46 - Bulletin municipal de PLOGOFF de 1989 à 2025
Les chapelles de la Pointe du Raz de Lescoff : Une énigme historique
La Pointe du Raz a compté, par le passé, quatre chapelles distinctes :
1 - La chapelle Saint-Michel (l'édifice initial), nommée Sant-Mikael par les anciens (prononcer Mikèl).
2 - La chapelle Saint-Collodan (devenue par la suite l'actuelle Saint-Michel)
3 - La chapelle Goz
4 - La chapelle Saint-Guénolé
Au départ, je pensais raconter l’histoire de ces quatre chapelles en un seul chapitre. Mais, face à l’ampleur des informations à traiter, j’ai choisi au dernier moment de diviser ce récit en quatre chapitres distincts, afin de donner à chaque édifice l’attention qu’il mérite. Dans ce chapitre, comme dans les trois qui suivront dans les semaines à venir, je vous invite à me suivre sur les traces de ces chapelles. Pour ce faire, j’ai passé beaucoup de temps à croiser différentes archives — religieuses, militaires et archéologiques — afin de confronter les informations et mieux comprendre leur histoire. La littérature ancienne regorge de textes, rédigés à des époques diverses, qui mentionnent ces chapelles, mais qui mêlent parfois erreurs, imprécisions ou contradictions. J’ai plongé dans ces sources avec patience, tâchant de séparer ce qui est réellement attesté de ce qui relève de l’incertitude. Mon objectif est de vous proposer une étude rigoureuse et factuelle, tout en laissant la porte ouverte aux découvertes futures. Toute contribution de chercheurs ou de spécialistes, susceptible d’éclairer davantage ces histoires, sera naturellement la bienvenue.
Chapitre 56 : La chapelle Saint-Michel - l’édifice initial, anciennement situé ICI (48.040704 , -4.704359)
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Zone de l'emplacement de l'ancienne chapelle Saint-Mikel
Cette chapelle n’apparaît plus sur le cadastre napoléonien de 1836, car elle était déjà détruite à cette date. Les écrits la concernant sont rares : quelques lignes, relevées dans des ouvrages anciens, indiquent qu’elle aurait été érigée sur un tumulus, à proximité d’un menhir.
Petit avant-propos :
En 2023 est apparue sur le Web une série de photographies du Finistère réalisées en 1897 par un photographe nommé Hermann Albrecht Insinger, issues des archives communales de la ville de Bielefeld, en Allemagne.
Parmi les nombreuses photographies du Cap-Sizun, l’une d’elles restait jusqu’alors mystérieuse. Grâce à mon ami Henry Chalm, fin connaisseur des sémaphores — que je tiens à remercier pour son aide précieuse — nous avons pu identifier le bâtiment en ruine visible sur ce cliché : il s’agit du premier sémaphore de la Pointe du Raz, connu sous le nom de sémaphore Depillon, tel qu’il apparaît sur le cadastre napoléonien de 1836.
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La maison visible au dessus du cheval existe toujours en 2026, le long de la route nationale.
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Sémaphore de Saint Michel - (cadastre napoléonien de 1836 - Section B 1 du Manoir)
Dans ses notes de voyage de 1908 (Îles bretonnes - Notes de voyage), Anatole Le Braz rapporte le témoignage d'un habitant évoquant l'histoire de Saint-Michel, qui possédait autrefois sa chapelle là où « achève de se ruiner un ancien corps de garde ». Comme souvent pour les sanctuaires dédiés à l'archange, l'édifice occupait l'un des points culminants du territoire.
Cette photographie se révèle donc particulièrement intéressante, car elle permet de mieux comprendre les lieux. Elle montre surtout qu’il y eut bien la construction d’un bâtiment sémaphorique spécifiquement dédié à cet emplacement.
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Mais revenons à notre chapelle… La plus ancienne mention de la chapelle Saint-Michel remonte aux années 1600, à l’époque de la peste de Lescoff, à Plogoff. Un écrit de 1899 indique que le cimetière de Saint-Michel et de Saint-Collodan « menaçait d’être comblé. Les morts étaient si nombreux et la peur si grande que bientôt, plus personne ne se porta volontaire pour ensevelir les cadavres ».
