Le CV de KERROS termine sa carrière dans le Cap Sizun le vendredi 30 mai 1952, il a été affecté par la suite : - en 1952 à Portsall (29) - en 1955 à St Briac (35) - en 1956 à St Quay-Portrieux (22). - en 1958 il est vendu à la DDE du Morbihan pour 650.000 francs. Il servira à la compagnie Morbihannaise au transbordement de passagers et au cabotage entre Quiberon et Belle Ile. Il sera remotorisé par le moteur du canot Vice-Amiral SCHWERER (info à valider !). Ce canot avait été endommagé dans la barre d’Etel en 1958 (il y eu 9 morts) en testant, avec Alain BOMBARD, un canot pneumatique. - en 1980, plus de trace : le canot aurait été détruit (brûlé) au fond du port du palais à Belle Ile.
J'ai pu trouver des articles de presse et différentes photos où nous le retrouvons dans ses différents ports d'affectation.
Les Annales du Bien : Le Capitaine de Vaisseau de KERROS arrive à Portsall le 30 mai 1952, après de grosses réparations faites à Audierne. Il est prêt à répondre à tous les appels. Alerte du 18 Août 1952 à 14h55 - Un bateau de pêche en perdition est signalé à l'ouverture de l'anse de Penfoul, près du rocher du Coq. Vingt minutes plus tard, le CV de KERROS prenait la mer. Recherches infructueuses. Le canot rentre à Portsall à 16H45. Il est supposé que les touristes qui ont signalé l'accident, ont vu un bateau de pêche amener sa voile, ce qui a causé l'erreur. Outre cela, le canot a effectué plusieurs sorties d'entrainement.
Le Capitaine de Vaisseau de KERROS est appareillé le 15 août 1953, vers 17h45, pour une sortie d'exercice après visite du moteur. Au moment du retour, l'équipage a eu son attention appelée par la manœuvre insolite d'une barque de pêche du port, "l'idéal" montée par deux hommes. La barque, sans voile, en panne de moteur, dérivait vers le large dans de dangereux parages. Le CV de KERROS la prend en remorque et la ramène à son mouillage.
Le bateau de sauvetage CV de KERROS à Portsall
Les Annales du Bien Le 17 décembre 1956 le CV de KERROS est transféré sur St Quay Portrieux après un passage d'un an 1/2 sur St Briac. Par un fort vent Ouest soufflant en tempête, le bateau de sauvetage Capitaine de Vaisseau de KERROS a été remis officiellement à cette section. Une foule compacte se pressait sur le port. Le Capitaine de Vaisseau de KERROS ayant à bord M. le Docteur CAILLET, maire ; M. REVRAT Administrateur Principal de l'Inscription Maritime, à St Brieuc ; M. LOSET, Conseiller Général, entouré de la municipalité et des maires des environs. Malgré le mauvais temps, il fit, au large des îles Saint-Quay, sa première sortie officielle au cours de laquelle M. l'Abbé POLIVE, chapelain épiscopal a baptisé le bateau. Les membres de l'équipage jetèrent une gerbe de fleurs à la mer. Au cours du vin d'honneur qui suivit, M. le Maire : M. TREHIOU, capitaine de la marine marchande, président de la section H.S.B. ; M. René JOUVE et le MOAL. Désormais, les navires qui se trouveraient en détresse dans la baie de St-Brieuc, du Cap Fréhel à l'ile Bréhat pourront compter sur un secours rapide et efficace. Nous ne doutons pas que M. TREHIOU, grâce à son activité et à son dévouement ne donne à cette nouvelle station de sauvetage le meilleur rendement.
le CV de KERROS sur St Quay Portrieux entre 1956 et 1958
En Janvier de l'année 1958, le service Maritime des Ponts et Chaussées du Morbihan, contacte les H.S.B pour savoir si un canot pourrait être déclassé pour faire du transbordement de passagers et du cabotage dans la région de Quiberon et Belle-Île en mer.
