15 mai 2013

22 - Le bateau de sauvetage Capitaine de Vaisseau de KERROS, qu'est-t'il-devenu ?

    Le CV de KERROS termine sa carrière dans le Cap Sizun le vendredi 30 mai 1952, il a été affecté par la suite :
-  en 1952 à Portsall (29)  
-  en 1955 à St Briac (35)
-  en 1956 à St Quay-Portrieux (22).
-  en 1958 il est vendu à la DDE du Morbihan pour 650.000 francs. Il servira à la compagnie Morbihannaise au transbordement de passagers et au cabotage entre Quiberon et Belle Ile. Il sera remotorisé par le moteur du canot Vice-Amiral SCHWERER (info à valider !). Ce canot avait été endommagé dans la barre d’Etel en 1958 (il y eu 9 morts) en testant, avec Alain BOMBARD, un canot pneumatique.
-  en 1980, plus de trace : le canot aurait été détruit (brûlé) au fond du port du palais à Belle Ile.

   J'ai pu trouver des articles de presse et différentes photos où nous le retrouvons dans ses différents ports d'affectation.

CH22 - Le télégramme du 03-06-1952 - CV de Kerros quitte Audierne

CH22 - Le télégramme du 03-06-1952 - CV de Kerros arrive à Portsall

CH22 - OF du 13-06-1952 - CV de Kerros arrive à Portsall

 

CH22 - OF du 14-06-1952 - CV de Kerros à Portsall

Les Annales du Bien :
   Le Capitaine de Vaisseau de KERROS arrive à Portsall le 30 mai 1952, après de grosses réparations faites à Audierne. Il est prêt à répondre à tous les appels.
   Alerte du 18 Août 1952 à 14h55 - Un bateau de pêche en perdition est signalé à l'ouverture de l'anse de Penfoul, près du rocher du Coq. Vingt minutes plus tard, le CV de KERROS prenait la mer. Recherches infructueuses. Le canot rentre à Portsall à 16H45. Il est supposé que les touristes qui ont signalé l'accident, ont vu un bateau de pêche amener sa voile, ce qui a causé l'erreur. Outre cela, le canot a effectué plusieurs sorties d'entrainement.

   Le Capitaine de Vaisseau de KERROS est appareillé le 15 août 1953, vers 17h45, pour une sortie d'exercice après visite du moteur. Au moment du retour, l'équipage a eu son attention appelée par la manœuvre insolite d'une barque de pêche du port, "l'idéal" montée par deux hommes. La barque, sans voile, en panne de moteur, dérivait vers le large dans de dangereux parages. Le CV de KERROS la prend en remorque et la ramène à son mouillage.

CH22 - Bateau de sauvetage CV de Kerros à PortsallLe bateau de sauvetage CV de KERROS à Portsall

Les Annales du Bien
   Le 17 décembre 1956 le CV de KERROS est transféré sur St Quay Portrieux après un passage d'un an 1/2 sur St Briac. Par un fort vent Ouest soufflant en tempête, le bateau de  sauvetage Capitaine de Vaisseau de KERROS a été remis officiellement à cette section. Une foule compacte se pressait sur le port.
   Le Capitaine de Vaisseau de KERROS ayant à bord M. le Docteur CAILLET, maire ; M. REVRAT Administrateur Principal de l'Inscription Maritime, à St Brieuc ; M. LOSET, Conseiller Général, entouré de la municipalité et des maires des environs. Malgré le mauvais temps, il fit, au large des îles Saint-Quay, sa première sortie officielle au cours de laquelle M. l'Abbé POLIVE, chapelain épiscopal a baptisé le bateau. Les membres de l'équipage jetèrent une gerbe de fleurs à la mer.
   Au cours du vin d'honneur qui suivit, M. le Maire : M. TREHIOU, capitaine de la marine marchande, président de la section H.S.B. ; M. René JOUVE et le MOAL.
   Désormais, les navires qui se trouveraient en détresse dans la baie de St-Brieuc, du Cap Fréhel à l'ile Bréhat pourront compter sur un secours rapide et efficace. Nous ne doutons pas que M. TREHIOU, grâce à son activité et à son dévouement ne donne à cette nouvelle station de sauvetage le meilleur rendement.

CH22 - Bateau de sauvetage CV de Kerros à St Quay Portrieux (22) aCH22 - Bateau de sauvetage CV de Kerros à St Quay Portrieux (22) bCH22 - Bateau de sauvetage CV de Kerros à St Quay Portrieux (22) c
le CV de KERROS sur St Quay Portrieux entre 1956 et 1958

   En Janvier de l'année 1958, le service Maritime des Ponts et Chaussées du Morbihan, contacte les H.S.B pour savoir si un canot pourrait être déclassé pour faire du transbordement de passagers et du cabotage dans la région de Quiberon et Belle-Île en mer.

