ont pratiqué).
Une utilisation rituelle est également envisageable, mais difficile à démontrer, sauf si l’on retrouve ce bloc en association spatiale avec des tumulus, menhirs ou autres constructions préhistoriques.
Cette dernière hypothèse est particulièrement intéressante : elle a marqué pour moi le point de départ de plusieurs mois d’enquête, dans l’espoir d’en percer le mystère.
Une étymologie sujette à interprétation
Le nom Karreg Toulloù ou Doulou est porteur de plusieurs sens possibles. Sur certains sites de traduction breton-français, Doulou est donné comme signifiant « douleur » ou « douloureux », une interprétation sombre, évoquant les souffrances passées ou les rites anciens. Karreg Toulloù (Toulou) se traduit par « rocher à trous » ou « rocher percé ». Ce sens semble plus en adéquation avec l’aspect physique du bloc, creusé de petites cavités naturelles ou aménagées, évoquant les fameuses "pierres à cupules" que l’on retrouve dans diverses régions de Bretagne et d’ailleurs. Pourtant, l’appellation la plus frappante reste celle que lui donnaient les anciens de la pointe : la pierre sacrificielle. Ce surnom ouvre la porte à une dimension mythique, rituelle, voire tragique, que les récits oraux n’ont jamais totalement permis de clarifier.
Une pierre pas tout à fait comme les autres
En Bretagne, de nombreuses légendes entourent les pierres à cupules, ces roches parsemées de petites cavités souvent associées à des rites antiques, qu’ils soient druidiques ou plus anciens encore. Les pierres à cuvette avec rigole d’écoulement étaient très vénérées par les Celtes qui y pratiquaient un culte aux divinités de l'eau. Le Karreg Toulloù s’inscrit tel dans cette tradition ? Même s’il ne s’agit pas d’un mégalithe à proprement parler, certains pensent qu’il pourrait avoir servi d’autel pour des cérémonies religieuses.
Cela pourrait être une pierre de fécondité comparable à la Kazeg Vaen sur Locronan, ou encore comme la pierre des "sacrifices" du site de Manéguen à Guénin dans le Morbihan. On raconte – sans preuve formelle – que des sacrifices y auraient été accomplis, offerts à une divinité locale aujourd’hui oubliée.
Une question de lieu : que fait ce rocher ici ? Le Karreg Toulloù n’a pas toujours été là où il repose aujourd’hui. Contrairement à ce que beaucoup croient, la nouvelle cité commerciale de la Pointe du Raz, inaugurée en juin 1996, n’a pas été bâtie autour de lui. C’est en réalité l’inverse : le rocher a été déplacé un an plus tard, en mars 1997.
Mais pourquoi ce transfert, et à l’initiative de qui ? Les personnes que j’ai interrogées sur place n’ont pas su me renseigner sur l’origine de la pierre. Le mystère demeurait entier, jusqu’à ce que je décide de contacter le directeur du site de l’époque, Bruno Cariou. Bonne intuition : c’est lui qui, conscient de la valeur patrimoniale de ce bloc si particulier, avait pris soin de le sauvegarder lors de la destruction de l’ancienne cité touristique. À l’époque, les bâtiments de béton devaient disparaître pour rendre le site à la nature, et la pierre, elle, fut déplacée — préservée d’une disparition certaine. C’est là, précisément, que le rocher se trouvait auparavant.
Retour sur l’histoire du musée et des aménagements de la Pointe
Le Karreg Toulloù se trouvait autrefois devant le musée de l’ancienne cité, un lieu emblématique créé au début des années 1960 par Hervé Kérivel, personnage marquant du Cap Sizun. Ce dernier, sculpteur passionné, avait racheté en 1961 l’hôtel de l’Armen (attenant à l’hôtel de l’Atlantique) afin d’y aménager un musée original.