Nous retrouvons cette chapelle sur de vieilles cartes marines. La plus ancienne sur laquelle elle apparaît a été réalisée par Louis-Nicolas de Clerville lors de la grande inspection des côtes de Bretagne de 1666.
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La présence de la chapelle Saint-Michel sur une carte marine aussi ancienne indique qu’elle était déjà considérée, à cette époque, comme un repère pour la navigation dans le passage du raz de Sein, autrement dit comme un amer.
Que savons-nous de cette chapelle ? Pas grand-chose, en réalité. Elle fut édifiée sur le point culminant de Plogoff, à 82 m d’altitude, sur un ancien site préhistorique. Ce n’est pas qu’une simple tradition orale : le tumulus est décrit dans un ancien bulletin de la Société archéologique du Finistère, qui mentionne ses vestiges et ses particularités. Une nouvelle campagne de fouilles y fut menée en 1871, à côté du sémaphore alors désaffecté, par Jean-Paul Chever, pour le compte de M. Greno, archéologue du Finistère. Les fondations de la chapelle avaient largement modifié la forme du tumulus, mais il restait encore beaucoup à explorer : voici ci-dessous un plan des chambres sépulcrales réalisé par M. Chever.
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Ce tumulus a été identifié comme un tumulus galgal (tumulus mégalithique probablement élevé à la mémoire de guerriers gaulois). Dans une sorte de structure d’allée couverte, une hache en pierre polie et un vase en terre ont été découverts, ce qui indique qu’il s’agit d’une séquence funéraire ancienne, correspondant à l’âge du Bronze ou au Bronze final.
Un habitant de Lescoff m’a montré, il y a quelques années, une hache très semblable à celle trouvée sur le site, qu’il avait mise au jour en labourant un champ voisin. Ces découvertes suggèrent que ce lieu a été, depuis des siècles, un espace chargé de sens et de rituels.
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Au fil du temps, la chapelle Saint-Michel a été construite directement sur le tumulus, implantant la foi chrétienne sur un monument préhistorique. Ce geste illustre parfaitement la manière dont les anciens sites sacrés ont été réappropriés et sanctifiés au fil des âges. Avant l’édifice en pierre, il est probable que d’autres constructions religieuses, plus modestes, aient déjà marqué ce lieu durant le Moyen Âge.
À quoi pouvait ressembler cette chapelle ? Aucun dessin ni aucune iconographie ne permettent de le savoir. En me basant sur la photographie de 1897, je l’ai représentée de manière imaginaire à son emplacement initial, sur le tumulus.
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Ce tumulus de Lescoff constitue un exemple de superposition historique : un monument préhistorique transformé en lieu de culte chrétien, où l’histoire protohistorique et l’histoire moderne se rejoignent dans un même espace. La chapelle Saint-Michel, construite sur ce tumulus, est ainsi étroitement liée à la mémoire du site et à son importance culturelle dans le paysage du Cap-Sizun.
Au début des années 1900, de nouvelles fouilles ont été réalisées à cet endroit, mais je n’ai pas retrouvé le rapport qui pourrait en dire davantage (pour le moment). Ce que l’on sait, c’est que la zone a été recouverte de terre afin de prévenir des fouilles sauvages.
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Voici une carte de 1776, réalisée par Jean-Baptiste Chauchard, représentant la Pointe du Raz. Issue des archives de l’armée de Terre de Vincennes (réf. 289-1-025), elle montre très clairement la chapelle Saint-Michel, parfaitement positionnée, ainsi que les habitations et les terrains délimités par des talus en pierre sèche.
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En 1774 et en 1787, la chapelle Saint-Michel apparaît dans les rôles des décimes, c’est-à-dire sur les listes officielles des taxes perçues par l’Église. Pour l’année 1788, nous disposons d’informations plus précises : la chapelle est alors enregistrée pour une cotisation de quatre livres, payable en deux échéances, en février et en octobre. À cette date, elle est donc encore utilisée pour le culte. La Révolution signera toutefois la fin de cette pratique dans la chapelle quelques années plus tard.
