01 mai 2013

19 - La période de la seconde Guerre Mondiale au Loch Primelin

 

   Les canots de sauvetage que nos amis anglais nomment si naturellement de « life-boat » (bateau de vie), doivent rester au service de tous ceux dont la vie est mise en danger sur nos côtes. Cette mission a pris, dès le début des hostilités, une grande dimension, car l’état de  guerre a beaucoup augmenté les difficultés de la navigation côtière. L’ennemi n’hésite pas, en effet, à couler sans avertissement des bateaux de commerce non armés. Il disperse  de nombreuses et dangereuses  mines dans les eaux côtières.
   La mobilisation a causé beaucoup d’absence en ressource humaine dans les stations de sauvetage. Pour remplacer les jeunes, il a fallu souvent s’adresser aux « anciens ». Ceux-ci ont d’ailleurs accepté, sans hésitation, de reprendre les fonctions qu’ils avaient remplies autrefois avec un entier dévouement.

CH19 - L'ance du Loch Primelin avant la guerreL'anse du Loch Primelin avant la guerre (photo Eugène Perrot)

   Dans la perspective de l’arrivée imminente des Allemands au Cap Sizun (qui eut lieu le 20 juin 1940), l’équipage du bateau de sauvetage « Capitaine de Vaisseau de KERROS » du Loch en Primelin, envisagea de rallier l'Angleterre. Cependant des informations circulaient quant à la présence de bateaux de guerre allemands au large des côtes. L’entreprise s’annonçait donc délicate et voici que le jour du départ programmé, M. HELIAS, maire de la commune, craignant pour l’équipage et le bateau, s’opposa physiquement au départ de ces derniers en se tenant au milieu des rails de mise à l’eau. Selon lui, le bateau n'aurait pas pu passer le Raz de Sein. Néanmoins durant la nuit, l'équipage téméraire essaya de mettre le plan à exécution, malgré un  certain manque de coordination. Devant cette équipée à l’intention louable mais mal engagée, mon grand père Jean-Marie THOMAS, mécanicien du canot, enleva une pièce du moteur pour éviter que le bateau ne quitte le port du Loch à Primelin.

   C'est donc le Jeudi 20 juin 1940 que l'avant-garde de la Wehrmacht arrive dans le Cap Sizun en moto et en side-cars. Des éclaireurs allemands viennent informer les organismes officiels tels que la mairie, la gendarmerie … que les troupes allemandes investissent le territoire.

   Durant l’occupation, il est à noter que le bateau de la station HSB du Loch Primelin, ne sera pas réquisitionné par les Allemands.

CH19 - Presse - OE du 22-06-1941- sauvetage d'un bateau allemand

  Cet article de presse de l'époque comporte une erreur de taille, en effet les 2 personnes secourues le 25 mai 1941 n'étaient pas 2 soldats allemands mais de 2 pauvres pêcheurs. D'ailleurs l'article des Annales du Bien à suivre reprend le récit du sauvetage en parlant d'une barque de pêche.

Les Annales du Bien 1941

   Plus les jours passent, et plus nous avons lieu de nous réjouir d'avoir donné à la station du Loc'h en Primelin, un bateau tel que le Capitaine de Vaisseau de KERROS. C'est la réflexion que suscite en nous le rapport du Chef de Station LOUARN, concernant la sortie du 25 Mai 1941.
   A 13 heures, M. l'Administrateur d' Audierne alertait notre poste et le patron CISSOU sortait le canot à mi-cale. Les Allemands de veille à la pointe du Raz, avaient signalé une barque de pêche en péril sous les lames qui, malgré la pompe du bord et un seau de vidage, menaçaient de l'envoyer par le fond.
   A 15 heures, le De KERROS sortait. Mer très forte, pluie battante, mauvaise visibilité. Notre bateau se tenant trop au large, les veilleurs lui signalèrent par fusées le lieu utile d'intervention. Alors, dès 16 heures le patron CISSOU et son équipage accostaient la barque de pêche, emmenaient les pêcheurs, et prenaient en remorque leur bateau, non sans continuer de l'alléger du poids de l'eau sans cesse embarquée.
   Enfin, à 18 heures, le De KERROS faisait sa rentrée au Loc'h, où il fut accueilli par l' administrateur d'Audierne, qui félicita les Sauveteurs.
   Regrettons avec lui que ce bateau ne puisse, avec la situation actuelle de la cale et du port, sortir à toute heure du jour ou de la nuit.

Les Annales du Bien 1942

   En 1942, le canot « De KERROS » du Loc’h a eu de nouveau l’occasion d’accomplir un sauvetage qui fut le dernier avant la mise en sommeil à peu près complète de nos stations du fait de la guerre.
   C’était un jour du mois de mai.
   Un coup de téléphone de l’Administrateur de l’Inscription Maritime d’Audierne vint alerter l’équipage du canot en lui signalant qu’une embarcation se trouvait en danger dans le Raz de Sein.
   Le Capitaine de Vaisseau De KERROS appareilla aussitôt avec son équipage habituel. Grâce aux indications fournies par la terre, il découvrit rapidement le canot à moteur Jojo, de Douarnenez. Celui-ci, après avoir doublé la pointe du Raz, s’était trouvé en difficulté, avec vent et courant contraire. Il avait fini par avoir son moteur noyé, et les hommes qui le montaient n’avaient eu d’autre ressource que de mouiller à une cinquantaine de mètres de la côte, dans une situation périlleuse. Quand le canot de sauvetage arriva sur eux, leur embarcation était à moitié remplie d‘eau. Ils étaient eux-mêmes exténués de fatigue et de froid, de sorte qu’ils couraient grand risque de mort, s’ils n’avaient été tirés d’affaire par cette intervention opportune.
   Ils furent recueillis et réconfortés à bord du canot de sauvetage et leur embarcation fut prise à la remorque et ramenée au Loc’h sans encombre.
   La sortie avait duré trois heures.
   Bien sincères et cordiales félicitations à l’équipage.

