01 février 2014

23 - La petite maison, la haut, à la pointe des moutons

 

   Une vue extraordinaire attire le regard du promeneur dans l’anse du Loch. Une petite maison perchée sur les hauteurs de la pointe des moutons (Beg ty an deved) semble défier les éléments. La présence de ce surprenant ouvrage en ces lieux encourage l’imagination vagabonde souvent fertile des Capistes, qui inventent des scénarios de construction,  et s’interrogent de mille et une question, qui, pourquoi, comment…

Ch23 - Panoramique le l'ance du Loch

 

Ch23 - La petite maison de la pointe des moutons au Loch Plogoff 11

Ch23 - La petite maison de la pointe des moutons au Loch Plogoff 5Ch23 - La petite maison de la pointe des moutons au Loch Plogoff 2Ch23 - La petite maison de la pointe des moutons au Loch Plogoff 1Ch23 - La petite maison de la pointe des moutons au Loch Plogoff 3

 

 

 

 

L’histoire de la petite maison de la Pointe des montons au Loch Plogoff (Raconté par son propriétaire : Ambroise L’HENORET)

   Il faut remonter à l’aube de ma vie. C’était « à la Libération ». En 1945, les armées d’Hitler qui contrôlaient les rivages venaient d’être chassées. Les habitants récupéraient leurs territoires.
   Ma mère, qui habitait au Havre avant la guerre, avait été évacuée, enceinte, pendant le Blitz Krieg, ce qui m’a permis de naître à Plogoff, deux semaines après l’arrivée.
   Après avoir habité Kervit, puis Kergroas, tout près de la chapelle, nous avons loué une maison à Audierne, où j’ai vécu de 1945 à 1949, toute la scolarité primaire.
   Et il y avait le jeudi ! C’était, en ces temps lointains, « le jour sans école ». Le mercredi soir je prenais « la Satos » pour atterrir au Loch, devant le merveilleux café de Chan Gust et de Mary. Là, mon grand-père, Chan Laurent Cariou, m’attendait avec impatience. A l’arrivée, ma grand-mère, Ty Live à Rouzic, faisait des crêpes.
   Le lendemain matin, c’était les moutons. Vers huit ou neuf heures, on rassemblait tous les moutons du petit village (peut-être une vingtaine) et il fallait les conduire « au Roz » d’où ils redescendaient tranquillement tout au long de la journée. Chacun récupérait les siens dans la soirée. En ce temps là, le « Feunten Yen » et « Le Roz » ne ressemblaient pas à ce qu’ils sont devenus. Pas d’arbres, pas même de buissons, une herbe très rase, incessamment tondue par des générations de moutons, couvrait le sol.

Ch23___Les_moutons   Souvent Chan-Marie Deuffic se chargeait de conduire les moutons à la pointe et il en profitait pour guetter l’arrivée providentielle, de Tamov coat » (le bois était très précieux à cette époque). Chaque fois que je pouvais, je l’accompagnais. Il ne me parlait qu’en breton et je ne comprenais pas tout, mais ce qui me plaisait chez lui c’était sa passion pour les épaves. Epaves, un bien grand mot, la plupart du temps, une planche, un morceau de poutre, que la providence marine faisait échouer sur nos côtes.
   Et.... précisément, le coin qu’il avait choisi pour scruter l’horizon et s’approprier le butin, c’était à la Pointe du Mouton, un endroit particulier : des débris des carrières voisines avaient été déversés là, formant un espèce d’éboulis qui surplombait la côte. Une petite élévation, devant, nous protégeait du vent marin qui passait au dessus de nos têtes.
   Nous nous allongions là pour guetter les arrivages ! C’était pour moi des moments merveilleux : je contemplais la mer. Quand je plongeais mon regard vers la terre, le Loch, toutes les petites maisons des villages (elles étaient en tout petit nombre comparées à celles d’aujourd’hui) apparaissaient lointaines....
   J’étais ailleurs...
   C’est à ces moments bénis que s’est infiltré en moi, comme une évidence, les puissantes évidences enfantines, le projet de construire un jour ma maison sur la pointe. Dans ma tête, la grande quantité de pierres était là comme une invitation. J’avais six, sept, huit ans, je n’en parlais à personne mais le projet était là, puissant, indestructible...
   En 1949, après des années d’attente d’un logement, nous avons émigré à Bordeaux, ce qui permettait de voir le père tous les 45 jours, au lieu de six, sept mois auparavant. Il y a quelques années, un copain bordelais que je n’avais pas revu depuis les années cinquante, est venu s’installer à Plouhinec. Je lui ai demandé comment il me voyait à cette époque.(J’avais une douzaine d’années). Voilà sa réponse : « Ce qui nous étonnait, c’est que tu répétais souvent, « j’ai deux projets : je vais devenir journaliste à l’Humanité et je vais construire une maison à la Pointe du Mouton ... »
   Le premier objectif a été abandonné assez vite avec l’évolution de ma pensée, mais le second a tenu bon.
   Encore fallait-il posséder une parcelle là-haut, chose à laquelle je n’avais pensé dans mon enfance. Le terrain me semblait être à tous, donc aussi à moi. J’ai donc réussi à acheter à Simone Lozach un tout petit carré (100 M2 !!) pour la modique somme de 25000 F. Attention, c’était en anciens francs. En nouveaux, ce serait 250 NF et en euros environ 40 euros. !  J’étais assez pauvre à cette époque...