Je reviens sur un point particulier concernant la chapelle et son rôle d’amer : Cette chapelle, utilisée pour le culte, était également, en 1763, équipée d’un mât à pavillons. Dans Mémoires et Reconnaissances de l’Armée de Terre, conservé au Château de Vincennes (Ref. GR 1 M 991), on peut lire à la page 199 :
« Sur la rive droite (vue de mer) et au fond de la Baie des Trépassés se trouve la chapelle de Saint-Michel, où l’on a établi un mât de pavillons pour des signaux particuliers, afin de protéger les bateaux qui attendent les heures des marées favorables pour passer le Raz de Sein. »
En 1788, on entend de nouveau parler d’un système de signalisation opérationnel à la pointe du Raz, sur le site de Saint-Michel. Un certain capitaine Obet — également orthographié Aubet dans certains documents — est alors chargé d’inspecter les batteries et les postes de surveillance, ancêtres des sémaphores, sur le littoral du Finistère à la fin du 18ᵉ siècle. Ses rapports constituent des sources précieuses pour comprendre l’organisation de la défense côtière sous l’Ancien Régime et durant la Révolution.
Lors de la Révolution, en 1793, les chapelles du Cap-Sizun furent réquisitionnées, et celle de Saint-Michel fut occupée en permanence par une garnison. En avril 1795, le capitaine Obet, accompagné du citoyen Maubras, effectua une tournée d’inspection. Les archives de Vincennes décrivent avec précision ce qu’ils découvrirent sur place : Au sommet du clocher, une gaule était encore en service (dans les écrits de l’époque, le terme gaule désigne en réalité un mât de signalisation rudimentaire). Le gardien du poste confia à Obet les difficultés rencontrées pour distinguer les signaux provenant de la tour-sémaphore de Lervily, située en bord de mer : il ne pouvait les apercevoir correctement qu’à partir du sommet du clocher de Saint-Michel.
Une petite construction en bois, attenante à la chapelle, servait de logement aux sémaphoristes, tandis que l’édifice religieux était réservé à la garnison. Là-haut, au sommet des gaules, différents pavillons de couleur s’élevaient, chacun codé pour signaler la présence de navires ou alerter d’un danger. La gaule de Saint-Michel était en correspondance directe avec celle de Lervily, sur Esquibien, et avec un autre poste situé à Kergonouy, à Goulien.
Voici une représentation de ce que pouvait être la chapelle Saint-Michel en début 1795, avec son mât et sa cabane sémaphorique. D’après les écrits de l’époque, le mât était placé au sommet du clocher, mais il est tout aussi possible qu’il ait été solidement soutenu depuis le sol, appuyé sur le pignon, et qu’il dépassait ainsi la hauteur du clocher.
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Lors de ses tournées de 1788 puis de 1795, Obet inspectait cette « chaîne de correspondance », ancêtre des sémaphores modernes. En 1795, alors que la France était en guerre contre l’Angleterre depuis deux ans, la vigilance était de mise : chaque mât, chaque pavillon devait pouvoir fonctionner sans faille pour signaler toute menace de débarquement. C’est à la suite de l’inspection de 1795 que la décision fut prise d’ajouter deux mâts supplémentaires au dispositif existant. Ce renforcement permettait de démultiplier les signaux et d’améliorer sensiblement l’efficacité des communications.
Quelques années plus tard, entre 1803 et 1805, les chapelles qui n’avaient pas été vendues furent rendues au clergé. Pour la chapelle Saint-Michel, une lettre ecclésiastique conservée aux archives diocésaines, datée du 24 février 1806, apporte un éclairage précieux : le recteur y précise que l’édifice avait été occupé par une garnison — suggérant qu’au début de l’année 1806 celle-ci l’avait déjà quitté — et dresse le constat d’un bâtiment désormais très dégradé, voire irréparable.