CH19 - Le port du Loch Primelin durant la guerreLe port du Loch Primelin à l'après guerre (photo Eugène Perrot)

   Le 11 décembre 1941 les Etats-Unis entrent en guerre. Hitler ordonne l'édification du Mur de l’Atlantique (soit 4000kms de fortifications côtières le long du littoral, qui vont de la Norvège au sud de la France. A cause de la proximité de l’Angleterre, la Bretagne est une zone particulièrement couverte). Sa construction débute au second semestre 1942. La fameuse organisation Todt, prend en charge cette tâche monumentale. A la pointe de Cornouaille comme sur toute la côte Française des casemates (bunkers, blockhaus) sortent de terre.

CH19 - Croquis de l'anse du Loch durant la 2 ème guerre mondialCroquis de l'anse du Loch réalisé par Pierre QUERE durant la 2ème Guerre Mondial

   Les Allemands construisent 3 casemates sur la butte surplombant le port du Loch Primelin, durant le conflit. L’une d’entre elles, imposante, est toujours bien visible : dominant l'anse, elle était équipée d'un canon de 50-55mm qui ne semble pas, à ma connaissance, avoir réellement servi, sauf pour des exercices de tirs effectués en direction de la Pointe des Moutons. (pratiquement à l'endroit ou a été construite, bien après la guerre, la petite maison qui surplombe encore aujourd'hui le bout de la pointe).

CH19 - Casemate principale du Loch Primelin 1CH19 - Casemate principale du Loch Primelin 2CH19 - Casemate principale du Loch Primelin 3CH19 - Casemate principale du Loch Primelin 4CH19 - Casemate principale du Loch Primelin 5
La casemate principale de l'anse du Loch Primelin

   Une deuxième était l'armurerie, aujourd’hui pratiquement recouverte de terre et d'herbe.

CH19 - Casemate armurerie du Loch PrimelinLa casemate de l'armurerie

   Plus en retrait, à demi enterrée, la casemate du QG et « lieu de vie » aujourd’hui remplie de déchets de pétrole provenent du Boehlen (pétrolier Est-Allemand) sombré sur la chaussée de Sein le 14 octobre 1976

CH19 - Casemate du QG du Loch Primelin 1CH19 - Casemate du QG du Loch Primelin 2CH19 - Casemate du QG du Loch Primelin 3CH19 - Casemate du QG du Loch Primelin 4
La casemate du QG

Ch19 - Les 3 casmates du Loc'h Primelin

Les 3 casemates

   Pour empêcher tout débarquement sur les côtes, un système défensif complexe avait été imaginé : un des éléments de ce dispositif était constitué de tétraèdres en béton, dont la partie visible et émergée a une forme tripode. Ces pièces, pratiquement invisibles à marée haute étaient destinées à crever les barges de débarquement sur les plages. A ces chevalets composés de six jambages en béton armé, il faut ajouter des variantes comme le « hérisson tchèque » ou les « dents de dragon » visibles sur d’autres côtes.
 Nous en retrouvons un miraculeusement préservé à l’entrée du port du Loch. Il a été déplacé de la plage à la fin de la guerre pour délimiter la zone rocheuse du port. Cela fait près de 70 ans qu’il résiste au temps !. Ce tétraèdre submergé à marée haute, représentait un danger pour la navigation ; c’est pourquoi il a fallu le signaler. On lui a donc rajouté un mat avec une bouée rouge qui sert aujourd’hui à baliser le chenal d’accès au port : c’est la bouée  bâbord. Lorsque vous venez du large et que vous rentrez au port, vous devez laisser la bouée rouge sur votre gauche. (Rouge à bâbord/ vert à tribord).

CH19 - Tétraèdres en béton du port du Loch PrimelinCH19 - Les restes d'un tétraèdres à la plage du Loch Primelin
           Le tétraèdres en béton du port du Loch - à droite les restes d'un tétraède sur la plage en 2013

   L'occupation aura duré quatre ans et trois mois dans le Cap Sizun. Durant cette période les plages et un certain nombre d’endroits de la côte du Loch seront minés : il s’agit de mines anti-personnelles et antichars.

   Le 6 juin 1944 a lieu le débarquement sur les plages de Normandie. La résistance devient beaucoup plus active dans le Cap Sizun. Le 4 aout, les Allemands quittent leur position du Loch pour rejoindre Lézongar à Esquibien. Le jour même un homme sabote le canon de la casemate en aplatissant le bout du tube à l'aide d'une masse afin de le rendre inopérant. Le 20 septembre 1944 le drapeau blanc est hissé sur le bastion allemand de Lézongar. Mais c'est le 8 mai 1945 que prend fin le conflit par la capitulation de l'Allemagne. Tout est à reconstruire...

