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Histoires de l'anse du Loch
12 mars 2025

50 - Les mines de charbon du Cap-Sizun

 

Les mines de charbon du Cap-Sizun ...

 

   Pour conclure cette exploration des histoires de la rivière du Ster (Yun), je vous invite à découvrir un segment dédié aux mines de charbon qui ont laissé leur empreinte dans l'histoire de cette vallée.

 

   Ce vallon, aujourd’hui empreint de calme et de verdure, fut autrefois le théâtre d’une activité industrielle. Les mines de charbon, bien que modestes en comparaison des grands bassins houillers français, ont joué un rôle non négligeable dans la vie économique et sociale de la région. Elles ont façonné non seulement le paysage, mais aussi le quotidien des habitants, qui ont dû s’adapter aux exigences et aux dangers de ce travail si particulier.

 

   Nous explorerons ensemble les traces laissées par cette époque : les infrastructures oubliées et les défis techniques qu’ils ont dû relever, notamment pour maîtriser les infiltrations d’eau dans les puits de mine du fait de la proximité de la rivière. Ces histoires, mêlant ingéniosité, labeur et résilience, permettent de mieux comprendre comment cette vallée a évolué et les sacrifices consentis par ses habitants pour en tirer profit.

 

   C’est donc un regard vers le passé que je vous invite à poser, afin de découvrir un chapitre méconnu mais fascinant de l’histoire de la vallée du Ster.

 

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   Dans le Massif Armoricain, l’économie s'est orientée dans le milieu du 18eme siècle, vers les ressources du sous-sol. Des recherches ont été entreprises par des sociétés privées avec l’aide du Bureau des recherches géologiques et minières doté pour l’époque de matériel de détection perfectionné et de machines permettant une exploitation rationnelle des richesses du sous-sol breton.

 

   La Compagnie des mines exploitant des gisements de plomb argentifère à Poullaouen et Huelgoat au 18ᵉ siècle sollicite et obtient en 1758 une autorisation de concession dans le Cap-Sizun. Cette veine houillère semblait être relativement importante, car elle se prolongeait épisodiquement jusqu’à Quimper au lieu dit « la terre noire », qui tient son nom de cette époque.

 

Localisation des bassins houiller dans le sud Finistère

Localisation des bassins houiller dans le sud Finistère

 

   Sur Cléden Cap Sizun , des échantillons de charbon furent prélevés et examinés. On en fit brûler dans un fourneau pour en connaître son pouvoir énergétique ; Le subdélégué de l'intendant écrivit à cette occasion : « Je puis vous affirmer que ce dernier a la même consistance, la même force, la même bonté que celui d'Angleterre. » Cela n’était pas en réalité très réaliste.

 

   Pour le Cap-Sizun, la zone s’étendait sur près de treize kilomètres de long, entre la Baie des Trépassés et le village de Landuguentel à Equibien. Sa largeur moyenne était d’environ 500 m. On peut croire que cette formation carbonifère se poursuit sous la Baie des Trépassés, cependant les recherches proprement dites se sont concentrées dans la partie occidentale du bassin, et plus particulièrement dans la vallée entre les communes de Plogoff et Cléden Cap Sizun et de Primelin et Goulien.

Bassin carbonifère du Cap Sizun

Bassin carbonifère du Cap Sizun (d'après Jacques Garreau)


   En 1759 (25 ans après l’extraction du premier bloc de houille en France), on fore deux puits : L’un de 27m et l’autre de 35m, près du village de Lamboban en Cléden ICI (48.040695 , -4.63064) Deux galeries d’environ 150m de chaque côté d’un des puits furent également percées dans une direction nord/sud. Ce sont des troncs de chêne du village de Kerharo qui seront utilisés pour le boisage des galeries. L’exploitation de la mine est assez décevante puisque, en 1770, les travaux d’extraction semblent avoir été interrompus. 