CH22 - Bateau de sauvetage CV de Kerros à Quiberon 01CH22 - Bateau de sauvetage CV de Kerros à Quiberon 02CH22 - Bateau de sauvetage CV de Kerros à Quiberon 03CH22 - Bateau de sauvetage CV de Kerros à Quiberon 04CH22 - Bateau de sauvetage CV de Kerros à Quiberon 05

CH22 - Bateau de sauvetage CV de Kerros à Quiberon 06CH22 - Bateau de sauvetage CV de Kerros à Quiberon 07CH22 - Bateau de sauvetage CV de Kerros à Quiberon 08CH22 - Bateau de sauvetage CV de Kerros à Quiberon 09CH22 - Bateau de sauvetage CV de Kerros à Quiberon 10
le CV de KERROS dans le port Haliguen à Quiberon dans les années 1960-1970

CH22 - Bateau de sauvetage CV de Kerros au port Maria à QuiberonLe CV de KERROS au port Maria à Quiberon à coté du bateau Belle-isle

CH22 - Bateau de sauvetage CV de Kerros à Belle ile en mer au port du Palais
Bateau de sauvetage CV de KERROS à Belle-Ile en mer au port du Palais

   J'ai contacté Mr Tanneguy de KERROS (le fils de la marraine du bateau) qui m'a expliqué avoir vu au hasard d'une visite sur Belle-Ile, le canot de sauvetage dans le fond du port. Il se souvient d'un bateau en mauvais état.
   Un ancien mécanicien naval de Belle-Ile en mer m'a informé ce souvenir de cet ancien bateau de sauvetage reclassé en cabotage. En fin des années 1970, le canot aurai été abandonné au fond du port du Palais. Il aurait été brûlé avec d'autres vieux bateaux.
Ainsi se termine la carrière nautique du bateau de sauvetage du Capitaine de Vaisseau de KERROS en 1980.

CH22 - La fin du Bateau de sauvetage CV de Kerros au fond du port du Palais Le cimetière à bateaux au fond du port du palais dans les années 1965

 

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05 mai 2013

21 - L'arrrivée de bateau de sauvetage Capitaine de Vaisseau de KERROS sur Audierne

 

Ch21 - Bateau de sauvetage CV de Kerros - Arrivée à Audierne 1949Arrivée du Bateau de sauvetage CV de Kerros, conduit par son équipage, à Audierne en février 1949

CH20 - Remerciment des HSB à Jean-Marie Thomas et son épouse Anna Alanou en 1949Remerciment des HSB à Jean-Marie THOMAS et son épouse Anna ALANOU en 1949

CH21 - Courrier des HSB au Commandant BrusqCourrier des HSB au Commandant Brusq d'Audierne en avril 1949

 

Audierne le 19 avril 1949
Compte rendu d’alerte (sans doute écrit par le Commandant BRUSQ  responsable des HSB d'Audierne)

   Le 15 avril, à 1H du matin, j’ai été réveillé par Mr LEBRETON, Chef du Quartier, accompagné de  Mr THOMAS fils (dany). Un bateau de pêche, genre « malamock », s’était échoué à la côte, sous Primelin, par beau temps clair, mais par justant, et demandait assistance. Du Loch, Mr THOMAS avait prévenu téléphoniquement l’Administrateur, qui,  pour faire vite, avait prié Mr THOMAS d’emmener à Audierne, dans sa camionnette, l’équipage du Loch.
   L’équipage et le patron CISSOU, avait rallié d’urgence le Capitaine de Vaisseau de KERROS, mais le moteur n’avait pu être lancé : la batterie au ferro-nickel que Mr THOMAS avait placée à bord pour la traversée du Loch-Audierne, le mois dernier, en attendant l’arrivée d’une batterie commandée au plomb, était déchargée. J’ai remis aussitôt au jeune THOMAS la batterie neuve. Il l’a mise en circuit à bord. Le moteur a tourné dès que lancé.
   A ce moment la mer montait et le chenal devenait praticable. Le bateau de sauvetage allait appareiller quand un nouveau coup de téléphone a prévenu Mr l’Administrateur que le « malamock » s’était désenchoué par ses propres moyens à la marée montante, puis avait gagné le large et mis le cap sur le Raz de Sein. Depuis, nous avons appris que ce « malamock » était de Camaret, qui faisait route de Concarneau sur son port d’attache.
   Notre équipage, déçu de n’avoir pu se rendre utile, a rejoint le Loch dans la camionnette de Mr THOMAS.