   L'ennemi est parti, mais « il continue à tuer ». Après la libération (liberté retrouvée oblige!) les habitants des communes côtières vont s'enhardir, surtout les enfants. Ils s'aventurent sur les terrains minés et ce, malgré de formelles interdictions. Sur Primelin il n'y eut pas de mort mais des accidents plus ou moins graves. Tandis que sur la falaise dominant le port, des enfants alimentaient un feu avec ce qu'ils trouvaient, une mine non désamorcée explosa. Certains d’entre eux furent blessés mais sans gravité ; tout au plus la détonation fit sauter quelques vitres des maisons situées à proximité de l'explosion.

   Un autre accident eut lieu lors du passage d'une charrette, probablement lorsque celle-ci roula sur une mine antichar. Ce jour là, Jean Yves POULHAZAN de Kerandraon remontait de la plage du Loch dans sa charrette tirée par son cheval lorsque l'explosion eut lieu. La roue pulvérisée passa par dessus la maison de Tõn Per Gosquer. Au bruit de l'explosion le cheval partit comme un fou vers Kerandraon où il arriva avec un morceau du brancard de la charrette ! Heureusement Jean Yves POULHAZAN sortit  indemne de cette mésaventure sans être blessé.

   Les derniers prisonniers allemands quitteront notre région en novembre 1948, après avoir, entre autre, déminé toutes les plages du Cap Sizun.

   Au cours de cette guerre, la quasi-totalité des matériels équipant les stations ou les postes de secours HSB ont été détruits ou pillés. Mais au moment de la débâcle allemande la station du Loc'h Primelin fut épargnée. Sur les 5 grands canots HSB existant en 1939, un seul subsiste à la Libération : le « Capitaine de Vaisseau de KERROS ».

CH19 - Le bateau de sauvetage de KERROS dans le port de Primelin durant la guerreLe bateau de sauvetage de KERROS dans le port de Primelin à la fin de la guerre (photo Eugène Perrot)

 

 

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05 juillet 2012

16 - Le naufrage du pétrolier la Nievre à Porstarz à Primelin


 

  Au sortir de la grande guerre 14-18, la Marine nationale fit construire dans ses arsenaux de Lorient quatre pétroliers, dont la mission serait de ravitailler en mer l’ensemble de la flotte.
Ces quatre sisterships dont la construction s’échelonna entre 1919 et 1922 avaient pour noms : l’Aube, la Durance, La Rance et la Nièvre.

   Ces quatre navires eurent des fortunes diverses, l’un d’entre eux nous intéresse plus particulièrement. Il s’agit de la Nièvre.
D’une longueur de 70 mètres, d’une largeur de 11,60 mètres, de 2,28 mètres de tirant d’eau et jaugeant 2.800 tonnes, il était équipé d’un moteur de 1.000 chevaux (turbine type Bréguet) qui lui assurait une vitesse de 10,5 nœuds. La Nièvre pouvait transporter 1.500 tonnes de mazout.

Ch16 - Le pétrolier la Nièvre 1

CH16 - Le pétrolier la Nièvre

   La Nièvre est mise sur cale à l'Arsenal de Lorient le 5 septembre 1920, lancée le 10 mars 1921 et admis au service actif le 26 mars 1922. Le réducteur de vitesse fourni par la société Bréguet causa beaucoup de soucis dans sa mise au point.
A l’issue de sa première campagne du 15.01.25 au 15.01.26, le Capitaine de Corvette Esnouf commandant du navire écrivait :
« Le bâtiment gouverne très bien vent debout et aux allures voisines. Il embarque beaucoup aux allures plus arrivées que le vent de travers et d’autant plus qu’il est plus léger.
La surface de voilure est trop réduite pour exercer une influence sensible dans la manière de gouverner. Nous n’avons fait aucune traversée avec la voilure seule. »

   En effet par sa dépêche du 15.03.1922 le ministre de la Marine avait prescrit d’équiper les 4 pétroliers de voilure « pour permettre en cas d’avarie immobilisant la machine de rester manoeuvrant en continuant à faire route ou de tenir la cape par gros temps. »  (tenir à la cape consiste, pour un navire à voile ou à moteur, à régler son cap et sa vitesse par rapport au vent, à la mer et à la houle, de manière à réduire ses mouvements de roulis et de tangage)

La voilure se composait :

  • D’un foc de 70 m2
  • D’une trinquette de 47 m2
  • D’une misaine goélette de 135 m2
  • D’une pouillouse de 47 m2
  • D’une brigantine de 113 m2

          Soit un total de 412 m2

   Le 25.03.1922 le Lieutenant de Vaisseau Prunes dans un rapport sur la voilure préconisait par souci d’économie de ne pas équiper les 4 pétroliers de « voilure qui ne leur servira pratiquement jamais » (coût estimé de 250.000 francs, l’équivalent de 250.000 Euros de nos jours).
Il ne sera pas écouté car la Nièvre avait pu tester ses voiles lors de sa première campagne.