le CV de KERROS dans le port Haliguen à Quiberon dans les années 1960-1970
Le CV de KERROS au port Maria à Quiberon à coté du bateau Belle-isle
Bateau de sauvetage CV de KERROS à Belle-Ile en mer au port du Palais
J'ai contacté Mr Tanneguy de KERROS (le fils de la marraine du bateau) qui m'a expliqué avoir vu au hasard d'une visite sur Belle-Ile, le canot de sauvetage dans le fond du port. Il se souvient d'un bateau en mauvais état. Un ancien mécanicien naval de Belle-Ile en mer m'a informé ce souvenir de cet ancien bateau de sauvetage reclassé en cabotage. En fin des années 1970, le canot aurai été abandonné au fond du port du Palais. Il aurait été brûlé avec d'autres vieux bateaux. Ainsi se termine la carrière nautique du bateau de sauvetage du Capitaine de Vaisseau de KERROS en 1980.
Le cimetière à bateaux au fond du port du palais dans les années 1965
Le bateau de sauvetage «CV de KERROS » sera le seul bateau à moteur que la société H.S.B possède à l’après-guerre. Tout est fait pour le mettre en valeur.
Remise en route de la station HSB du Loch Primelin
Pendant le conflit Franco-Allemand, il était obligatoire de peindre sur les bateaux le drapeau tricolore. Ce détail est encore visible sur le petit canot, derrière le gouvernail du bateau de sauvetage.
Plan d’un avant projet de prolongement des rails de lancement de 1947 qui ne verra pas le jour
En septembre 1948, Mr SIGMANN du ministère de la marine marchande écrivait au préfet :
A la lumière des précisions fournies, je suis d’avis de renoncer au dragage du port du Loch Primelin et d‘équiper dans un proche avenir le port d’Audierne d’un canot à moteur, dont la station sera à l’abri du nouveau môle. Je propose donc à la société des Hospitaliers Sauveteurs Bretons et à la Société Centrale de Sauvetage des Naufragés de comprendre dès à présent dans leur plan de rééquipement : 1- L’échange du canot à moteur du Loch contre le canot à rames d’Audierne, des arrangements financiers intervenant entre ces deux Sociétés sans que nos Départements respectifs aient à s’en occuper. 2- La construction d’un nouvel abri dans la crique du Loch, de telle manière que le canot puisse sortir à tout moment de la marée.
Je vous serais obligé, de bien vouloir faire part de ces nouvelles dispositions au Conseil Général du Finistère qui, dans sa séance du 11 Mai dernier, m’avait présenté un vœu tendant à accorder une subvention pour l’équipement de la côte en station de sauvetage.
Donc les années après guerre sonnèrent la fin de la station HSB du Loch Primelin. La cale de lancement du canot, ne donna jamais réellement satisfaction. Il n'était pas possible de lancer le bateau à marée basse. Les H.S.B prirent la décision de fermer la station en fin 1948, et de transférer le canot sur Audierne en février 1949, en attendent la création de la nouvelle station H.S.B de Ste Evette à Esquibien. Ce nouveau port est peu dépendant des marées car toujours à flot.
l'Abri de sauvetage et le port du Loch Primelin à marée haute en 1948 (photo Eugène Perrot)
Départ du Bateau de sauvetage CV de Kerros, conduit par son équipage, pour Audierne en février 1949
Arrivée du Bateau de sauvetage CV de Kerros, conduit par son équipage, à Audierne en février 1949
Remerciement des HSB à Jean-Marie THOMAS et son épouse Anna ALANOU en 1949
Courrier des HSB au Commandant Brusq d'Audierne en avril 1949
Audierne le 19 avril 1949
Compte rendu d’alerte (sans doute écrit par le Commandant BRUSQ responsable des HSB d'Audierne)
Le 15 avril, à 1H du matin, j’ai été réveillé par Mr LEBRETON, Chef du Quartier, accompagné de Mr THOMAS fils (dany). Un bateau de pêche, genre « malamock », s’était échoué à la côte, sous Primelin, par beau temps clair, mais par justant, et demandait assistance. Du Loch, Mr THOMAS avait prévenu téléphoniquement l’Administrateur, qui, pour faire vite, avait prié Mr THOMAS d’emmener à Audierne, dans sa camionnette, l’équipage du Loch.