 

   4 ans plus tard, en 1774, les travaux d’exploitation reprennent à Lamboban. Tout semblait aller pour le mieux lorsqu’un accident mortel se produisit à la mine en octobre 1774. Un ouvrier nommé Jean METAY qui procédait au boisage de l’un des puits, fut tué par la chute d’une chaîne et d’un bassicot (caisse de charbon) sur sa personne.


 

Photo de l'acte de décès de Jean METAY (23-10-1874)

 

   Malgré cet accident regrettable, le chantier reste en activité : le charbon extrait est transporté jusqu’à Quimper et est stocké sous contrôle militaire. Le directeur Louis-Joseph Le PERS logeait avec sa famille dans l’ancien presbytère de Cléden, les magasins de la mine se trouvant à Lamboban.

Carte de 1776 - La mine de lamboban sur Cleden Cap-Sizun

Sur une carte de 1776, on peut voir la zone de la mine à l’est de Lamboban.

 

   En 1782, l’activité de la mine s’arrête. On fit l’inventaire de tout le matériel qui fut mis en vente en juillet de la même année. Durant 3 jours, tout y passa : l’outillage, le matériel de la forge et même le mobilier du directeur de la mine. Ces enchères procurèrent aux Capistes de très nombreux matériels, comme des chaînes, poulies, pelles, pioches et brouettes.

 

   11 ans plus tard, sous la Révolution, la Marine s’intéresse, à son tour, aux ressources minières du Cap-Sizun. Le 19 août 1793, le citoyen CORDÉ, ingénieur en chef des bâtiments civils de la Marine à Lorient, reçoit la mission de se rendre à Cléden Cap Sizun pour examiner la mine de Lamboban et s’assurer s’il ne serait pas possible d’en tirer parti. Le 24 septembre 1794, le commissaire des armes, poudres et mines de la République annonce au district de Pont-Croix qu'il a chargé un inspecteur des mines d'aller visiter les indices de houille qui ont été trouvés à Cléden. Il effectua des prélèvements d'échantillons de minerai pour analyses, mais aucune suite ne fut donnée.

 

   Puis pendant près de quarante ans, le silence se fait sur les gisements de houille du Cap-Sizun… Il faut attendre 1833 pour voir de nouveau qu'on s'y intéresse. Mr François-Jean-Baptiste DESSAULX, de Nantes, achète l’ancienne mine et une dizaine de petits puits furent réalisés. Cette fois, la superficie demandée est vaste puisqu'elle s'étend sur les communes de Cléden, Plogoff, Primelin et Goulien, figurant un quadrilatère irrégulier d'une contenance de 440 hectares.

   À l'époque, Mr BILLON, recteur de Cléden, fut accusé par un journal de Brest : « L’armoricain » de faire pression sur ses paroissiens pour les dissuader de céder leurs terrains sur Lamboban. En réalité, Mr BILLON pensait au contraire que cette richesse naturelle du sous-sol de sa paroisse était susceptible d'apporter à ses ouailles un certain mieux-être.
 

"Droit de réponse" : Extraits de la revue L’Ami de la religion et du roi en 1834.
 

 

   En 1836, un nouveau puits commence au lieu-dit Kerham en Cléden Cap Sizun (dans la zone ICI = 48.041713 , -4.644646) : il fut abandonné après deux mois de travaux.

 

   Le Nantais ne fut pas le seul à s'intéresser aux mines du Cap-Sizun. Une importante concession est demandée, à la même époque, par Mr HIGNARD, négociant à Pont-Croix. Cette fois, la superficie couvre 1 750 hectares dans un rectangle de 7 km de longueur sur 2 km 500 de largeur dont le centre se trouve au puits déjà ouvert auprès du village de Lamboban en Cléden. Comme pour la précédente demande, celle-ci fut rejetée en 1837.