   Le Capitaine de Corvette Esnouf dans son rapport de campagne concluait en disant :
« La Nièvre est un excellent bâtiment de mer, les formes de carène sont heureuses les installations conviennent bien à son rôle ».
Le 13 avril 1926 la Nièvre talonnait, par forte brume, à l’entrée du port de Cherbourg et fut victime d’une voie d’eau.
Pour conclure sur les caractéristiques du navire citons le rapport de campagne de son commandant, le Lieutenant de Vaisseau Borde, le 14.08.1931 dans la rubrique « Appréciation générale motivée ». Ce constat est caractéristique de tous ceux dont nous avons eu connaissance entre 1925 et 1933.
« La Nièvre est un excellent bâtiment de mer. La stabilité de route en pleine charge est mauvaise, l’homme de barre doit être surveillé. Les compas sont bons mais les déviations changeant avec l’assiette du bâtiment il est important de vérifier souvent la variation. Le bâtiment manœuvre mal et a une puissance en AR si faible que toute manœuvre doit être faite avec le moins d’eau possible et qu’il ne faut jamais hésiter à mouiller les ancres à temps pour éviter le moindre contact avec les bâtiments à ravitailler. La machine étant très fragile il faut éviter les emballements de l’hélice, par mauvais temps remplir d’eau les citernes nécessaires pour augmenter le tirant d’eau et diminuer la vitesse. »

   En mai 1937 la Nièvre revenait d’Espagne, où elle avait ravitaillé les torpilleurs de la 4ème Division Orage, Ouragan et Bourrasque affectés au contrôle sur les côtes loyalistes, et faisait route sur Brest. Le commandement du bateau était assuré par le Lieutenant de Vaisseau Bruno Eyriès (né en 1900).
Parti de la Corogne le jeudi 20 mai à 14 heures, la Nièvre avait du naviguer dans le golfe de Gascogne par temps de boucaille (bruine et crachin) et mauvaise visibilité.
A l’approche du Cap Sizun, le pétrolier rencontrait du mauvais temps de Nord-ouest avec de nombreux grains rendant la visibilité nulle. Le lieutenant de Vaisseau Eyriès était sur la passerelle en tenue de mauvais temps au moment du talonnage. Il n’avait vu ni le feu de Penmarc’h ni celui d’Armen. Filant 8 nœuds et ayant très nettement sous estimé sa dérive vers l’ouest, les rochers furent aperçus trop tard et malgré la rapidité de la manœuvre la Nièvre s’échoua le samedi 22 mai 1937 à 3 heures du matin sur les roches devant Porstarz en Primelin.

CH16 - Naufrage de la Nièvre à Primelin en Mai 1937a
Photo Eugène Perrot

   La mauvaise surprise passée, la Nièvre actionna tous ses moyens sonores (corne, sifflet, cloche) et lumineux (feux clignotants, projecteurs). M. Gourmelen, gardien des viviers Le Gall à Porstarz fut alerté et avec l’aide de son fils et de marins du voisinage, ils s’approchèrent de la côte pour porter secours au navire naufragé.
A 4 heures du matin, la gendarmerie d’Audierne était prévenue et le chef Anthoine ainsi que l’administrateur maritime du quartier d’Audierne Monsieur Guet se rendaient sur les lieux.
Dès 3 heures 30 les tentatives de débarquement avaient commencé. Après deux échecs, le canot à moteur de la Nièvre coula et la baleinière se brisa sur les rochers, vers 8 heures, le quartier maître Cadran et le second maître Castel réussissaient à joindre la côte à bord d’un youyou et à capeler une haussière. Les 59 hommes purent alors rejoindre le rivage avec un minimum de matériels.
Un seul homme fut légèrement blessé, le matelot cuisinier Moisan qui eut les deux chevilles foulées.
La population du voisinage accourue en masse réconforta du mieux possible (café chaud) les malheureux marins.
Pendant ce temps, 2 remorqueurs avaient appareillé de Brest : le Faisan à 7 heures et le Mastodonte à 8 heures 30.

 

CH16 - Naufrage de la Nièvre à Primelin en mai 1937bCH16 - Naufrage de la Nièvre à Primelin en mai 1937c
Photo Eugène Perrot

A 11 heures 28 par télégramme le Faisan faisait état d’une mer grosse et d’une faible visibilité.
A 11 heures 45, le Mastodonte signalait ne pouvoir s’approcher de la Nièvre sans risques majeurs.
Vers midi le Contre Amiral Derrien arrivait à Porstarz et devant l’état de la mer ordonnait aux deux remorqueurs de rejoindre Brest qu’ils atteignirent vers 17 heures 30.
10 hommes furent postés à la garde du navire sur lequel compte tenu de l’état de la mer, il n’était pas possible de remonter. Le reste de l’équipage se rendit au bourg de Primelin où des moyens de transports viendraient les rejoindre.
Vers 15 heures le Vice Amiral Laborde chef d’escadre se rendait également sur les lieux.
Vers 17 heures, les marins de la Nièvre furent rapatriés au 2ème dépôt de Brest où ils furent consignés.

CH16 - Naufrage de la Nièvre à Primelin en mai 1937dCH16 - Naufrage de la Nièvre à Primelin en mai 1937e
Photo Eugène Perrot

   Les cuves ayant été perforées, le mazout commençait à s’échapper du navire (il en restait 250 tonnes), créant une marée noire et obligeant Madame Le Gall, mareyeuse sur les quais à Audierne, et propriétaire des viviers de Porstarz, à évacuer et mettre à l’abri sa précieuse cargaison de 3 tonnes de langoustes.

CH16 - Naufrage de la Nièvre à Primelin en mai 1937h
Photo Eugène Perrot

    Le dimanche, le temps s’était dégagé et les marins avaient pu monter à bord du bateau et débarquer matériels et munitions. De toute la Cornouaille des milliers de personnes ayant appris la catastrophe se rendirent sur le site. Des commerçants ambulants s’installèrent sur la dune, profitant de cette fortune de mer pour développer leurs commerces.