Ch23 - La pointe des moutons en aout 1958La pointe des moutons en aout 1958

   La « mise en chantier », retardée par les difficultés d’achat, commença à la fin des années cinquante. Ensuite, je me suis heurté à diverses complications administratives (tout à fait normales d’ailleurs).
   Cependant, après plusieurs démarches et dialogues aux services de l’Equipement à Brest, les gens qui m’ont reçu dans les bureaux ont sans doute décidé de laisser courir. Peut être m’ont-ils trouvé un peu fou, ou ne croyaient-ils pas à la réalisation du projet...
   Pourtant, sur le terrain, les choses avançaient, laborieusement. A chaque vacances scolaires, le niveau montait, malgré les quolibets de certains, les réticences de la famille, les difficultés de transport des matériaux.
   Après deux années de transport du sable, du ciment et de l’eau à la brouette, une véritable « révolution technique » intervint ! C’est ici que je dois rendre un hommage appuyé à ma Vespa que les témoins de l’époque ont vu si souvent escalader la colline, chargée au maximum.
   Enfin, à mi-chemin des travaux, un agriculteur de Kerstrat, Lom a Mevel, dont je remercie la mémoire infiniment, a accepté (ce qui n’était pas très facile car le chemin du bas «le n’hen dour » était difficilement praticable), de transporter un chargement de parpaings, puis un chargement de sable.

Ch23 - La maison de la pointe des moutons en construction
   Là, les choses ont avancé beaucoup plus vite, avec enthousiasme. En 1963, le plus gros était fait et nous avons posé le toit à quatre : mon père, Chan Marie Deuffic et Jackez Moguen.
   En 1964, je n’ai pu continuer les travaux intérieurs, éloigné de France par le service militaire. (J’étais professeur en Algérie, à Sétif). Je suis reconnaissant à mon père, qui venait de prendre sa retraite d’avoir terminé l’intérieur : le sol, le crépi et le plancher.
   En 1966, à mon retour d’Algérie, nous avons pu nous y installer, pour les vacances d’été. Je venais d’être papa d’une petite fille et la vie était belle...

Ch23 - Vu de l'ance du Loch de la petite maison de la pointe des moutons

Vue Panoramique de l'anse du Loc'h prise de la petite maison de la pointe des moutons.

Ch23 - La petite maison de la pointe des moutons au Loch Plogoff 13GrandeCh23 - La petite maison de la pointe des moutons au Loch Plogoff 12
La petite maison sur la colline

ch23 - LA petite maison sur la colline -

Ch23 - La petite maison de la pointe des moutons au Loch Plogoff 14

Ch23 - interieur de la petite maison de la pointe des moutons au Loch Plogoff 2Ch23 - interieur de la petite maison de la pointe des moutons au Loch Plogoff 1

 

 

 

 

 

 

 


   La maison reste ouverte à qui veux bien y passer un peut de temps, voir même la nuit ! C'est un peut comme dans un gite de montagne, il faut laisser le lieu aussi propre que vous l'avez trouvé. Sur la table on peut y trouver une Bible ainsi qu'un livre de Victor HUGO ...

Ch23 - interieur de la petite maison de la pointe des moutons au Loch Plogoff 3

 

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