Commentaire :
   Cette alerte a constitué un excellent exercice. L’équipage éprouvé du Loch a montré son ardeur coutumière. En faisant appel à cet équipage, Mr l’Administrateur l’a jugé salutaire pour venir en aide à un navire à la côte, les hommes de cette côte sont plus qualifiés que tout autre marin, en raison de leur connaissance exacte de tous les dangers avoisinants. Dans un cas analogue c’est la même manœuvre qu’il conviendrait d’appliquer. Il semble donc tout indiqué de garder l’ancienne équipe du Loch Primelin comme deuxième (ou 3ème) équipage de notre canot, tout au moins tant que la station de Ste Evette ne sera pas en service.
   Les bacs en aluminium de la batterie au férro-nickel de Mr THOMAS ont été piqués et percés par l’eau de mer, à bord. La Société devra donc rembourser à Mr THOMAS du coût de la réparation. Elle lui doit déjà la fourniture d’une batterie neuve, au plomb de 12 volts. La Société lui doit également le coût du transport en camionnette de l’équipage du Loch à Audierne et retour. Elle doit à l’équipage une indemnité pour son dérangement en pleine nuit.
Mr LEVRETON, Chef du Quartier d’Audierne, a droit aux remerciements des HSB.
   La nuit dernière encore, un bateau neuf, du Guilvinec, qui se rendait du Guilvinec à Douarnenez, s’est échoué sur les rochers de la Pointe de Lervily. La mer était houleuse. Le bateau a été détruit avant qu’il n’ai été possible de lui porter secours. Tout l’équipage est sauf.

Ch21 - Bateau de sauvetage Capitaine de Vaisseau de Kerros à Audierne 01Le canot de sauvetage CV de KERROS dans le port d'Audierne


L'équipage du Bateau de CV de KERROS était composé de 2 équipes :

 1 - L'équipage d'Audierne
      Jean JAFFRY : patron
      Yves GUEVEL : sous-patron
      Henri GUILLOU : mécanicien
      Félix JAFFRY, Francois PRIOL, Corentin MALEOZ : matelots.

2 - Léquipage du Loc’h Primelin (comme équipe de remplacement)
      Eugène CISSOU : patron
      Hervé QUERE : sous patron
      Dany THOMAS (mon oncle) : mécanicien
      Jean KERSAUDY, Jean YVEN, Jean BOURVEAU : matelots

CH21 - Bateau de sauvetage CV de Kerros - durant l'été 1949 (dany Thomas)Le Canot à Audierne durant l'été 1949 avec le mécanicien du Loch : Dany THOMAS à la barre

CH21 - Equipage du CV de Kerros en 1950

CH21 - Presse - Le télégramme du 05-05-1949

CH21 - Bateau de sauvetage Capitaine de Vaisseau de Kerros à Audierne 02CH21 - Bateau de sauvetage Capitaine de Vaisseau de Kerros à Audierne 03CH21 - Bateau de sauvetage Capitaine de Vaisseau de Kerros à Audierne 04

CH21 - Bateau de sauvetage Capitaine de Vaisseau de Kerros à Audierne 05CH21 - Bateau de sauvetage Capitaine de Vaisseau de Kerros à Audierne 06CH21 - Bateau de sauvetage Capitaine de Vaisseau de Kerros à Audierne 07

CH21 - Bateau de sauvetage Capitaine de Vaisseau de Kerros à Audierne 08CH21 - Bateau de sauvetage Capitaine de Vaisseau de Kerros à Audierne 09CH21 - Bateau de sauvetage Capitaine de Vaisseau de Kerros à Audierne 10
Le canot de sauvetage CV de Kerros dans le port d'Audierne de 1949 à 1952

 

   En septembre 1949 Les H.S.B décideront d’équiper la station de Ste Evette par un nouveau grand canot.
(OF du 13-10-1949 - Un Nouveau canot pour Audierne)
   Le nouveau bateau construit par les chantiers navals de Fécamp arrive à Audierne le mercredi 18 avril 1951 et c’est le 20 mai que sont inauguré la station et le bateau de sauvetage Nadault de Buffon (nom du fondateur des H.S.B en 1873).  Ce canot de 1ère classe tout temps en bois d’une longueur de 14,50 m et d’un poids de 22 tonnes navigue à une vitesse de 9 nœuds. ... Nous en reparlerons dans un prochain chapitre

 

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20 - L'après guerre et la fin de la station HSB du Loch Primelin en 1949


   Déjà avant la fin du conflit, la maison mère des HSB essaye de faire le point : des inventaires sont demandés aux différentes stations.