La construction d’un sémaphore, doté d’un nouveau mât sémaphorique innovant, dit DEPILLON, est réalisée en septembre 1806. L’ouvrage est implanté presque contre le flanc Est de l’ancienne chapelle, à environ un mètre de celle-ci : il s’agit du sémaphore que l’on voit apparaître sur le cadastre de 1836.
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Les lignes de sémaphores DEPILLON (ou De Pillon) ont été mises en service à la fin de l’année 1806 dans le Finistère. Il s’agissait de postes de télégraphie optique destinés à la surveillance du littoral et à la transmission rapide d’informations militaires. Fonctionnant de jour et par visibilité directe, ces sémaphores permettaient de signaler les mouvements de navires, notamment ennemis, et de relayer ces informations vers les ports, batteries côtières et autorités militaires grâce à un système de codes visuels transmis de sémaphore en sémaphore. Ils constituaient un élément essentiel du dispositif de défense côtière mis en place sous l’Empire face à la menace britannique.
Ci-dessous, voici les plans de liaison entre les sémaphores pour le sud du Finistère et Finistère.
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Le sémaphore de Saint-Michel à Plogoff faisait la liaison avec celui de Brigneoc’h à Esquibien et celui de Kerharo à Cléden.
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Chaque poste DEPILLON comprenait toujours deux parties :
Une partie « habitation », constituée d’une petite maisonnette couverte, prévue pour 2 sémaphoristes.
Une partie "machine", plus basse, accolée à l’habitation, équipée d’un mât de signaux avec cordages, trois bras et trois rouets.
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Ce sémaphore occupait, dès son édification, une place centrale dans l’organisation du réseau sémaphorique du Finistère, en tant que chef-lieu de secteur, au même titre que ceux de Penmarc’h et de la pointe Saint-Mathieu, en raison de leur position stratégique. Ces postes portaient le titre de « grands émetteurs de dépêches » et étaient servis par du personnel aguerri ; un certain Jean-Baptiste LAMY-DESNOYER apparaît ainsi à plusieurs reprises dans les documents d’archives. De nombreuses dépêches émanant de la pointe du Raz étaient transmises à Brest via le poste de Kerharo et ceux de la presqu’île de Crozon, puis acheminées jusqu’à Paris par le réseau terrestre dit Chappe.
Entre 1807 et 1808, malgré la mise en place de ce nouveau réseau de surveillance côtière, les Anglais menaient encore régulièrement des incursions sur certaines côtes de Bretagne. Albert Grasset rapporte, dans son ouvrage La défense des côtes, que le 11 août 1807 « un sémaphore situé à proximité du Bec du Raz fut détruit lors d’un débarquement ennemi ». J’ai d’abord cru qu’il s’agissait d’un poste plus éloigné du Raz, comme le sémaphore de Kerharo à Cléden ou celui de la presqu’île sud de Crozon. Or, le recoupement avec des archives anglaises montre qu’il s’agit bien du poste de Saint-Michel, proche du Bec du Raz, qui fut attaqué. Le mât de travail fut détruit : en quelques instants, la chaîne des signaux se rompit, la liaison étant coupée à ce point qu’aucune information ne put plus circuler entre le nord et le sud de la Bretagne. Survenu à l’aube, cet événement prit la défense locale au dépourvu, malgré la présence, non loin de là, de la batterie du Raz. Il fallut agir sans délai pour rétablir la liaison et rendre à la côte sa vigilance ; des réparations urgentes durent être entreprises.
Le 28 janvier 1812, un certain M. Carval adresse une lettre à l’évêque de Quimper, qu’il signe en tant que maire de Plogoff. Il y signale que la chapelle Saint-Michel est toujours occupée par les guetteurs du nouveau sémaphore et que ceux-ci ont entrepris de démonter la toiture de l’édifice sur ordre de l’ingénieur chargé de la maintenance de la ligne et responsable du réseau sémaphorique, probablement basé à Brest. L’idée de déconstruire la chapelle répondait sans doute à la volonté de ne pas gêner la visibilité des signaux du sémaphore depuis la mer.