 

   Sur Quimper en juin 1836, les sieurs De BRUC, DESSAULT, TRANCEVENT et FLEURY formaient officiellement une société d'exploitation des mines de Kergogne à Kerfeunteun (dans la lande de Cuzon)

   Le puits principal réalisé atteignit la profondeur considérable de 157 mètres. Les mineurs ne rencontrèrent dans leur progression que du schiste stérile. Le capital fut bientôt entièrement dépensé dans ces travaux infructueux. Le 22 avril 1839, la société sera liquidée.

 

   Le 16 novembre 1839, Mr THOMAS AUBERT et Cie reprennent la mine de Kergogne. Il parvint à persuader de nombreuses familles des plus notables du Finistère et du Morbihan d'entrer dans le capital de son entreprise.
 

Action de 1000 francs de la mine de Kergogne sur Quimper

 

   En 1840, la société employait 371 ouvriers dont 116 mineurs. Mais, dès janvier 1840, le bruit se répandit que Mr THOMAS AUBERT envisageait d'ouvrir dans le Cap Sizun une seconde exploitation, concurrence hasardeuse sinon fâcheuse pour Kergogne.

   Le 11 mai 1840, une demande de concession est déposée par Mr THOMAS, AUBERT et Cie, de Quimper sur le Cap-Sizun.

 

   Le périmètre de prospection s'étend sur les communes de Cléden Cap Sizun, Goulien, Primelin et Plogoff, mais la zone est plus vaste encore que celle des recherches de Mr MIGNARD en 1833.

Plan d'ensemble des zones houillère du cap Sizun (1841)

Carte de la zone des mines de 1841 (Source gallica.bnf.fr)

 

   Sur la carte, on peut identifier qu’il existe deux chapelles St Yves sur Plogoff : une au Loch et l’autre placée sur les hauteurs de Plogoff au lieu Kerguidy. Il s’agit en fait de la même chapelle, car celle du loch a été déplacée en 1817 pour l’autre endroit. Ce plan n'est pas vraiment à jour.

 

   En 1840, une nouvelle tentative d’extraction de charbon eut lieu au lieu-dit Pont-Yann à l’est côté Plogoff (dans la zone ICI = 48.041283 , -4.663186). Du charbon fut découvert à une profondeur de 15 à 20 mètres. L’exploitation fut menée par des habitants de la région sous la direction de deux mineurs des mines de Poullaouen. Cependant, le manque d’encadrement adéquat ainsi que la rentabilité décevante de la mine, entraînèrent l’abandon des travaux à la fin de l’année 1841.

 

   Nous disposons d’un témoignage de cette époque, rédigé par le fils d’un mineur ayant participé aux travaux. Mathias Le MOAL (1833-1914) écrivit, à la fin de sa vie, ses mémoires dans un cahier d’écolier sous le titre La vie d’un ancien facteur. Il y évoque son père, Gilles Le MOAL (1799-1861), mineur dans plusieurs exploitations de Bretagne. Sa famille se déplaçait en fonction des besoins de prospection et d’exploitation.

   Après avoir travaillé pendant vingt-cinq ans à la mine de Poullaouen, Gilles Le MOAL partit avec sa famille à la mine d’Huelgoat, où il travailla durant deux ans pour un meilleur salaire. Début 1840, il rejoignit la mine de Kerfeunteun, à Quimper, pour une durée de quatre mois, avant d’être désigné pour se rendre à la mine de Pont-Yann, sur la commune de Plogoff, où l’extraction du charbon débuta en juin 1840. La famille s’installa alors au village de Lézanquel, à Cléden Cap Sizun, à 700 mètres des mines. Son fils écrivit : « L’ouvrage n’a duré que 18 mois, faute de trouver suffisamment de charbon pour poursuivre. »

   En début 1842, la famille partit à Baud (Morbihan) pour travailler dans une mine d’argent, puis dans d’autres exploitations en Bretagne. À la fin de l’année 1848, (7 ans plus tard) Gilles Le Moal revint s’établir à Cléden Cap-Sizun. Il travailla alors pendant six mois sur la commune d’Audierne, à la construction du môle du Raoulic. Il finira ses jours à Lézanquel.