Ch20 - Courrier des HSB à Jean-Marie Thomas - Demande d'inventaire 1Courrier des HSB - Demande d'inventaire en 1944

CH20 - Inventaire de la station de Loch Primelin en avril 1944

Ch 20 - Barometre de la sation HSB du Loch PrimelinBaromètre de la sation HSB du Loch Primelin

   Le bateau de sauvetage «CV de KERROS » sera le seul bateau à moteur que la société H.S.B possède à l’après-guerre. Tout est fait pour le mettre en valeur.

Ch20 - Courrier des HSB en 1945 - Redémarage de la stationCourrier des HSB en 1945 - Redémarrage de la station du Loch Primelin

CH20 - Redémarrage de la station HSB du Loch Primelin à l'après guerreRemise en route de la station HSB du Loch Primelin

   Pendant le conflit Franco-Allemand, il était obligatoire de peindre sur les bateaux le drapeau tricolore.
Ce détail est encore visible sur le petit canot, derrière le gouvernail du bateau de sauvetage.
 

CH19 - Projet au port du Loch Primelin en 1947Plan d’un avant projet de prolongement des rails de lancement de 1947 qui ne verra pas le jour

En septembre 1948, Mr SIGMANN du ministère de la marine marchande écrivait au préfet :

   A la lumière des précisions fournies, je suis d’avis de renoncer au dragage du port du Loch Primelin et d‘équiper dans un proche avenir le port d’Audierne d’un canot à moteur, dont la station sera à l’abri du nouveau môle.
Je propose donc à la société des Hospitaliers Sauveteurs Bretons et à la Société Centrale de Sauvetage des Naufragés de comprendre dès à présent dans leur plan de rééquipement :
   1- L’échange du canot à moteur du Loch contre le canot à rames d’Audierne, des arrangements financiers intervenant entre ces deux Sociétés sans que nos Départements respectifs aient à s’en occuper.
   2- La construction d’un nouvel abri dans la crique du Loch, de telle manière que le canot puisse sortir à tout moment de la marée.

   Je vous serais obligé, de bien vouloir faire part de ces nouvelles dispositions au Conseil Général du Finistère qui, dans sa séance du 11 Mai dernier, m’avait présenté un vœu tendant à accorder une subvention pour l’équipement de la côte en station de sauvetage.

CH20 - Les annales du bien en octobre 1948

   Donc les années après guerre sonnèrent la fin de la station HSB du Loch Primelin. La cale de lancement du canot, ne donna jamais réellement satisfaction. Il n'était pas possible de lancer le bateau à marée basse. Les H.S.B prirent la décision de fermer la station en fin 1948, et de transférer le canot sur Audierne en février 1949, en attendent la création de la nouvelle station H.S.B de Ste Evette à Esquibien. Ce nouveau port est peu dépendant des marées car toujours à flot.

CH20 - Abri de sauvetage et le port du Loch Primelin en 1948l'Abri de sauvetage et le port du Loch Primelin à marée haute en 1948 (photo Eugène Perrot)

Ch21 - Bateau de sauvetage CV de Kerros - Départ de Primelin 1949Départ du Bateau de sauvetage CV de Kerros, conduit par son équipage, pour Audierne en février 1949

 

CH20 - Logo HSB

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01 mai 2013

19 - La période de la seconde Guerre Mondiale au Loch Primelin

 

   Les canots de sauvetage que nos amis anglais nomment si naturellement de « life-boat » (bateau de vie), doivent rester au service de tous ceux dont la vie est mise en danger sur nos côtes. Cette mission a pris, dès le début des hostilités, une grande dimension, car l’état de  guerre a beaucoup augmenté les difficultés de la navigation côtière. L’ennemi n’hésite pas, en effet, à couler sans avertissement des bateaux de commerce non armés. Il disperse  de nombreuses et dangereuses  mines dans les eaux côtières.
   La mobilisation a causé beaucoup d’absence en ressource humaine dans les stations de sauvetage. Pour remplacer les jeunes, il a fallu souvent s’adresser aux « anciens ». Ceux-ci ont d’ailleurs accepté, sans hésitation, de reprendre les fonctions qu’ils avaient remplies autrefois avec un entier dévouement.