Il est surprenant que cette démarche émane de la mairie, et non du clergé. Toutefois, M. Carval fait preuve d’un certain sens de l’éthique : il sollicite l’autorisation de vendre au plus offrant les pierres, le bois et les ardoises de la chapelle, et propose que le produit de cette vente soit affecté aux réparations de l’église paroissiale. Il précise que cette mesure correspond au souhait de ses administrés et mentionne avoir également informé le préfet par courrier.
Ce courrier apporte une confirmation précieuse : le démontage de la chapelle s’est déroulé précisément en 1812. J’insiste sur ce point, car trop souvent dans la littérature, les dates ne sont que des estimations approximatives, flottant dans le temps sans assise documentaire. Ici, les archives nous offrent la certitude et replacent l’événement dans son exact contexte historique.
La chute de l’Empire entraîne, le 12 mai 1814, l’abandon de l’usage des postes sémaphoriques tels qu’ils fonctionnaient jusque-là. Malgré cela, le sémaphore de Saint-Michel n’est pas détruit : il est confié aux douaniers.
Cela est assez curieux : a-t-on confié la surveillance de la mer aux douaniers, déjà fortement présents dans la zone ? C’est possible, car il n’y a pas de trace de guetteur sémaphorique après cette date. Le bâtiment et son mât de signalisation ont donc vraisemblablement été modifiés et affectés à d’autres fonctions après 1814, certainement en lien avec l’aide à la navigation dans le passage du Raz de Sein.
Sur la photo du sémaphore en ruine de 1897, j’ai tenté de reconstituer son aspect lorsqu’il était encore en activité, avec son mât de travail vers 1814.
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Voici une représentation de la côte de la baie des Trépassés, réalisée en 1817 par Beautemps-Beaupré. On y distingue le sémaphore de Saint-Michel, dont le mât de travail est encore en place.
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En 1861, un nouveau sémaphore est construit un peu plus à l’ouest, sur la colline " Ar Staon ", à l’emplacement d'un ancien corps de garde ICI (48.037414 , -4.722781). Il est équipé d’un mât Depillon électro-sémaphorique de nouvelle génération. En voici une représentation sur une carte de 1877 :
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L’ancien sémaphore / corps de garde de Saint-Michel est vendu en 1869 ; on le retrouve à l’état de ruines vingt-huit ans plus tard, sur la photographie de 1897.
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En parcourant la matrice cadastrale du cadastre napoléonien de 1836 (Section B 1 du Manoir), j’ai tenté de retrouver les traces des champs qui entouraient la chapelle, détruite vingt-quatre ans auparavant. Mon objectif était simple : chercher des indices dans les noms de parcelles qui pourraient révéler quelque chose du passé.
J’ai pu identifier des parcelles portant des noms tels que Roz ou Parc Saint-Michel. Je vous les indique ci-dessous, en zones colorées, afin que vous puissiez les localiser facilement.
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Il existe également une zone nommée Parc ar Menhir. Aujourd’hui encore, à environ 100 mètres au sud-est de l’ancienne chapelle, se dresse un menhir imposant aux formes très particulières : 3,60 m de hauteur, 2,60 m de largeur, 0,50 m d’épaisseur. ICI (48.040056, -4.703278)
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Dans un ouvrage intitulé Étude sur l'histoire de l'art en France, publié en 1882, Henri Raison du Cleuziou consacre une attention particulière à notre menhir, illustré par des gravures d’une précision remarquable. Archéologue et historien breton passionné par les mégalithes, il y voit autant des témoins du passé que des énigmes à déchiffrer.
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Il s’interrogeait sur ce qui pouvait pousser les hommes à dresser de tels blocs :
« Pour dresser ces blocs énormes, il fallait être animé par une idée très puissante. Les auteurs du 16ᵉ siècle, qui n’ont jamais cherché à expliquer l’objectif de ces constructions colossales, écrivaient que le peuple qui les élevait voulait avant tout laisser sa mémoire, et que seule une foi capable de déplacer des montagnes pouvait inspirer un tel désir de transmettre un message aux générations futures. »
En observant le dessin, j’avais d’abord cru apercevoir les vestiges d’une croix au sommet du menhir, vestige probable d’une tentative de christianisation. Mais il semble qu’il s’agisse en réalité d’une jeune fille en coiffe. On s’étonne qu’elle ait pu atteindre cette hauteur, tant le sommet du bloc semble difficilement accessible.