L’équipage et le patron CISSOU, avait rallié d’urgence le Capitaine de Vaisseau de KERROS, mais le moteur n’avait pu être lancé : la batterie au ferro-nickel que Mr THOMAS avait placée à bord pour la traversée du Loch-Audierne, le mois dernier, en attendant l’arrivée d’une batterie commandée au plomb, était déchargée. J’ai remis aussitôt au jeune THOMAS la batterie neuve. Il l’a mise en circuit à bord. Le moteur a tourné dès que lancé.
A ce moment la mer montait et le chenal devenait praticable. Le bateau de sauvetage allait appareiller quand un nouveau coup de téléphone a prévenu Mr l’Administrateur que le « malamock » s’était désenchoué par ses propres moyens à la marée montante, puis avait gagné le large et mis le cap sur le Raz de Sein. Depuis, nous avons appris que ce « malamock » était de Camaret, qui faisait route de Concarneau sur son port d’attache.
Notre équipage, déçu de n’avoir pu se rendre utile, a rejoint le Loch dans la camionnette de Mr THOMAS.
Commentaire :
Cette alerte a constitué un excellent exercice. L’équipage éprouvé du Loch a montré son ardeur coutumière. En faisant appel à cet équipage, Mr l’Administrateur l’a jugé salutaire pour venir en aide à un navire à la côte, les hommes de cette côte sont plus qualifiés que tout autre marin, en raison de leur connaissance exacte de tous les dangers avoisinants. Dans un cas analogue c’est la même manœuvre qu’il conviendrait d’appliquer. Il semble donc tout indiqué de garder l’ancienne équipe du Loch Primelin comme deuxième (ou 3ème) équipage de notre canot, tout au moins tant que la station de Ste Evette ne sera pas en service.
Les bacs en aluminium de la batterie au férro-nickel de Mr THOMAS ont été piqués et percés par l’eau de mer, à bord. La Société devra donc rembourser à Mr THOMAS du coût de la réparation. Elle lui doit déjà la fourniture d’une batterie neuve, au plomb de 12 volts. La Société lui doit également le coût du transport en camionnette de l’équipage du Loch à Audierne et retour. Elle doit à l’équipage une indemnité pour son dérangement en pleine nuit.
Mr LEVRETON, Chef du Quartier d’Audierne, a droit aux remerciements des HSB.
La nuit dernière encore, un bateau neuf, du Guilvinec, qui se rendait du Guilvinec à Douarnenez, s’est échoué sur les rochers de la Pointe de Lervily. La mer était houleuse. Le bateau a été détruit avant qu’il n’ai été possible de lui porter secours. Tout l’équipage est sauf.
Le canot de sauvetage CV de KERROS dans le port d'Audierne
L'équipage du Bateau de CV de KERROS était composé de 2 équipes :
2 - L'équipage du Loc’h Primelin (comme équipe de remplacement)
Eugène CISSOU : patron
Hervé QUERE : sous patron
Dany THOMAS (mon oncle) : mécanicien
Jean KERSAUDY, Jean YVEN, Jean BOURVEAU : matelots
Le Canot à Audierne durant l'été 1949 avec le mécanicien du Loch : Dany THOMAS à la barre
Le canot de sauvetage CV de Kerros dans le port d'Audierne de 1949 à 1952
En septembre 1949 Les H.S.B décideront d’équiper la station de Ste Evette par un nouveau grand canot. (OF du 13-10-1949 - Un Nouveau canot pour Audierne)
Le nouveau bateau construit par les chantiers navals de Fécamp arrive à Audierne le mercredi 18 avril 1951 et c’est le 20 mai que sont inauguré la station et le bateau de sauvetage Nadault de Buffon (nom du fondateur des H.S.B en 1873). Ce canot de 1ère classe tout temps en bois d’une longueur de 14,50 m et d’un poids de 22 tonnes navigue à une vitesse de 9 nœuds. ... Nous en reparlerons dans un prochain chapitre
Les canots de sauvetage que nos amis anglais nomment si naturellement de « life-boat » (bateau de vie), doivent rester au service de tous ceux dont la vie est mise en danger sur nos côtes. Cette mission a pris, dès le début des hostilités, une grande dimension, car l’état de guerre a beaucoup augmenté les difficultés de la navigation côtière. L’ennemi n’hésite pas, en effet, à couler sans avertissement des bateaux de commerce non armés. Il disperse de nombreuses et dangereuses mines dans les eaux côtières.