CH19 - L'ance du Loch Primelin avant la guerreL'anse du Loch Primelin avant la guerre (photo Eugène Perrot)

   Dans la perspective de l’arrivée imminente des Allemands au Cap Sizun (qui eut lieu le 20 juin 1940), l’équipage du bateau de sauvetage « Capitaine de Vaisseau de KERROS » du Loch en Primelin, envisagea de rallier l'Angleterre. Cependant des informations circulaient quant à la présence de bateaux de guerre allemands au large des côtes. L’entreprise s’annonçait donc délicate et voici que le jour du départ programmé, M. HELIAS, maire de la commune, craignant pour l’équipage et le bateau, s’opposa physiquement au départ de ces derniers en se tenant au milieu des rails de mise à l’eau. Selon lui, le bateau n'aurait pas pu passer le Raz de Sein. Néanmoins durant la nuit, l'équipage téméraire essaya de mettre le plan à exécution, malgré un  certain manque de coordination. Devant cette équipée à l’intention louable mais mal engagée, mon grand père Jean-Marie THOMAS, mécanicien du canot, enleva une pièce du moteur pour éviter que le bateau ne quitte le port du Loch à Primelin.

   C'est donc le Jeudi 20 juin 1940 que l'avant-garde de la Wehrmacht arrive dans le Cap Sizun en moto et en side-cars. Des éclaireurs allemands viennent informer les organismes officiels tels que la mairie, la gendarmerie … que les troupes allemandes investissent le territoire.

   Durant l’occupation, il est à noter que le bateau de la station HSB du Loch Primelin, ne sera pas réquisitionné par les Allemands.

CH19 - Presse - OE du 22-06-1941- sauvetage d'un bateau allemand

  Cet article de presse de l'époque comporte une erreur de taille, en effet les 2 personnes secourues le 25 mai 1941 n'étaient pas 2 soldats allemands mais de 2 pauvres pêcheurs. D'ailleurs l'article des Annales du Bien à suivre reprend le récit du sauvetage en parlant d'une barque de pêche.

Les Annales du Bien 1941

   Plus les jours passent, et plus nous avons lieu de nous réjouir d'avoir donné à la station du Loc'h en Primelin, un bateau tel que le Capitaine de Vaisseau de KERROS. C'est la réflexion que suscite en nous le rapport du Chef de Station LOUARN, concernant la sortie du 25 Mai 1941.
   A 13 heures, M. l'Administrateur d' Audierne alertait notre poste et le patron CISSOU sortait le canot à mi-cale. Les Allemands de veille à la pointe du Raz, avaient signalé une barque de pêche en péril sous les lames qui, malgré la pompe du bord et un seau de vidage, menaçaient de l'envoyer par le fond.
   A 15 heures, le De KERROS sortait. Mer très forte, pluie battante, mauvaise visibilité. Notre bateau se tenant trop au large, les veilleurs lui signalèrent par fusées le lieu utile d'intervention. Alors, dès 16 heures le patron CISSOU et son équipage accostaient la barque de pêche, emmenaient les pêcheurs, et prenaient en remorque leur bateau, non sans continuer de l'alléger du poids de l'eau sans cesse embarquée.
   Enfin, à 18 heures, le De KERROS faisait sa rentrée au Loc'h, où il fut accueilli par l' administrateur d'Audierne, qui félicita les Sauveteurs.
   Regrettons avec lui que ce bateau ne puisse, avec la situation actuelle de la cale et du port, sortir à toute heure du jour ou de la nuit.

Les Annales du Bien 1942

   En 1942, le canot « De KERROS » du Loc’h a eu de nouveau l’occasion d’accomplir un sauvetage qui fut le dernier avant la mise en sommeil à peu près complète de nos stations du fait de la guerre.
   C’était un jour du mois de mai.
   Un coup de téléphone de l’Administrateur de l’Inscription Maritime d’Audierne vint alerter l’équipage du canot en lui signalant qu’une embarcation se trouvait en danger dans le Raz de Sein.
   Le Capitaine de Vaisseau De KERROS appareilla aussitôt avec son équipage habituel. Grâce aux indications fournies par la terre, il découvrit rapidement le canot à moteur Jojo, de Douarnenez. Celui-ci, après avoir doublé la pointe du Raz, s’était trouvé en difficulté, avec vent et courant contraire. Il avait fini par avoir son moteur noyé, et les hommes qui le montaient n’avaient eu d’autre ressource que de mouiller à une cinquantaine de mètres de la côte, dans une situation périlleuse. Quand le canot de sauvetage arriva sur eux, leur embarcation était à moitié remplie d‘eau. Ils étaient eux-mêmes exténués de fatigue et de froid, de sorte qu’ils couraient grand risque de mort, s’ils n’avaient été tirés d’affaire par cette intervention opportune.
   Ils furent recueillis et réconfortés à bord du canot de sauvetage et leur embarcation fut prise à la remorque et ramenée au Loc’h sans encombre.
   La sortie avait duré trois heures.
   Bien sincères et cordiales félicitations à l’équipage.