Hervé Kérivel (à gauche) devant le musée des calvaire en septembre 1961
Ce musée, surnommé Musée de la Pointe du Raz, était à l’image de son créateur : singulier, habité, hors des sentiers battus. Il mêlait des reconstitutions historiques de la vie locale, des objets maritimes patinés par le temps, des créations personnelles sculptées dans le bois ou la pierre, ainsi que des éléments insolites ou énigmatiques, glanés au fil des années.
En travaillant sur ce chapitre, je me suis pris de curiosité pour Hervé Kérivel, son histoire et son musée. J’ai donc décidé de lui consacrer un chapitre entièrement dédié (publication à venir pour novembre 2025).
Mais revenons à notre rocher… C’est au début des années 1970, lors de l’aménagement du terre-plein devant le musée, qu’Hervé Kérivel décide de transférer ce rocher à cet endroit. Le rocher n’était pas présent dans la zone de construction des deux hôtels, bâtis en 1958… Alors, d’où vient-il ?
Le Karreg Toulloù devant le musée en 1971
Le musée et le Karreg Toullous vers 1972
Hervé Kérivel, disparu en 2006, n’a laissé aucun écrit permettant de comprendre les raisons qui l’avaient poussé à déplacer cette pierre. Était-ce un geste symbolique, artistique, spirituel ? Ou bien simplement la volonté de préserver un élément du patrimoine local ?
Le musée et le Karreg Toullous en 1995
Sans descendance directe, il ne m’a pas été possible de recueillir de témoignages familiaux immédiats. Après de longues recherches, j’ai néanmoins découvert qu’il avait des neveux et une nièce. J’ai fini, non sans mal, par entrer en contact avec sa nièce, Anne-Marie Le Coz, qui vit aujourd’hui en région parisienne. Elle avait travaillé aux côtés de son oncle au musée et conservait de précieux souvenirs de cette période. Mais concernant l’origine du rocher, ses indications restaient limitées : elle m’a simplement confirmé qu’il provenait de la zone de la Pointe du Raz et qu’il aurait été déplacé vers 1971, par un certain Jean Quiniou, de Cléden, entrepreneur en maçonnerie, avec l’autorisation du propriétaire du terrain où il se trouvait.
La Pointe du Raz avait été profondément transformée durant la Seconde Guerre mondiale, par l’édification massive de blockhaus. Si le Karreg Toulloù s’était trouvé dans cette zone, il aurait sans doute été utilisé comme matériau de construction, ou bien enseveli sous les fondations. Cela signifie donc qu’il reposait ailleurs, dans un lieu plus discret.
J’ai passé plusieurs mois à interroger les anciens de Lescoff pour tenter de retrouver son origine. Un site s’est très vite imposé : la colline au dessus de l’arche naturelle de Porzan, entre Porzan et Bestré. Cette arche relie, par une langue rocheuse, la pointe appelée Beg ar C’hastell à la côte. Étonnamment, il s’agit du tout premier site classé du Cap-Sizun, en 1909, avec les falaises de Castel-Coz — bien avant la Pointe du Raz, seulement classée en 1930. Le Kougon, qui entoure l’arche par le nord-est, porte le nom de Kougon Ninizic Braz.
L'arche naturelle de Porzan en 1900
Il y a dans cette zone une multitude de blocs de roche identiques au Karreg Toulloù. J’ai défriché le lierre et les aubépines autour des blocs où ils étaient regroupés, pour essayer de comprendre. Ce lieu, nommé Roz Poul Gwen, Lescoff sur le cadastre napoléonien de 1836, semble particulier. Pourquoi trouve-t-on ici un regroupement de ce type de rochers, et pas ailleurs sur la Pointe du Raz ?
La zone de Porzan est un endroit où l’on a retrouvé des traces de présence humaine à l’époque néolithique. La zone de l’Arche, battue par les vents et les embruns, pourrait avoir été un lieu sacré - un haut lieu du culte druidique lié à l’Arche. Ces hypothèses restent à explorer, mais le potentiel archéologique du site est indéniable. Le site de Porzan, protégé des vents dominants, a accueilli des peuplements humains depuis la préhistoire, grâce à la présence de la rivière et des vallées environnantes.