   Les écrits de son fils Mathias furent retrouvés vers 1995 dans le grenier de la maison familiale à Lézanquel. Son arrière-arrière-petit-fils, Patrick GLOAGUEN, en a retranscrit les mémoires en 1999 : texte intégral ICI

 

   Le fait qu'on s'intéresse de si près à leurs terrains ne laisse pas indifférents les gens du Cap-Sizun. Si leurs ressources sont maigres en raison d'un sol souvent ingrat, ils voient plus loin et affirment que ce charbon du sous-sol de leur région, « comparable aux meilleurs charbons anglais », serait avantageux au commerce et à l'industrie. Une pétition adressée au ministre des Travaux publics en 1840 demandait à ce que la compagnie THOMAS-AUBERT exploite rapidement cette ressource pour aider une population locale démunie, dépendante de la pêche. Le recteur BILLON de Cléden Cap Sizun soutenait cette requête, comme il l’avait fait quelque année auparavant, estimant que les travaux de prospection avaient déjà évité la mendicité à plusieurs familles. Ces travaux avaient révélé un gisement de 65 centimètres de houille de qualité, entouré de roches solides. Cependant, en 1844, un rapport de l’ingénieur des mines M. DENTIS remettait en question l’existence d’un gisement exploitable, parlant plutôt d’un « petit rognon de houille » et de veinules insuffisantes.

 

   Toujours en 1844, un certain Mr TREGUER effectua un grand nombre de sondages superficiels : les résultats furent décevants. On constate, une fois de plus, que les filons de charbon s'interrompaient ou ne présentaient plus qu'une épaisseur infime. Près du village de Kerloc'h (dans la zone ICI = 48.047227 , -4.696247), à proximité de la Baie des Trépassés, on fora un puits d'une profondeur de 30 mètres pour ne trouver qu’une couche de houille de 60 centimètres d'épaisseur.

 

   Bien que les rapports établis à cette époque soient quelque peu contradictoires, l'opinion est passionnée et les prospecteurs ne s'avouent pas battus. On note, en 1846, une nouvelle demande de concession déposée par le Baron MORAT de Paris. Plusieurs forages furent exécutés : un puits de 45 mètres et trois galeries de niveau qui traversèrent deux couches de houille grasse, de bonne qualité ; sept ou huit petits puits creusés du côté du village de Kerloc’h. Malgré ces résultats encourageants, les recherches furent, une fois de plus, abandonnées.

 

   Si les hommes quittaient la mine, les installations demeuraient en place, et les puits creusés depuis 1759 dans le bassin du Cap Sizun constituaient un danger. Après la cessation des recherches en 1846, le maire de Cléden Cap Sizun constatait le grand état de délabrement des bâtiments ayant servi de forges, d'ateliers et de magasins (je n’ai bizarrement rien trouvé sur les cadastres Napoléonien de 1836 sur le sujet). D'autre part, la palissade entourant le puits dans la zone de Pont-Yann sur le bord de la route de Cléden à Plogoff avait disparu ainsi que la couverture en bois de la fosse que les eaux avaient remplie. De même, le second puits ne gardait plus trace de boisage, ses parois s'éboulaient. Cette situation fut signalée au Préfet qui, par arrêté en date du 26 mai 1846, "enjoignit aux concessionnaires de clore d'un mur de 1,50 m de hauteur, les puits de recherches qu'ils avaient ouverts sur le territoire de la commune de Cléden Cap Sizun".

 

   Durant le demi-siècle qui suit, on n'enregistre pas moins de quatre demandes de concessions. Tout d'abord, en 1854, un ancien administrateur des messageries impériales, M. BULLOT, et un certain François VANAKEN, de Paris, sollicitent l'autorisation d'effectuer des prospections dans une zone comprise entre Plogoff, Primelin, Goulien et les limites nord et ouest de la commune de Cléden Cap Sizun. Mais il faut croire que les ingénieurs des mines demeuraient toujours aussi sceptiques et réticents, en raison des abandons de recherches successifs. Dans son rapport, l'ingénieur DUMMER, concluait qu'aucun accord de concession n'interviendrait tant que la preuve de l'existence certaine du combustible en nombre n'aurait pas été apportée. Et donc l'affaire, une fois encore, n'eut aucune suite.