La mobilisation a causé beaucoup d’absence en ressource humaine dans les stations de sauvetage. Pour remplacer les jeunes, il a fallu souvent s’adresser aux « anciens ». Ceux-ci ont d’ailleurs accepté, sans hésitation, de reprendre les fonctions qu’ils avaient remplies autrefois avec un entier dévouement.
L'anse du Loch Primelin avant la guerre
Dans la perspective de l’arrivée imminente des Allemands au Cap Sizun (qui eut lieu le 20 juin 1940), l’équipage du bateau de sauvetage « Capitaine de Vaisseau de KERROS » du Loch en Primelin, envisagea de rallier l'Angleterre. Cependant des informations circulaient quant à la présence de bateaux de guerre allemands au large des côtes. L’entreprise s’annonçait donc délicate et voici que le jour du départ programmé, M. HELIAS, maire de la commune, craignant pour l’équipage et le bateau, s’opposa physiquement au départ de ces derniers en se tenant au milieu des rails de mise à l’eau. Selon lui, le bateau n'aurait pas pu passer le Raz de Sein. Néanmoins durant la nuit, l'équipage téméraire essaya de mettre le plan à exécution, malgré un certain manque de coordination. Devant cette équipée à l’intention louable mais mal engagée, mon grand père Jean-Marie THOMAS, mécanicien du canot, enleva une pièce du moteur pour éviter que le bateau ne quitte le port du Loch à Primelin.
C'est donc le Jeudi 20 juin 1940 que l'avant-garde de la Wehrmacht arrive dans le Cap Sizun en moto et en side-cars. Des éclaireurs allemands viennent informer les organismes officiels tels que la mairie, la gendarmerie … que les troupes allemandes investissent le territoire.
Durant l’occupation, il est à noter que le bateau de la station HSB du Loch Primelin, ne sera pas réquisitionné par les Allemands.
Cet article de presse de l'époque comporte une erreur de taille, en effet les 2 personnes secourues le 25 mai 1941 n'étaient pas 2 soldats allemands mais de 2 pauvres pêcheurs. D'ailleurs l'article des Annales du Bien à suivre reprend le récit du sauvetage en parlant d'une barque de pêche.
Les Annales du Bien 1941
Plus les jours passent, et plus nous avons lieu de nous réjouir d'avoir donné à la station du Loc'h en Primelin, un bateau tel que le Capitaine de Vaisseau de KERROS. C'est la réflexion que suscite en nous le rapport du Chef de Station LOUARN, concernant la sortie du 25 Mai 1941.
A 13 heures, M. l'Administrateur d' Audierne alertait notre poste et le patron CISSOU sortait le canot à mi-cale. Les Allemands de veille à la pointe du Raz, avaient signalé une barque de pêche en péril sous les lames qui, malgré la pompe du bord et un seau de vidage, menaçaient de l'envoyer par le fond.
A 15 heures, le De KERROS sortait. Mer très forte, pluie battante, mauvaise visibilité. Notre bateau se tenant trop au large, les veilleurs lui signalèrent par fusées le lieu utile d'intervention. Alors, dès 16 heures le patron CISSOU et son équipage accostaient la barque de pêche, emmenaient les pêcheurs, et prenaient en remorque leur bateau, non sans continuer de l'alléger du poids de l'eau sans cesse embarquée.