CH16 - Naufrage de la Nièvre à Primelin en Mai 1937kCH16 - Naufrage de la Nièvre à Primelin en Mai 1937mCH16 - Naufrage de la Nièvre à Primelin en Mai 1937lCH16 - Naufrage de la Nièvre à Primelin en Mai 1937o


   Vers 15 heures la foule ne cessait d’augmenter  et la mer de monter. La Nièvre gîtait sur tribord et roulait légèrement. Le Lieutenant de Vaisseau Eyriès embarqua sur le Capitaine de Vaisseau Kerros, canot de sauvetage du Loch, afin de venir inspecter son navire.

CH16 - Naufrage de la Nièvre - Bateau de sauvetage CV de Kerros - Mai 1937
Le bateau de sauvetage CV de Kerros autour de la Nièvre


Les remorqueurs Faisan et Mastodonte étaient revenus sur les lieux.
Le Contre Amiral Ven était également présent et il fut décidé d’attendre la pleine mer du mardi pour tenter un renflouement.

Les Annales du bien  - 1937 -  Section de Quimper

Presse Ouest Eclair du 23-05-1937 - Naufrage de la Nièvre
Presse Ouest Eclair du 24-05-1937 - Naufrage de la Nièvre
Presse Ouest Eclair du 26-05-1937 - Naufrage de la Nièvre


CH16 - Naufrage de la Nièvre à Primelin en Mai 1937q    Dès le lundi matin, les remorqueurs Faisan, Mastodonte,  Toulinguet et le Provençal appareillaient de Brest.
Dans la matinée également, le matériel nécessaire au renflouement (bois, étoupe, ciment à prise rapide, pompes…) était acheminé par camions sur les lieux. Des scaphandriers seront mis aussi à contribution.
Le Capitaine de Vaisseau Homburger prenait en charge les opérations et visitait le navire. L’équipage resté sur place y embarquait également afin de préparer les manœuvres du lendemain.
Des allèges, deux chalands de 200 tonnes chacun, seront prévus pour soulager la Nièvre et seront remorqués sur place par le Ramier et l’Aiblet.
Tous les moyens seront donc mis en œuvre pour que le renflouement soit une réussite.
Hélas, les rochers et la mer furent les plus forts et les résultats ne furent pas conformes aux attentes. Dans la soirée les chalands et les remorqueurs rejoignaient leur port d’attache et l’on continuait à pomper le navire.
Ce dernier fut inspecté le 28 mai 1937 par le Capitaine de Vaisseau Homburger et l’ingénieur en chef du génie maritime Renvoise. Ils émirent un avis pessimiste sur les chances de renflouement du bateau et sa remise en état (cf rapport d’expertise).

CH16 - Naufrage de la Nièvre à Primelin en Mai 1937r

Le 14 juin 1937 le Contre Amiral Bourrague secrétaire du conseil supérieur de la Marine émettait l’avis suivant :
« Considérant l’âge du bâtiment et les dépenses à engager pour sa remise à flot, hors de proportion avec les services qu’on pourrait encore en attendre ;
Emet l’avis :
Il y a lieu de prononcer d’urgence la condamnation du transport pétrolier « Nièvre », et sa remise aux Domaines aux fins de vente au profit du Trésor, après récupération du matériel d’armement récupérable./. »

Le 22 juillet 1937 il fût vendu à Monsieur Glotz, 141 Boulevard Saint Michel à Paris pour la somme de 1.257 francs ( 640 Euros de nos jours). Monsieur Glotz fût seul à soumissionner.

CH16 - Vente de l'épave de la Nièvre

La coque fut ensuite progressivement démontée en profitant des marées basses.

Ch30 - Déconstruction de la Nièvre 0

CH16 - Naufrage de la Nièvre à Primelin en Mai 1937

Ch30 - Déconstruction de la Nièvre 1

Ch30 - Déconstruction de la Nièvre 2

Ch30 - Déconstruction de la Nièvre 3Déconstruction de la Nièvre durant l'été 1937


On peut toujours apercevoir quelques restes de ce naufrage dont beaucoup d’habitants de Primelin ont gardé des vestiges.

CH16 - Bousole de la Nievre
Boussole de la Nièvre


Les responsabilités.
Le 12-07-1937 sur la recommandation du Contre Amiral Derrien qui écrivait :
« En raison commandements antérieurs et connaissance région, Capitaine de Frégate Le Pivain paraît présenter aptitude particulière »
Le Ministre de la Marine César Campinchi (1) désigna le Capitaine de Frégate Louis Le Pivain comme commissaire du gouvernement à l'encontre du Lieutenant de Vaisseau Bruno Eyriès commandant de la Nièvre.
Il sera assisté par les Capitaines de Frégate Poher, Faivre, Deuve et Fouque.
Le 20-10-1937 le Ministre de la Marine Campinchi donne ordre de mise en jugement de Bruno Eyriès devant le conseil de guerre de Brest et demande à être informé par télégramme de la sentence du conseil de guerre.
Le 08-11-1937 Le Lieutenant de Vaisseau Eyriès est acquitté.

Bruno Eyriès finira sa carrière dans la Marine avec le grade de Capitaine de Vaisseau.