 

   En 1858, Mr JANSSEN de Paris fait faire des prospections sur le territoire de Pont-Croix et essaye de développer les travaux réalisés dans le passé sur Cléden et Plogoff … Pas de suite.

 

   Au début de 1868, une autre demande sera présentée par la princesse Napoléon-Elisa BACIOCCHI, filleule de Napoléon Bonaparte et passionnée de minéralogie. Elle fit faire de nouvelles recherches sous l’intendance d’un certain Mr FAURE. Les habitants du cru prétendent que cet intendant peu scrupuleux faisait enterrer du charbon anglais qu’il découvrait ensuite devant témoins pour gruger la princesse. Des fouilles furent faites depuis Kerscao en Esquibien jusqu’à la Baie des Trépassés. Des travaux de déblaiement sur les puits de Lescleden et de Pont-Yann furent réalisés. À Pont-Yann, le nouveau puits donna quelque espérance, semble-t-il. La première couche utilisable avait 15cm d’épaisseur : un forgeron de bourg de Plogoff l'utilisait. De Pont-Croix on commençait même à venir s’en approvisionner. Malgré ces quelques résultats, les travaux s’arrêteront après le décès de la princesse BACIOCCHI en février 1869.

 

   Entre 1872 et 1874, des travaux eurent lieu du côté de l’étang de Laoual et de la Baie des Trépassés, au pied des collines de Roz-Veur et de Roz-colart sur Lescleden en Cléden Cap Sizun (nommé Roz-Color par erreur dans la littérature parlant des mines de chardon du Cap-Sizun).
À Roz-Veur, (dans la zone ICI = 48.049215 , -4.700247) on découvrit deux petites couches de houille à une profondeur de 20 m. Ces couches semblaient s’incliner vers la mer.
À Roz-Colart, (dans la zone ICI = 48.048452 , -4.684575)
 la fouille fut réalisée à 25 m. Un puits d’exploitation fut commencé, mais mal consolidé au moyen des bordages d’un navire naufragé dans la Baie des Trépassés ; la poussée des terrains fit rompre le bois et le puits s’éboula. Les travaux furent abandonnés.

 

   La route d’Audierne à Douarnenez était relativement en bon état à partir du 19ᵉ siècle… Pour le Cap-Sizun, c’était une autre histoire : les « routes » et chemins étaient en très mauvais état, défoncés par les ornières et boueux durant l’hiver. Arpenter ces chemins (ces labyrinthes) avec les chargements de charbon extraits des mines relevait du défi.
 

   Au registre des délibérations du conseil municipal de Cléden Cap Sizun en 1894, il y est écrit : " Le Conseil, considérant que l'établissement du chemin de fer d’Audierne faciliterai les transports de matériels et de personnes ". Ils émettent le vœu que des études sérieuses soient faites pour parvenir à l'exploitation du charbon dans la vallée du Cap.

 

   En 1901, Mr LE GUALES de MEZAUBRAN, demeurant sur Légué-Plérin (22), adresse une demande de concession. L'aire de prospection sollicitée couvre une superficie de 4 652 hectares sur 5 communes. Elle part de Kerguioc'h en Cléden à Lescoff en Plogoff ; puis de Lescoff au clocher d'Esquibien ; de là à Beuzec au clocher de Goulien et à la Pointe du Van. Il était prévu une indemnité de dix centimes par hectare aux propriétaires qui céderaient leurs terrains.

   Un ancien puits de 26 m de profondeur situé au lieu-dit Kergaradec / Lézanquel en Cléden Cap Sizun fut dénoyé (dans la zone ICI = 48.045568 , -4.665239) ; trois niveaux y furent ouverts. À cette époque, c'est le seul puits à avoir des couches de houille caractérisées. Ces couches sont nombreuses, mais formées plutôt de veinules le plus souvent insignifiantes, séparées par des bancs de grès.