CH19 - Le port du Loch Primelin durant la guerreLe port du Loch Primelin à l'après guerre

   Le 11 décembre 1941 les Etats-Unis entrent en guerre. Hitler ordonne l'édification du Mur de l’Atlantique (soit 4000kms de fortifications côtières le long du littoral, qui vont de la Norvège au sud de la France. A cause de la proximité de l’Angleterre, la Bretagne est une zone particulièrement couverte). Sa construction débute au second semestre 1942. La fameuse organisation Todt, prend en charge cette tâche monumentale. A la pointe de Cornouaille comme sur toute la côte Française des casemates (bunkers, blockhaus) sortent de terre.

CH19 - Croquis de l'anse du Loch durant la 2 ème guerre mondialCroquis de l'anse du Loch réalisé par Pierre QUERE durant la 2ème Guerre Mondial

   Les Allemands construisent 3 casemates sur la butte surplombant le port du Loch Primelin, durant le conflit. L’une d’entre elles, imposante, est toujours bien visible : dominant l'anse, elle était équipée d'un canon de 50-55mm qui ne semble pas, à ma connaissance, avoir réellement servi, sauf pour des exercices de tirs effectués en direction de la Pointe des Moutons. (pratiquement à l'endroit ou a été construite, bien après la guerre, la petite maison qui surplombe encore aujourd'hui le bout de la pointe).

CH19 - Casemate principale du Loch Primelin 1CH19 - Casemate principale du Loch Primelin 2CH19 - Casemate principale du Loch Primelin 3CH19 - Casemate principale du Loch Primelin 4CH19 - Casemate principale du Loch Primelin 5
La casemate principale de l'anse du Loch Primelin

   Une deuxième était l'armurerie, aujourd’hui pratiquement recouverte de terre et d'herbe.

CH19 - Casemate armurerie du Loch PrimelinLa casemate de l'armurerie

   Plus en retrait, à demi enterrée, la casemate du QG et « lieu de vie » aujourd’hui remplie de déchets.

CH19 - Casemate du QG du Loch Primelin 1CH19 - Casemate du QG du Loch Primelin 2CH19 - Casemate du QG du Loch Primelin 3CH19 - Casemate du QG du Loch Primelin 4
La casemate du QG

Ch19 - Les 3 casmates du Loc'h Primelin

Les 3 casemates

   Pour empêcher tout débarquement sur les côtes, un système défensif complexe avait été imaginé : un des éléments de ce dispositif était constitué de tétraèdres en béton, dont la partie visible et émergée a une forme tripode. Ces pièces, pratiquement invisibles à marée haute étaient destinées à crever les barges de débarquement sur les plages. A ces chevalets composés de six jambages en béton armé, il faut ajouter des variantes comme le « hérisson tchèque » ou les « dents de dragon » visibles sur d’autres côtes.
 Nous en retrouvons un miraculeusement préservé à l’entrée du port du Loch. Il a été déplacé de la plage à la fin de la guerre pour délimiter la zone rocheuse du port. Cela fait près de 70 ans qu’il résiste au temps !. Ce tétraèdre submergé à marée haute, représentait un danger pour la navigation ; c’est pourquoi il a fallu le signaler. On lui a donc rajouté un mat avec une bouée rouge qui sert aujourd’hui à baliser le chenal d’accès au port : c’est la bouée  bâbord. Lorsque vous venez du large et que vous rentrez au port, vous devez laisser la bouée rouge sur votre gauche. (Rouge à bâbord/ vert à tribord).

CH19 - Tétraèdres en béton du port du Loch PrimelinCH19 - Les restes d'un tétraèdres à la plage du Loch Primelin
           Le tétraèdres en béton du port du Loch - à droite les restes d'un tétraède sur la plage en 2013

   L'occupation aura duré quatre ans et trois mois dans le Cap Sizun. Durant cette période les plages et un certain nombre d’endroits de la côte du Loch seront minés : il s’agit de mines anti-personnelles et antichars.

   Le 6 juin 1944 a lieu le débarquement sur les plages de Normandie. La résistance devient beaucoup plus active dans le Cap Sizun. Le 4 aout, les Allemands quittent leur position du Loch pour rejoindre Lézongar à Esquibien. Le jour même un homme sabote le canon de la casemate en aplatissant le bout du tube à l'aide d'une masse afin de le rendre inopérant. Le 20 septembre 1944 le drapeau blanc est hissé sur le bastion allemand de Lézongar. Mais c'est le 8 mai 1945 que prend fin le conflit par la capitulation de l'Allemagne. Tout est à reconstruire...