J’ai contacté David Duvollet, archéologue averti, pour m’aider sur le sujet : il m’a indiqué qu’une publication consacrée à la zone de Bestré à Feuteun Aod était prévue pour 2026. Dans une brève synthèse consacrée à Porzan, il précisait avoir découvert la présence d’un campement mésolithique (entre 12 000 et 6 000 av. J.-C.), ainsi que les traces toujours visibles de murs datés de l’âge du Bronze (entre 2200 et 800 av. J.-C.), et d’une nécropole de la même époque.
À la fin du Moyen Âge, la population de l’actuel Lescoff vivait encore sur ce site. Elle fut décimée par la peste autour de 1600. L’ancien village disparut alors, et son nom se transforma en Kervaroc (du breton Kervaro, « village mort »).
J’avais passé des heures à comparer des clichés de l’IGN de 1967 et 1975 (avant et après son déplacement) espérant retrouver ce rocher mystérieux dans la zone de l’arche de Porzan. À ma grande déception, je ne l’ai pas trouvé !
Je décidai alors de retourner voir les quelques personnes que j’avais déjà rencontrées, pour leur confier mon désarroi. Parmi elles se trouvait Gaston Raoul, 80 ans, originaire de Lescoff, qui ne se souvenait pas de l’avoir vu à Porzan, mais plutôt ailleurs… le lieu exact s’était effacé de sa mémoire. Cette fois-ci, les souvenirs revinrent, éclatants, accompagnés d’anecdotes colorées : Enfant, il se tournait vers ses parents ou grands-parents et disait : « On va se promener voir le Karreg Toulloù ? » Puis il s’installait dans l’un des trous du rocher, s’imaginant les sacrifices « mystérieux » dont parlait la légende.
Il évoqua aussi un dicton un peu moqueur d’un certain Germain du Toulker, qui aurait circulé sur ce rocher il y a bien longtemps :
« Où sont tes moutons, Germain ? »
« Ils sont là-bas, près du Karreg Toulloù, stanket par du feniou et avant qu’ils sortiront de la, il auront du béar à leur toulloù.
La traduction littérale du breton en français en atténue le charme, mais on pourrait le rendre ainsi : « Les moutons sont là-bas, près du Karreg Toulloù, attachés à un pieu, et avant de se libérer, ils auront bien du mal à leur derrière (du mal à partir de la). »
Voyant sa mémoire retrouver son éclat, je lui reposai la question qui me brûlait les lèvres : « Te souviens-tu où se trouvait le rocher avant le musée ? »
« Ben, sur le Roz, sur une colline au nord de la nouvelle cité »,
me répondit-il avec l’assurance de celui qui se souvient enfin.
De retour chez moi, j’examinai de nouveau les photos IGN, cette fois dans la zone indiquée par Gaston. Et là, comme il me l’avait dit, il était enfin là, fidèle et immobile, prêt à révéler ses secrets.
Il était seul, bien visible, dans une zone de champs nommée Cap Lanval, Lescoff sur le cadastre napoléonien de 1836 (ce qui, à vrai dire, ne nous aide pas beaucoup pour une interprétation mystique du lieu). Cette colline se trouve sur une pointe à l’est de l’anse de Poul Mostrec, à 320 mètres au nord de la maison du site.
Sur le cliché de 1975, le Karreg avait disparu : il avait été déplacé jusqu’au musée, à 850 m. Seules subsistaient les traces de roues laissées par le véhicule qui l’avait emporté.
Je me suis rendu à son ancien emplacement ICI(48.040301 , -4.718147),aujourd’hui envahi par l’herbe haute, les ronces et la lande. À première vue, rien ne semblait intéressant à voir. Pourtant, je n’ai pas pu m’empêcher de fouiller un peu… et c’est alors que je suis tombé sur quelque chose : un petit bloc de 23 kg, à moitié enterré. En l’examinant, j’ai compris que j’avais trouvé un fragment perdu du Karreg Toulloù.