 

   Outre ce puits, on reconnut quelque affleurement de schistes ou de grès charbonneux à Lézanguel et à Lannoan en Cléden Cap Sizun . Une fouille de 3 m vers le sud du bassin à hauteur de Saint Tugdual a montré des veines de schistes noir. À Keraudierne en Esquibien, une autre fouille de 3,5 m puis à Kervévan, à l’est de Pont-Croix sur 1 m, ne donneront que du schistes houillers stériles.

 

   Sur cette carte postale datant des années 1900, on peut lire le titre : « Embarquement de poteaux de mines ». Cependant, il me semble qu’il s’agirait plutôt d’un débarquement de poteaux. En effet, le Cap-Sizun ne disposait pas de zones boisées suffisamment étendues pour assurer une autonomie locale en matière de bois destiné au soutènement des galeries.

Poteaux de mines de charbon au port d'Audierne vers 1900

 

   Un puits de recherches fut arrêté à 26m en 1917-1918, à 200 mètres au sud de l'étang de Laoual sur Plogoff (dans la zone ICI = 48.044537 , -4.699075). C’était un puits à section carrée, d'un mètre de côté environ, étayé par des boisages, avec un treuil pour l'extraction des matériaux… Aucune réalisation ne suivit ces démarches.

 

   Depuis, le silence est retombé sur les bassins houillers de notre Cap-Sizun, où seuls quelques puits et galeries effondrées témoignent encore de ces activités passées. On peut encore retrouver quelques tas de déblais, désormais recouverts de végétation, aux abords des anciens puits — des puits qui pourraient potentiellement abriter des chauves-souris.

 

   Certaines poutres de la mine de Lamboban ont été réutilisées par les habitants des environs après sa fermeture. Par exemple, dans cette maison du village de Lamboban, certaines poutres maîtresses ont été intégrées à la construction. On peut encore y observer des encoches ayant servi de support aux poutres secondaires.
 

 

   Pour la petite histoire, C’est à Lamboban sur Cléden Cap Sizun qu’il y a eu le plus de forages et c’est à cet endroit que fut creusé le puits le plus profond des mines du Cap-Sizun : 130 m.

 

   L’extrémité du filon houiller du Cap-Sizun se voit encore sur les falaises nord et sud de la Baie des Trépassés : cette roche noire recouverte de sable sur la plage s’étend en réalité sous la mer.

Veines de charbon de la Baie des Trépassés

 

   Quelles conclusions peut-on dégager de tous ces essais infructueux ? Tout d'abord, quand on considère les structures des gisements, on ne manque pas d'être frappé par la dislocation des couches, la faible puissance des filons et l’exiguïté des zones résultant de failles localement limitées. On doit signaler ensuite le manque d'organisation générale dans l’exécution des travaux de prospection, l'anarchie qui régna dans les sondages, multipliés sans raison valable. " Chaque changement de directeur amenait à un changement de système dans la conduite des travaux et souvent, il faut le dire, sans but et sans raison. " l’exploitation des mine de charbon du Cap-Sizun coûtait finalement bien plus qu'elle ne rapportait.

Les puits houillers du Cap-Sizun

Plan N°1 : Les puits houillers du Cap-Sizun

 

   Pendant 160 ans, les mineurs du Cap-Sizun auraient extrait tout au plus une centaine de tonnes de charbon. Cette production a principalement servi à alimenter des fours et à répondre aux besoins énergétiques locaux. Pour la petite histoire, les propriétaires de mines étaient tenus de payer à l'État une redevance fixe ainsi qu'une redevance proportionnelle au produit de l'extraction (qui était faible pour le Cap-Sizun).