CH16 - Logo HSB


 Chapitre réalisé avec l'aide précieuse de Michel BESCOU

 

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30 juin 2012

14 - L'inauguration du bateau de sauvetage Capitaine de Vaisseau de KERROS au Loch Primelin

CH14 - Presse OE du 12-11-1936 - Date de l'inauguration du CV de Kerros

CH14 - Revue - Les annales du bien 1936

 
Les Annales du Bien - Octobre-Décembre 1936 :

Inauguration au Loch en Primelin et baptême du canot de sauvetage « Capitaine de Vaisseau de KERROS »

Cette cérémonie s’est accomplie le 15 novembre par temps gris et un peu frais, au milieu d’un concours de marins et de curieux venus des communes voisines et jusque de Quimper et Audierne. Et ce fut très simple, comme il convenait à la mémoire du Commandant de Kerros, qui soldat héroïque parmi ses fusiliers marin, fut aussi un homme aussi simple dans sa distinction que le chef aimé entre tous.
   Nous avons remarqué là M. GUET, administrateur de l’Inscription Maritime à Audierne, délégué par M. le Ministre de la Marine Marchande ; M. le Secrétaire Général de la Préfecture remplaçant M. le Préfet ; M. CAVENEL, Ingénieur en chef des ponts et Chaussées ; M. BALCH,  Ingénieur des ports.
   MM. les Maires de Primelin et des communes voisines, etc ….
   La section de Quimper, de laquelle dépend la section du Loc’h était représentée pas M. DESTOUR son distingué président, M. Le FLOCH, son dévoué secrétaire-trésorier ; M. de BROC, inspecteur des stations ; M. VILLARD, conservateur du matériel et le dévoué président des Anciens Marins et Pompons Rouges.
   Le président du Conseil Supérieur atteint de cataracte, avait pu répondre à l’appel de la section grâce à la présence amicale de M. ABADIE. Son premier geste, arrivant, fut de donner l’accolade au bon vieux brave que fut le patron du Paul LEMONNIER,  M. THOMAS père du mécanicien à bord du nouveau canot.
   Avec un très léger retard, venu de l’encombrement du lieu par la foule, M. l‘abbé ABGRALL, recteur de Primelin, s’adressa à « ses chers marins » et à leur vaillantes compagnes dont il exalta les vertus comme épouses, comme mères, comme veuves, femmes qui savent la noblesse et l’utilité du métier. Après cette allocution appréciée de tous, M. ABGRALL procéda à la bénédiction traditionnelle.

CH14 -1- Bénédiction - Inauguration du Bateau de sauvetage CV de Kerros a PrimelinCH14 -2- Bénédiction - Inauguration du Bateau de sauvetage CV de Kerros a Primelin

   Puis ce fut à M. DESTOUR de prendre la parole. Il remercia le Président Général et le Conseil Supérieur, accepta la charge d’administrer cette station du Loc’h avec l’aide de ses collaborateurs, rendit hommage à la bienveillance des autorités civiles et marines, dit sa vive sympathie pour les Marins, en particulier pour ces Pompons rouges qui ont fait de lui leur président d’honneur. Son discours, fin littéraire, bellement dit, fut chaleureusement accueilli.

CH14 -3- Inauguration du Bateau de sauvetage CV de Kerros a Primelin

   M. Léon BERTHAUT lui succéda. Il remercie d’abord le président de Quimper et ses collaborateur. Après quoi, il rappelle l’histoire de la création de cette station du Loc’h, grâce aux généreux concours de Mme LEMONNIER qui, d’ailleur, avec les H.S.B. , fonda aussi cette Ecole de Groix, première école de pêche ouverte en France et que soutiennent toujours les H.S.B. Le président général évoque aussi les exploits du Paul LEMONNIER, conduit à travers tant de périls par son patron THOMAS, aux médailles duquel s’est enfin ajoutée la Croix de chevalier du Mérite Maritime.

CH14 -4- Inauguration du Bateau de sauvetage CV de Kerros a Primelin

CH14 -5- Presse le courrier du Finistère - Inauguration du Bateau de sauvetage CV de Kerros

CH14 -6- Inauguration du Bateau de sauvetage CV de Kerros a PrimelinCH14 -7- Inauguration du Bateau de sauvetage CV de Kerros a Primelin

    Pour parler du nouveau canot, qui a si bien débuté le 30 octobre, M. Léon BERTHAUT, en saluant la mémoire du commandant de KERROS, en exalta le noble caractère et rendit hommage à Mme de KERROS, représentée à la cérémonie par les parrain et marraine, M. et Mme Jean de KERROS, accompagnés de M. Léon de KERROS et de M. le commandant de RODELLEC de Portzic. Après quoi, le président général fit allusion à l’exploit accompli déjà par le beau bateau construit aux Chantiers de Normandie, grâce à l’habileté du patron CISSOU et à la vaillance de son équipage. Il offrit ce premier résultat en hommage de reconnaissance aux souscripteurs qui ont fourni environ le tiers de la somme nécessaire au paiement du canot. A ce témoignage s’ajoute l’expression de la gratitude des H.S.B. envers les hautes administrations : Ministère de la Marine Marchande ; Ponts et Chaussé, etc … Le Président général termina en faisant appel aux amis, lointains ou rapprochés, des gens de mer et des œuvres de sauvetage, des H.S.B. en particulier.