Je ne sais pas exactement quand ce fragment s’était détaché. Il est possible que ce soit arrivé lors de manipulations précédant le transport, quand le bloc a été déplacé ou préparé pour son départ. Ce qui est sûr, c’est que les ouvriers n’avaient pas fait le lien entre ce morceau et le bloc principal — moi, je l’ai fait. S’ils l’avaient remarqué, ils l’auraient sûrement emporté avec le reste.
Et maintenant, que conclure ? Rien de certain, sinon une cascade de questions qui s’emmêlent.
Le Karreg Toulloù repose-t-il ici depuis la dernière glaciation, comme un témoin immobile du temps géologique ? Ou bien aurait-il été déplacé depuis Prozan, ainsi que je l’imaginais au début ? Pour le savoir, il faudrait réaliser une analyse chimique du granit afin de le comparer avec celui des rochers de Prozan.
En l’observant de près, j’ai distingué sur certaines zones du bloc une étrange variation de couleur : le granit blanc-gris se nuance parfois d’un rose pâle.
Cette teinte m’a rappelé les pierres utilisées dans les fours à goémon du Cap-Sizun. Soumises à l’ardeur de nombreux feux répétés pour l’extraction de l’iode, elles prenaient cette nuance rosée. Ainsi, une partie du Karreg Toulloù semble avoir été marquée plusieurs fois par le feu. Mais pourquoi ? Dans quelles circonstances ? Voilà une énigme de plus à ajouter au mystère de ce rocher.
J’ai songé un instant à la zone du Men Tan, la « pierre de feu », visible sur la colline à l’est de l’emplacement d’origine connu du Karreg. Mais je doute qu’un lien existe. Au IXᵉ siècle, raconte l’histoire, des guetteurs postés le long des côtes du Finistère allumaient de grands brasiers pour prévenir l’arrivée des Vikings. Le feu du Menez-Hom répondait à celui du Karreg an Tan, situé à Gouézec, appelé « Menez-Gu » dans les temps très anciens, un point élevé des Montagnes Noires (281 m). À Plogoff, le lieu-dit Men Tan participait lui aussi à ce réseau d’alerte, en relais visuel avec ces deux sommets. Des éclats de feu, comme des signaux de détresse, couraient alors sur la lande et les crêtes.
Pour comprendre la notion du temps qui passe Dans le cadre d’une analyse géologique, il convient de prendre en compte un phénomène important : avec le temps, les sols s’épaississent sous l’effet de l’accumulation de matière organique et de dépôts minéraux. En un siècle, cette élévation reste limitée à quelques centimètres, mais sur un millénaire elle peut atteindre plusieurs dizaines de centimètres, voire davantage dans les zones humides et abritées. Ce processus explique pourquoi les vestiges préhistoriques ne se trouvent plus en surface mais sont généralement enfouis à plus de 50cm de profondeur. Pour retrouver des traces d’une activité humaine à l’emplacement initial connu du Karreg Toulloù, il serait donc nécessaire d’effectuer des sondages ou des fouilles ciblées. L’étude de l’épaisseur et de la composition des horizons de sol constitue ainsi un outil essentiel pour comprendre non seulement la dynamique géologique du site, mais aussi la localisation et l’interprétation des vestiges archéologiques.
Une énigme toujours en suspens
Aujourd’hui, le Karreg Toulloù continue de poser des questions. Il est devenu un témoin silencieux de l’histoire humaine et naturelle de la Pointe du Raz. Un rocher parmi tant d’autres, mais peut-être pas n’importe lequel.
Post-Scriptum L’un des grands avantages d’un blog, comparé à un livre, réside dans la possibilité d’y apporter des rectifications au fil du temps, selon les nouvelles données et les informations que des lecteurs bienveillants me font parvenir.
Je me permets donc d’ajouter à ce chapitre un post-scriptum, destiné à compléter, après coup, les éléments récemment recueillis.
Ainsi, le champ où se trouvait autrefois le Karreg Toullous appartenait, dans les années 1920, à la famille Sergent-Goardon de Laoual. Plus tard, au cours de la seconde moitié du XXᵉ siècle, il passa entre les mains de la famille Sergent-Maréchal.