Les puits houillers du Cap-Sizun

Plan N°2 : Les puits houillers du Cap-Sizun par Bernard mulot (avec quelques dates)

 

    L'histoire des mines de houille de Cornouailles révèle un ensemble de tentatives, audacieuses certes à l'époque, mais vouées à l'échec pour les raisons que nous venons d'invoquer. Ces activités économiques font partie du passé de notre région, c'est pourquoi j’ai voulu les sortir de l'oubli en évoquant l'aventure de ces inlassables pionniers qui, dans le Cap-Sizun, tentèrent d'arracher à la terre ce précieux minéral qui devait, croyait-on, apporter aux hommes un certain mieux-vivre et ouvrir peut-être une ère de prospérité.


   Je n’ai pas trouvé, dans mes recherches, de rapport technique qui expliquât le quotidien du travail des mineurs : la faible luminosité des lampes pour y travailler, par exemple. Mais ce qui m’intriguait surtout, c’était de savoir par quels moyens ils parvenaient à extraire les énormes quantités d’eau qui devaient constamment inonder les galeries, compte tenu de la présence de la rivière du Ster dans la vallée....

 

   J’ai fini par trouver dans un rapport, que le pompage des eaux de mine était effectué à l’aide de machines appelées Newcomen, du nom de son inventeur, Thomas Newcomen. Ces machines, conçues au début du 18ᵉ siècle, représentaient une avancée technologique majeure dans l’exploitation minière. Elles permettaient de puiser l’eau des mines jusqu’à une profondeur de 45 mètres, avec un débit pouvant atteindre 500 litres par minute pour certains modèles. Également connue sous le nom de « pompe à feu » ou « machine atmosphérique », elle fonctionnait grâce à la vapeur d’eau produite en chauffant de l’eau à l’aide du charbon extrait de la mine elle-même. Ce type de machine a fait l’objet de nombreuses améliorations techniques au fil des années : meilleur rendement de pompage, miniaturisation ... etc.

   Le principe de fonctionnement reposait sur un cylindre et un piston : la vapeur était introduite dans le cylindre, puis refroidie pour créer un vide partiel, ce qui provoquait la descente du piston par la pression atmosphérique. Ce mouvement actionnait alors un balancier qui permettait de pomper l’eau hors de la mine.

 

Plus d’informations ici : https://fr.wikipedia.org/wiki/Thomas_Newcomen

 

Références documentaires de ce chapitre : ICI

 

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   Je dédie ce chapitre à mon ami Jean-Paul SICOURMAT, qui nous a quittés en ce début d'année 2025. Depuis la création de ce blog en 2012, il a toujours su m’apporter son aide précieuse grâce à sa profonde connaissance des histoires locales et à ses conseils avisés sur les personnes à contacter en fonction des thématiques que j’explorais.

 

   Pour illustrer cela, je me souviens d’une anecdote qu’il m’a partagée il y a quelques mois, alors que je rassemblais des informations pour ce chapitre. Il m’avait raconté qu’au début des années 1900, un membre de sa famille, alors âgé d’environ 14 ans, avait travaillé dans une des mines. Une petite histoire, pleine de charme et de surprises, en est ressortie : lorsque ce jeune garçon reçut fièrement sa première paie, son père – marin, si mes souvenirs sont bons – découvrit avec étonnement qu’il gagnait moins que son propre fils !

 

Je comptais demander à Jean-Paul davantage de détails pour approfondir cette histoire et retrouver des dates précises en fonction de l’âge du garçon. Malheureusement, le temps m’a pris de court. C’est désormais trop tard, mais je souhaite rendre hommage à sa mémoire à travers ces lignes.

 

Commentaires
U
Merci beaucoup je ne connaissais pas cette histoire
Répondre
P
Travail de recherche des plus intéressants. A porter à la connaissance des capistes. Félicitations.
Répondre
N
merci Hervé de tout ce travail de recherche et de reconstitution . Une histoire à connaître par tous les capistes
Répondre
J
Tres intéressant <br /> Merci
Répondre
K
Plogoff est la paroisse de Saint Cov Patron des forgerons.
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