   L'ennemi est parti, mais « il continue à tuer ». Après la libération (liberté retrouvée oblige!) les habitants des communes côtières vont s'enhardir, surtout les enfants. Ils s'aventurent sur les terrains minés et ce, malgré de formelles interdictions. Sur Primelin il n'y eut pas de mort mais des accidents plus ou moins graves. Tandis que sur la falaise dominant le port, des enfants alimentaient un feu avec ce qu'ils trouvaient, une mine non désamorcée explosa. Certains d’entre eux furent blessés mais sans gravité ; tout au plus la détonation fit sauter quelques vitres des maisons situées à proximité de l'explosion.

   Un autre accident eut lieu lors du passage d'une charrette, probablement lorsque celle-ci roula sur une mine antichar. Ce jour là, Jean Yves POULHAZAN de Kerandraon remontait de la plage du Loch dans sa charrette tirée par son cheval lorsque l'explosion eut lieu. La roue pulvérisée passa par dessus la maison de Tõn Per Gosquer. Au bruit de l'explosion le cheval partit comme un fou vers Kerandraon où il arriva avec un morceau du brancard de la charrette ! Heureusement Jean Yves POULHAZAN sortit  indemne de cette mésaventure sans être blessé.

   Les derniers prisonniers allemands quitteront notre région en novembre 1948, après avoir, entre autre, déminé toutes les plages du Cap Sizun.

   Au cours de cette guerre, la quasi-totalité des matériels équipant les stations ou les postes de secours HSB ont été détruits ou pillés. Mais au moment de la débâcle allemande la station du Loc'h Primelin fut épargnée. Sur les 5 grands canots HSB existant en 1939, un seul subsiste à la Libération : le « Capitaine de Vaisseau de KERROS ».

CH19 - Le bateau de sauvetage de KERROS dans le port de Primelin durant la guerreLe bateau de sauvetage de KERROS dans le port de Primelin à la fin de la guerre (photo Eugène Perrot)

 

 

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01 mars 2013

18 - Tempête dans le Cap Sizun le 18 avril 1940

Récit des canots de sauvetage du CAP lors de la tempête du jeudi 18 avril 1940

Extraits de la dépêche de Brest du vendredi 19 et samedi 20 avril
SORTIE DES BATEAUX DE SAUVETAGE
- Hier, vers midi, l’administrateur de l’inscription maritime d’Audierne était avisé par le garde maritime de l’île de sein que la flottille de pêche se trouvait en difficultés. L’administrateur alerte aussitôt les station de la région. Le « Général BESIAT », d’Audierne ; le « Capitaine de vaisseau KERROS », du Loch, en Primelin, et « l’Amiral TOUCHARD » de l’île de sein ainsi que la vedette « Velléda », des ponts et chaussées, prirent la mer. Vers 16 heures, la « Velléda » rentrait au port d’Audierne avec 2 équipages. Qui avaient du abandonner leurs barques. Au même moment, « l’Amiral TOUCHARD » ramenait à l’île de sein les équipages de trois autre bateaux. Pendant ce temps, le bateau de sauvetage du Loch prenait en remorque un bateau qui ce trouvait en difficulté au large. Une petite barque de l’île de sein s’est échouée sur la grève de Plouhinec. Les deux hommes qui la montaient on été sauvés …….

..…La  Velléda accomplit une série de sauvetages. Le patron Jean-Marie PORSMOGUER, qui commande la vedette Velléda, des ponts et chaussées, attaché a l’île de sein, a déjà plusieurs sauvetages à son actif. Avant hier, les circonstances lui ont permis de manifester pleinement ses qualités de sauveteur. Aux premiers instants de l’après-midi, apercevant un canot en très mauvaise posture à l’entrée du port de sein, près du Nerroth, il se dirigeait aussitôt sur les lieux, Six jeunes garçons de 6 à 8 ans occupaient la frêle embarcation, qui très visiblement allait sombrer. Par bonheur, il parvint à sauver les occupants. Il était grand temps, car le canot coulait tout aussitôt. A peine les avait-il conduit à terre qu’il repartait vers un autre bateau en danger, le Paris-Brest, qui faisait eau. Il prit à son bord deux mousses et convois le bateau, ou l’on s’efforçait de combattre les entrées d’eau. Cependant, apercevant d’autre bateaux en difficultés, il se rendit près d’eux successivement. Il y en avait six. Comme il les convoyait tous à Audierne, l’un d’eux coula en route à environ deux milles du petit port de Bestrée, prés de la pointe du Raz. L’équipage fut sauvé………. A présent, c’est le canot de sauvetage du Loch qui, étant sorti pour prêter son aide, se trouvait mauvaise posture. La « Velléda » le trouva tout prés de la cote, réussit à le dégager et à le conduire au port.   …..