Souhaitant approfondir la compréhension de ce lieu singulier, j’ai fait appel à deux géobiologistes afin d’étudier le Karreget son site d’origine.
L’un d’eux a perçu que, lorsque le fragment brisé que j’ai pu récupérer était emboîté dans le rocher principal, l’ensemble émettait une sorte de vibration. Une fois le morceau retiré, cette vibration semblait s’interrompre, comme si le lien avait été rompu.
Sur l’emplacement exact du rocher d’origine (sur la colline), les deux observateurs ont également ressenti la présence d’un vortex.
Il ne s’agit, pour l’heure, que d’une première approche : des analyses plus poussées seront réalisées dans les mois à venir. Il y a des veines d'énergie à explorer : une ancienne chapelle, nommée Chapelle Goz, se trouvait au XVIIIᵉ siècle non loin de là …
Un peu plus loin à l'est, sur les côtes du Cap à Pors-Poulhan en 1926, est construit une nouvelle station H.S.B.
Le Jeanne David à la Rochelle en 1926 (sorti du chantier naval Chassaigne)
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Le canot Jeanne David arrive par le rail en début juillet 1926. Il sera présenté pour un weekend à la population quimpéroise, avant son arrivée sur Pors-Poul’han
Le baptême du canot à avirons Jeanne David se déroule le dimanche 11 Juillet. Ce jour là, Monsieur Saliou, recteur de Plozévet, monta sur le canot et remercia les Hospitaliers Sauveteurs Bretons du don qui venait d'être fait au petit port de Pors-Poul’han. La station fut supprimée après guerre, et le canot vendu à un particulier pour Pouldavid (à confirmer). Il semblerait que le canot n’ait fait que très peu de sorties. Seul le bâtiment abri témoigne encore de la présence passée d'une station de sauvetage.
L'Ouest Eclair : L’événement attendu depuis longtemps par les pêcheurs de la cote sud d’Audierne a eu lieu hier devant une foule nombreuse accourue de tous les points de ce pays sauvage et beau : la vraie Bretagne. Le Jeanne David a pris sous le grand pavois possession de son élément. Bénédiction du bâtiment, mise à la mer, discours, tout se passa simplement et cette cérémonie n’en fut que plus émouvante…… Dans la foule silencieuse, on entend parfois un cliquetis de médailles ; un geste découvre un ruban, une poitrine toute constellée de médailles. C’est que, nous vous l’avons déjà dit, nous sommes au pays des héros. Puis c’est la bénédiction du bâtiment, donnée par M. le recteur de Plozévet en présence de Mme Le Bail, marraine, à qui une jeune fille remet une gerbe de fleurs, et du grand statuaire breton Quillivic, qui était le parrain. …… Vous avez dû redoubler d’efforts. De concert avec la Société centrale de sauvetage, vous avez multiplié les stations sur cette côte orageuse et tourmentée. Hier c’était Primelin, aujourd’hui c’est Poul’han … … La cérémonie religieuse était terminée. Le «Jeanne David», qui, venant de Quimper, n’avait pu être mis à poste tout de suite, fut halé sur son chariot pour être lancé à la mer dans l’après-midi. Ensuite invités et équipages se rendirent au bourg de Plozévet, au restaurent Laurent, pour y déguster un excellent déjeuner amical que présida M. le préfet… … Mais le matin avait eu lieu la cérémonie officielle, et le soir en famille, au milieu de la « grande famille que sont les H.S.B. », M. Berthaut faisait quelques surprises. Il remit au milieu des applaudissements la médaille du souvenir des H.S.B. à MM. Destour, Drillien, Delamaire, Strullu et Le Berre, les nouveaux patrons du Paul Lemonnier. Quant à M. Thomas, chef de la station du Loc’h Primelin, ce vieux brave reçut du président général la médaille d’argent de la Fédération dont M. Berthaut est vice-président. Le brave Thomas, ému certes, put cependant dire après l’accolade qu’il reçut : « Je ne crois pas avoir encore tout terminé, comptez sur moi. » Pourtant Thomas a 72 ans bien comptés. Le président général termina, en levant sa coupe aux héros de la mer et à leurs femmes …… Après cela, on se rendit à Pors-Poul’han assister aux régates. C’était en effet la fête patronale, et battant toujours le grand pavois, très applaudi, le nouvel équipage du « Jeanne David », armant le nouveau bateau sous la conduite de son patron Le Corre et du chef de station Thomas, du Loc’h Primelin, fit une première sortie.