Enfin, à 18 heures, le De KERROS faisait sa rentrée au Loc'h, où il fut accueilli par l' administrateur d'Audierne, qui félicita les Sauveteurs.
Regrettons avec lui que ce bateau ne puisse, avec la situation actuelle de la cale et du port, sortir à toute heure du jour ou de la nuit.
Les Annales du Bien 1942
En 1942, le canot « De KERROS » du Loc’h a eu de nouveau l’occasion d’accomplir un sauvetage qui fut le dernier avant la mise en sommeil à peu près complète de nos stations du fait de la guerre.
C’était un jour du mois de mai.
Un coup de téléphone de l’Administrateur de l’Inscription Maritime d’Audierne vint alerter l’équipage du canot en lui signalant qu’une embarcation se trouvait en danger dans le Raz de Sein.
Le Capitaine de Vaisseau De KERROS appareilla aussitôt avec son équipage habituel. Grâce aux indications fournies par la terre, il découvrit rapidement le canot à moteur Jojo, de Douarnenez. Celui-ci, après avoir doublé la pointe du Raz, s’était trouvé en difficulté, avec vent et courant contraire. Il avait fini par avoir son moteur noyé, et les hommes qui le montaient n’avaient eu d’autre ressource que de mouiller à une cinquantaine de mètres de la côte, dans une situation périlleuse. Quand le canot de sauvetage arriva sur eux, leur embarcation était à moitié remplie d‘eau. Ils étaient eux-mêmes exténués de fatigue et de froid, de sorte qu’ils couraient grand risque de mort, s’ils n’avaient été tirés d’affaire par cette intervention opportune.
Ils furent recueillis et réconfortés à bord du canot de sauvetage et leur embarcation fut prise à la remorque et ramenée au Loc’h sans encombre.
La sortie avait duré trois heures... Bien sincères et cordiales félicitations à l’équipage.
Le 11 décembre 1941 les Etats-Unis entrent en guerre. Hitler ordonne l'édification du Mur de l’Atlantique (soit 4000kms de fortifications côtières le long du littoral, qui vont de la Norvège au sud de la France. A cause de la proximité de l’Angleterre, la Bretagne est une zone particulièrement couverte). Sa construction débute au second semestre 1942. La fameuse organisation Todt, prend en charge cette tâche monumentale. A la pointe de Cornouaille comme sur toute la côte Française des casemates (bunkers, blockhaus) sortent de terre.
Croquis de l'anse du Loch réalisé par Pierre QUERE durant la 2ème Guerre Mondial
Les Allemands construisent 3 casemates (codifié QU14) sur la butte surplombant le port du Loch Primelin, durant le conflit. L’une d’entre elles, imposante, est toujours bien visible : dominant l'anse, elle était équipée d'un canon de 50-55mm qui ne semble pas, à ma connaissance, avoir réellement servi, sauf pour des exercices de tirs effectués en direction de la Pointe des Moutons. (pratiquement à l'endroit ou a été construite, bien après la guerre, la petite maison qui surplombe encore aujourd'hui le bout de la pointe).
La casemate principale (type 667) de l'anse du Loch Primelin
Les restes du canon de la casemate ont été récupéré par un particulier. Voici la culasse qui sert maintenant d'enclume dans une maison de Plouhinec : rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme
Plus en retrait, à demi enterrée, la casemate du QG et « lieu de vie » aujourd’hui remplie de déchets de pétrole provenant du Boehlen (pétrolier Est-Allemand) sombré sur la chaussée de Sein le 14 octobre 1976
Ces clichés ci-dessous, datant de mai 1942, ont traversé le temps. On y voit des soldats allemands recouvrant la casemate de leur quartier général d’un filet de camouflage afin de la dissimuler aux avions alliés.