Pour conclure cette partie, voici une représentation de l’ancienne chapelle Saint-Michel, du sémaphore Depillon et du menhir, tous trois replacés sur une feuille cadastrale récente, afin d’en visualiser précisément l’implantation et les relations spatiales.
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Sur une photographie aérienne de l’IGN, on pouvait encore voir, en 1967, quelques vestiges de l’ancienne chapelle Saint-Michel.
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Le feu de la Saint-Jean à l’emplacement de l’ancienne chapelle Saint-Michel
Comme déjà indiqué, l’emplacement de l’ancienne chapelle Saint-Michel de Lescoff correspond au point le plus élevé de la commune. À cet endroit, dans le passé, un grand feu de la Saint-Jean était allumé chaque année au premier jour de l’été, lors du solstice d’été ; en voici une représentation.
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Cette pratique aujourd’hui oubliée revêtait autrefois une grande importance : elle unissait les villages et les hameaux du Cap-Sizun, comme bien d’autres rites qui rythmaient l’année. C’était un événement incontournable, encore très pratiqué dans les années 1960, donnant lieu à une forme d’émulation : qui ferait le plus grand feu ? Lequel serait le plus impressionnant dans les alentours ?
Selon la tradition, c’était la plus vieille grand-mère du village qui allumait le feu. Cette coutume s’est interrompue assez rapidement au tout début des années 1970, reléguant définitivement cette pratique au passé.
Pour le site de Saint-Michel, les témoignages des anciens indiquent qu’ils allumaient le feu de la Saint-Jean sur ce qu’ils désignaient comme le « dalage » de l’ancienne chapelle. Or, aucune source ni observation archéologique ne confirme l’existence d’un tel aménagement. Il apparaît en réalité que le feu était installé sur les pierres recouvrant le tumulus, dont la disposition et l’aspect régulier ont pu être interprétés, à tort, comme les vestiges d’un dallage.
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Petite précision : les images de reconstitution ont été réalisées manuellement sur ordinateur, sans recours à l’intelligence artificielle. A titre d’exemplen la représentation de la chapelle Saint Michel vien d’une modification d’une ancienne photo de la chapelle Saint-Yves de Plogoff
Dans quelques semaines, je vous emmènerai sur les traces de la chapelle Saint-Collodan, dont l’histoire a fini par façonner notre nouvelle chapelle Saint-Michel actuelle.
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Un avion s’écrase dans le champ de l’ancienne chapelle Saint-Michel
Le 17 mars 1941, le ciel au-dessus de Lescoff est noyé dans un brouillard épais. En provenance de l’Atlantique, un bombardier lourd de la Luftwaffe surgit à très basse altitude. C’est un Focke-Wulf Fw 200 C-3 « Condor », quadrimoteur de plus de 22 tonnes et de 33 mètres d’envergure, que Winston Churchill avait surnommé « le fléau de l’Atlantique » tant il semait la crainte parmi les convois alliés.
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À l’approche de la pointe du Raz, la visibilité devient presque nulle. L’appareil descend encore, cherchant désespérément un repère visuel dans la brume. Trop bas, le bombardier accroche d’abord la cheminée d’une maison, puis heurte de plein fouet une seconde habitation, qui s’effondre sous la violence du choc. L’appareil, disloqué, s’écrase finalement dans le secteur nommé Roz Saint-Michel, à proximité immédiate de l’ancienne chapelle. Les six membres d’équipage trouvent la mort.
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Malgré la surveillance allemande, certains habitants auraient réussi à récupérer de petits fragments de métal ou de plexiglas, transformés en objets souvenirs : bagues, coupe-papiers, une pratique relativement courante à l’époque.