CH14 -8- Inauguration du Bateau de sauvetage CV de Kerros - Mise à l'eau

   Une telle cérémonie ne peut se terminer sans le lancement de la nouvelle unité. Le départ eut lieu dans les meilleures conditions, à l’admiration de la foule qui put voir le bateau passer la barre avec souplesse d’une mouette …

CH14 -9- Photo colorisée - Inauguration du Bateau de sauvetage CV de Kerros a Primelin

   Ce que nous ajouterons ici, avec l’autorisation du Président Général c’est que le bel équipage du 30 octobre ne sera point oublié dans les propositions de récompenses pour l’Assemblée général de 1937.
   Mais il y a encore beaucoup à faire pour que cette station du Loc’h donne aux H.S.B. toute satisfaction et, entre autres choses, la possibilité de partir à toute heure. Avec la bienveillance des chefs de toutes les administration de la région, tout le possible sera fait, nous l’espérons, dans un assez proche avenir.
   Des remerciements spéciaux étaient dus à M. le Secrétaire Général de la Préfecture et à M. l’Administrateur de l’I.M., qui après M. le député PERROT, voulurent bien assurer les H.S.B. de ce bienveillant intérêt que portent les administrations et l’Etat au progrès du sauvetage et à l’effort des H.S.B. qu’ils veuillent bien trouver ici l’expression de ces remerciements sincères.
   « Et maintenant, nous dit le Président Général questionné, que notre section de Quimper veuille bien nous aider à faire vivre la station du Loc’h !. Les équipages, sous la direction de M. EON, chef de station, nous sauront faire honneur. A notre tour, nous leur rendons justice et nous efforceronts de la leur obtenir de tous et partout !».

CH14 -10- Inauguration du Bateau de sauvetage CV de Kerros - Mise à l'eau

   L’épouse de Léon De KERROS, Mme Jeanne née MEROT Du BARRE empêchée par la maladie fut représentée par son fils, Jean De KERROS et son épouse Germaine née DELACOUR (1906-1959) marraine du canot. Ceux-ci embarquèrent avec leur neveu Emmanuel qui se souvient de la chute à l’eau du chapeau de la marraine, provoquant un exercice inopiné « un homme à la mer » sous les yeux admiratifs de la foule.

CH14 - Presse Ouest Eclair du 16-11-1936 - Inaugurations du bateau de sauvetage CV de Kerros

CH14 - Presse Ouest Eclair - Inauguration du Bateau de sauvetage CV de Kerros

CH14 - Presse le Dépèche - Inauguration du Bateau de sauvetage CV de Kerros

CH14 - Revue - Le Yacht n°2801 Novembre 1936 - Inauguration du CV de Kerros

   De la journée inaugurale, subsiste donc, une foule de documents que nous rapportent les journaux de l’époque. Mais aussi, de merveilleuses photos prises principalement par Mr Joseph VILLARD, membre de la section H.S.B, passionné de bateaux et de voile. Mais reste surtout, la mémoire des témoins encore vivants qui se souviennent de cet événement.

CH14 - Trou au plafond de l'abrit de sauvetage

 

   Un des « détails » non cité par les journaux fut peut-être un accident évité de justesse, lors de la mise à l’eau du canot : en effet, le nouveau bateau n’avait pas le même poids que le Paul LEMONNIER, sur le chariot qui le menait par les rails à l’océan.
  La personne qui manipulait le treuil manuel fut surprise par l’accélération brutale de la poignée qui n’avait pas été débraillée. La démultiplication fit tourner à vive allure la poignée et la projeta avec force, mais heureusement en direction du plafond de l'abrit situer à 5 mètres de haut.
 

   Encore aujourd’hui on peut voir le choc qu’a laissé l’impact de la manivelle sur le parquet de 3 cm d’épaisseur. Un trou de 4 cm de diametre !. La foule occupée à regarder le canot « glisser » en direction de l’océan ne se rendit compte de rien.

 

CH14 - Logo HSB en tissu

 


 

05 mai 2012

02 - Le canot de sauvetage "Paul Lemonnier" du Loch Primelin


 

Le canot Paul LEMONNIER (de type « HENRY ») a été construit à la Rochelle aux chantiers Decout-Lacour en 1906.
C’est un grand modèle : 10m.

CH02 - Canot de sauvetage Paul Lemonnier 1

   M. HENRY, agent technique de la Marine à Rochefort, s'intéresse depuis longtemps aux embarcations de sauvetage, et le journal Le Yacht, dans son numéro du 4 décembre 1897, fait état de son invention. On dirait maintenant du canot Henry qu'il est un dériveur lesté. Les premiers essais ont été faits à Rochefort sur une baleinière de la Marine de 8,50 m en acier par le constructeur M.F. Decout-Lacour à La Rochelle. La stabilité est assurée par une ou deux dérives (suivant le modèle), formant bulb-keel avec un cigare de plomb ou de fonte dans la partie inférieure. L'évacuation très rapide de l'eau embarquée se fait par le puits de dérive ouvert affleurant le pont au centre. L'insubmersibilité est obtenue grâce aux dômes avant et arrière, et grâce à de nombreuses caisses à air sous le pontage et sur les côtés, comportant de nombreuses portes de visite étanches. Pour que ces caisses à air ne perdent leur qualité en cas d'avarie grave, quelques unes, en nombre suffisant pour assurer la flottabilité de l'ensemble, sont remplies de kapok.