Léger, très marin, animé d’une belle vitesse sous l’impulsion de bras vigoureux, le « Jeanne David » se perdit bientôt dans la brume qui s’élevait. A leur retour, les canotiers répétaient à qui voulait les entendre que leur canot était merveilleux……Article intégrale du Ouest Eclair du 12 juillet 1926
La Dépêche de Brest : …… Le canot « Jeanne David » Voulant répondre aux souhaits de Mlle Maséry, les Hospitaliers Sauveteurs Bretons ont donné au canot de sauvetage confié aux vaillants marins de Pors-Poul’han le nom de Jeanne David. Ce canot, spécialement conçu pour les besoins de l’endroit, est un splendide bateau construit à la Rochelle, sur les chantiers Chassaigne, mesure 8m50 et a été construit sur les plans de M. Albert Henry, dont le type qui porte son nom, a reçu le premier prix du monde à l’exposition de 1900. M. Henry en a dirigé et suivi la réalisation. Le Jeanne David est un bateau à voiles et à avirons, à évacuation instantanée par puits longitudinal à clapets et inchavirable, même sous voiles, grâce à sa dérive mobile, pourvue d’un bulbe. Cette dérive est dite « à ciseaux » et peut rentrer automatiquement dans la chambre, à la rencontre d’un obstacle…... Ajoutons que le Jeanne David a été réalisé avec les plus grands soins par M. Chassaigne, avec des bois de choix, selon des méthodes rigoureusement éprouvées. Il sera monté par dix hommes : 8 rameurs, un patron et un sous-patron. Le canot pèse 4.700 kilos et son chariot 2.400 kilos. L’opinion de M. Thomas – chef de la station du Loc’h Primelin sur le « Jeanne David » : Arrivé de bonne heure sur la petite grève de Pors-Poul’han, j’ai le plaisir d’y rencontrer M. Thomas, un de nos plus méritants chefs de station de sauvetage. M. Thomas, qui, pendant vingt ans, fut le patron du Paul Lemonnier et a, sur le canot, opéré plus de 70 sauvetages, est désormais le chef de la station du Loc’h Primelin. Ce vaillant et modeste sauveteur admire le Jeanne David. Je lui demande son avis sur ce bateau, qu’il détaille minutieusement. – Il est superbe, me répond t’il ; c’est un canot magnifique. « Il sera facile de le manœuvrer à l’aviron, beaucoup plus facile que le Paul Lemonnier. De plus, il tiendra bien la mer. Voyez comme il est large et comme cette construction en bois est soignée, bien clouée. Ici, pas de danger de voir se rouiller les rivets. Je vous le répète : ce bateau est superbe ! » …… Tout le monde se groupe autour de la barque de sauvetage. Une partie de la population de Pors-Poul’han, Plozévet, Plouhinec, est déjà arrivée pour assister à la cérémonie du baptême. Au milieu de cette foule, on remarque M. Thomas, déjà cité ; MM. Joseph Le Berre et Jean Le Berre, la poitrine constellée de médailles, le père et le fils ayant plus de 16 sauvetages à leur actif. Le clergé s’approche de la barque. M. Sailiou, recteur de Plozévet, monte sur le canot et remercie les Hospitaliers Sauveteur Bretons du don qui vient d’être fait à ce petit port : puis, en breton, il explique à la population maritime le but de l’œuvre et les conditions du legs qui vient de lui être fait……. Article Intégrale de La Dépèche de Brest du 12 juillet 1926