Pour empêcher tout débarquement sur les côtes, un système défensif complexe avait été imaginé : un des éléments de ce dispositif était constitué de tétraèdres en béton, dont la partie visible et émergée a une forme tripode. Ces pièces, pratiquement invisibles à marée haute étaient destinées à crever les barges de débarquement sur les plages. A ces chevalets composés de six jambages en béton armé, il faut ajouter des variantes comme le « hérisson tchèque » ou les « dents de dragon » visibles sur d’autres côtes.
Nous en retrouvons un miraculeusement préservé à l’entrée du port du Loch. Il a été déplacé de la plage à la fin de la guerre pour délimiter la zone rocheuse du port. Cela fait près de 70 ans qu’il résiste au temps !. Ce tétraèdre submergé à marée haute, représentait un danger pour la navigation ; c’est pourquoi il a fallu le signaler. On lui a donc rajouté un mat avec une bouée rouge qui sert aujourd’hui à baliser le chenal d’accès au port : c’est la bouée bâbord. Lorsque vous venez du large et que vous rentrez au port, vous devez laisser la bouée rouge sur votre gauche. (Rouge à bâbord/ vert à tribord).
Le tétraèdres en béton du port du Loch - à droite les restes d'un tétraèdre sur la plage en 2013
Le tétraèdres en béton du port du Loch en 2015
Reste de tétraèdres en béton du port du Loch Primelin en 2015
L'occupation aura duré quatre ans et trois mois dans le Cap Sizun. Durant cette période les plages et un certain nombre d’endroits de la côte du Loch seront minés : il s’agit de mines anti-personnelles et antichars.
Le 6 juin 1944 a lieu le débarquement sur les plages de Normandie. La résistance devient beaucoup plus active dans le Cap Sizun. Le 4 aout, les Allemands quittent leur position du Loch pour rejoindre Lézongar à Esquibien. Le jour même un homme sabote le canon de la casemate en aplatissant le bout du tube à l'aide d'une masse afin de le rendre inopérant. Le 20 septembre 1944 le drapeau blanc est hissé sur le bastion allemand de Lézongar. Mais c'est le 8 mai 1945 que prend fin le conflit par la capitulation de l'Allemagne. Tout est à reconstruire...
L'ennemi est parti, mais « il continue à tuer ». Après la libération (liberté retrouvée oblige!) les habitants des communes côtières vont s'enhardir, surtout les enfants. Ils s'aventurent sur les terrains minés et ce, malgré de formelles interdictions. Sur Primelin il n'y eut pas de mort mais des accidents plus ou moins graves. Tandis que sur la falaise dominant le port, des enfants alimentaient un feu avec ce qu'ils trouvaient, une mine non désamorcée explosa. Certains d’entre eux furent blessés mais sans gravité ; tout au plus la détonation fit sauter quelques vitres des maisons situées à proximité de l'explosion.
Un autre accident eut lieu lors du passage d'une charrette, probablement lorsque celle-ci roula sur une mine antichar. Ce jour là, Jean Yves POULHAZAN de Kerandraon remontait de la plage du Loch dans sa charrette tirée par son cheval lorsque l'explosion eut lieu. La roue pulvérisée passa par dessus la maison de Tõn Per Gosquer. Au bruit de l'explosion le cheval partit comme un fou vers Kerandraon où il arriva avec un morceau du brancard de la charrette ! Heureusement Jean Yves POULHAZAN sortit indemne de cette mésaventure sans être blessé.
Les derniers prisonniers allemands quitteront notre région en novembre 1948, après avoir, entre autre, déminé toutes les plages du Cap Sizun.
Au cours de cette guerre, la quasi-totalité des matériels équipant les stations ou les postes de secours HSB ont été détruits ou pillés. Mais au moment de la débâcle allemande la station du Loc'h Primelin fut épargnée. Sur les 5 grands canots HSB existant en 1939, un seul subsiste à la Libération : le « Capitaine de Vaisseau de KERROS ».
Le bateau de sauvetage de KERROS dans le port de Primelin à la fin de la guerre (photo Eugène Perrot)