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L’empennage du bombardier au Roz Saint-Michel.
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L'ancre du navire Saint Michel à la Baie des Trépassés
Pour conclure cet ensemble consacré à l’ancienne chapelle Saint-Michel, je souhaite évoquer l’histoire d’une ancre marine que l’on ne peut observer que très rarement dans la baie des Trépassés. Il s’agit d’une véritable « ancre fantôme », qui ne se révèle qu’à l’occasion des grandes marées à fort coefficient, et uniquement lorsque la houle a suffisamment creusé le sable. Le reste du temps, elle demeure totalement enfouie sous plus d’un mètre de sable, ce qui a contribué à limiter son altération, malgré un état général aujourd’hui marqué par l’usure et les atteintes du temps.
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À quel navire appartenait cette ancre ?
Selon la tradition locale, cette ancre proviendrait d’un bâtiment nommé Saint-Michel. Bien que cette appellation ne présente aucun lien direct avec la chapelle du même nom, l’écho symbolique entre les deux m’a paru suffisamment intéressant pour en rapporter l’histoire. La légende affirme que cette ancre serait celle du navire Saint-Michel ; cependant, plusieurs autres bâtiments se sont échoués par le passé dans la baie des Trépassés. Il m’est donc impossible d’en apporter une certitude absolue, même si de nombreux indices semblent appuyer cette attribution
J’ai contacté Jean Roullot (que je remercie), membre de la Société d’Archéologie et de la Mémoire Maritime, afin de m’aider à retrouver des informations relatives à ce vaisseau.
Le Saint-Michel était un vaisseau de guerre à voiles de la Marine royale française, du type Saint-Louis. Classé parmi les navires de troisième rang, il possédait deux ponts complets couverts de 58 canons. Il était conçu pour tenir sa place dans la ligne de bataille face aux bâtiments les plus puissants, tout en conservant une meilleure agilité et une vitesse supérieure. Le troisième rang était alors considéré comme le meilleur compromis de l’architecture navale. Contrairement aux imposants navires de premier rang, qui ne pouvaient quitter les ports qu’à certaines marées et par beau temps, le troisième rang pouvait naviguer presque partout, par tous les temps, et coûtait bien moins cher à l’État en entretien comme en effectifs (environ 380 hommes, contre plus de 800 pour un premier rang).
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Construit au chantier Salicon, au Havre, en 1686, le navire jaugeait environ 1 000 tonneaux, mesurait 44 mètres de longueur pour 12 mètres de largeur, et embarquait un équipage d’environ 380 hommes. Son port d’attache était Port-Louis, près de Lorient.
Le 1ᵉʳ mai 1704, le Saint-Michel, malmené par les courants du raz de Sein, talonna violemment des roches. Comprenant que le navire ne pourrait poursuivre sa route, le capitaine prit la décision de le faire échouer dans la baie des Trépassés, espérant ainsi le sauver du naufrage. Mais le sort en décida autrement : L’Amirauté, constatant l’impossibilité de renflouer le bâtiment, décida de l’abandonner. Cette issue providentielle dut faire le bonheur des habitants du littoral, qui purent tirer parti de l’épave et de ses matériaux.
Fait singulier : dans la baie des Trépassés, il ne subsisterait aujourd’hui de ce navire que son ancre principale, appelée sur un bâtiment de cette taille « ancre de miséricorde » ou grande ancre. Elle pesait environ 2,5 tonnes pour une hauteur proche de 3,5 mètres. Cette masse considérable explique sans doute pourquoi elle n’a jamais pu être récupérée
Sur le rond-point de Menez Peulven, à l’entrée de Douarnenez, une ancre similaire est exposée depuis 2021. Sur cette ancre, le jas en bois — comme celui du Saint-Michel — atteint une longueur presque équivalente à celle de la verge en fer. Cette forme en croix est essentielle : lorsque l’ancre touche le fond, le jas la force à se coucher à plat, garantissant ainsi que l’une des deux pattes de fer puisse mordre efficacement le sol.
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