Les caractéristiques du modèle de 6,50 m de long sont les suivantes : Caractéristiques du canot HENRY

  • largeur : 2 m
  • tirant d'eau bulb haut : 0,50 m
  • bulb bas : 1,20 m
  • poids à vide : 1000 kg
  • six avirons
  • surface de voilure : 16,61 m²  - foc : 1,88 m² -  gd. voile10,55 m²  -  tapecul: 4,18 m².

CH02 - le canot henry


   Adopté par les Hospitaliers Sauveteurs Bretons, le premier est envoyé en 1895 à La Rochelle et un second est en chantier pour Saint-Servan en 1902.
Deux autres modèles, l'un de 8,50 m, l'autre de 10,30 m (longueur du Paul LEMONNIER), sont également proposés.

Canot Paul Lemonnier
  

   La presse du temps est très élogieuse et le lancement de ce canot a un grand retentissement. Le capitaine DUBOC, ancien lieutenant de vaisseau, auteur de l'article dans Le Yacht, n'hésite pas à écrire que le canot est appelé à remplacer rapidement tous les canots de la Société centrale en raison de ses qualités : plus grande stabilité sans voile ; meilleur redressement ; évacuation plus rapide de l'eau embarquée ; suppression des puits d'évacuation freinant la vitesse ; prix de revient très inférieur.
Bateau Henry type Paul Lemonnier

   La commission technique d'étude de la Centrale est donc amenée à examiner attentivement ce nouveau canot, et les solutions qu'il propose. Voici ses conclusions : « Le dériveur central lesté permet une bonne tenue sans voile et un bon louvoyage, mais ce dériveur doit être relevé, au passage des hauts fonds et des barres à brisants, et c'est précisément là que le canot risque le plus de chavirer. En cas de chavirage, le redressement du canot HENRY est assuré, moins par son dériveur que par ses dômes avant et arrière, qui sont d'un volume et d'une saillie au moins aussi considérables que sur les canots de la Société. Or, sur ces derniers, dix avirons (douze pour certains) sont juste suffisants pour surmonter un vent violent, et le canot HENRY n'a que six avirons. Grâce au puits de dérive ouvert à même le pont, l'évacuation de l'eau embarquée doit se faire rapidement quand le dériveur est abaissé, et que la gîte n'est pas trop accusée. Mais lorsque le dériveur est relevé, le fuseau de plomb obture hermétiquement l'ouverture, et il ne peut en être autrement parce que, sans cela, le sable et les galets s'introduiraient et coinceraient le dériveur, de manière à rendre sa manœuvre impossible. Or, c'est précisément au passage des brisants, où l'embarcation a le plus de chance d'embarquer des paquets de mer et de s'emplir, que le dériveur doit être relevé et, par suite, l'ouverture du puits obturée. » Suivent des considérations sur le prix des canots de sauvetage qui ne peut être le seul critère de choix, l'emplacement de la station qui commande bien souvent le genre de canot à adopter, et enfin, la place pour loger les naufragés recueillis jugée nettement insuffisante.

Arrivée du canot en Bretagne
   Son transfert fut réalisé par rail de la Rochelle jusqu'à Douarnenez en septembre 1906.
Le bateau, trop grand, ne put prendre le petit train de Douarnenez-Audierne. C’est sans doute par route qu’il arrive à Audierne. La cale de lancement au Loch n’étant pas entièrement terminée, le canot resta sur Audierne quelque temps.

La dépêche du Mardi 1er janvier 1907 signale sur Audierne

1907-01-01 - La dépèche de Brest.
Le bateau reste en service au Loch Primelin de 1907 à 1936.
   Durant les 29 ans de service du canot, le bateau aurait fait une centaine de sauvetages.
Daniel THOMAS, patron du canot jusqu'en 1925, fait environ 70 sorties de sauvetage avec le canot. Il passa la main par la suite à Henri le Berre. Du bateau, ne subsiste pratiquement aucune photo, malgré tout, le photographe Joseph VILLARD (photographe des cartes postales) membre des H.S.B. de la section de Quimper en prit quelques clichés.
Photo du canot de Sauvetage Paul Lemonnier

Canot de sauvetage Paul Lemonnier

CH02 - Canot de sauvetage Paul Lemonnier 2


Canot de sauvetage Paul Lemonnier

 

    Le destin fit qu’il racheta le canot pour son usage personnel (100F) au H.S.B., suite à l’arrivée du nouveau bateau de sauvetage « Capitaine de Vaisseau de KERROS » en 1936. Des clichés furent réalisés lors du transfert du bateau à Bénodet. Il fut remorqué par le nouveau bateau jusqu'à sa destination.
   Au dire de Claude VILLARD, son fils, le canot était encore sur Bénodet dans les années 1956 – il se souvient de le voir dans son hangar près de l’église du port de Bénodet.

 

CH02 - Canot Paul Lemonnier et Joseph Villard

Joseph VILLARD, (l'homme à la casquette) en famille, sur les rives de l'Odet à bord du canot qu'il utilisera durant plusieurs années, avant de le léguer à la ville de Bénodet.

CH02 - Canot Paul Lemonnier a Bénodet 1

CH02 - Canot Paul Lemonnier a Bénodet 2 L'ancien canot de sauvetage "Paul LEMONNIER" à Bénodet

CH02 - Canot Paul Lemonnier - photo prise de la plage de benodetCanot Paul LEMONNIER - photo prise de la plage de Benodet


   Quelques années plus tard, il aurait aussi servi de plongeoir devant la plag principale, au plus grand plaisir des baigneurs. Il finit ainsi sa carrière nautique.