CH18 - La vedette Velleda 1

La vedette Velléda 1


   La vedette Velléda "1" des ponts et chaussées pour les ravitaillement des phares et balises basé à l’île de sein, servie ce jour du 18 avril, comme bateau de sauvetage en portant assistance à 42 bateaux, parmi lesquels le canot CV de KERROS du Loc’h. !

Rapport de sortie, du bateau de sauvetage De KERROS, de Mr Marcel LOUARN Garde maritime chef de la station du Loc’h écrivant à Mr Léon BERTHAUT.
   J’ai l’honneur de porter à votre connaissance que, le jeudi 18 avril 1940, vers 11h30, une bourrasque éclata sur nos côtes. Le vent soufflait de l’ouest. Les bateaux de l’île de sein se trouvaient au Sud et à l’Est de l’île et ainsi dans l’impossibilité de rejoindre leur port. Il y avait également des bateaux au large d’Audierne. Le vent soufflait avec une rare violence et la mer devint très grosse. En voyant le temps et sachant les bateaux dehors, je descendis au Loc'h pour faire sortir le canot de sauvetage pendant que Mr THOMAS fils faisait les dernier préparatifs, moi, je formais un équipage de fortune. Je pris même des marins de passage au Loc’h.
   A 13h un équipage de huit hommes était formé et je confiais le commandement au matelot Goraguer Eugène
(matelot titulaire).  Mr l’Administrateur de l’inscription maritime à Audierne téléphona au Loc’h pour dire au bateau de sauvetage d’assurer la veille sur les bateaux de l’île de Sein qui faisaient route sur Audierne.
   Après avoir donné connaissance aux marins de leur mission, je faisais sortir le bateau à 13H15 .
   Il pris immédiatement la direction indiquée. Au large de la pointe du Raz le « De KERROS » rencontra un groupement de quatre bateau ; après avoir passé au près de ces bateaux pour voir s’ils n’avaient pas besoin de secours immédiat, Goraguer se plaça au milieu du groupe, prêt à intervenir. Il conduisit ces bateaux au port d’Audierne, le « De KERROS » ressortait d’Audierne pour se porter au devant de 2 bateaux de ce port au large de Plozévet. Après avoir remorqué l’un deux à Audierne, l’autre étant rentré par ses propre moyens, le bateau de sauvetage mouillait au port d’Audierne vers 16h30 en attendant de rejoindre son abri au Loc’h…….
   Les hommes de l’équipage ont risqué leur vie par une violente tempête, pour porter secours à leurs camarades. Je vous les propose pour médaille ou diplôme de la société.
   Equipage du 18 avril :

- Eugèné GORAGUER : patron
- Jean-Marie THOMAS : mécanicien
- Henri DOUGUET : matelot
- Jean KERSAUDY : matelot
- Jeab Le BERRE : matelot
- Henri GORAGUER : matelot
- Jean CARVAL : matelot
- Clet BIGOT : matelot

 

CH18 - Le Loch Primelin - Tempête au Cap sizun 1Le port du Loch Primelin - Tempête au Cap sizun

 

Rapport de sortie de Jean-Marie THOMAS
Primelin le 22 avril 1940
   Cher Monsieur Léon BERTHAUT
Je suis heureux de pouvoir vous faire ce rapport concernant la sortie du Capitaine de Vaisseau de KERROS, sortie faite par moi, mécanicien et un équipage de volontaire dans un temps furieux.
   J’avais comme provision dans le réservoir à essence tribord, environ 75 litres, à bâbord  90 litres, et un fût de 50 litre plein en réserve …..
   Le départ du chariot a été faite par marche arrière, une seul manœuvre de marche avant fit sortir le bateau du port dans un temps record. J’ai fait tourner le moteur au dessous de son régime au début, d’ici son réchauffage parfait ( 5 minutes ). En route toute  j’étais très satisfait de la bonne marche pendant ½ heures peut être quand des ratés se produisirent dus au manque d’essence. J’ai mis le réservoir bâbord en communication, la marche normale reprend.
   Par précaution j’ai diminué légèrement les gaz. Souvent je purgeai la cuve du carburateur craignant quelques gouttes d’eau de mer dans mes réservoirs. On a pu faire beaucoup de route ainsi.
   Puis mes premières difficultés ont réapparues, l’essence n’arrivait plus suffisamment. Plus de 10 fois le moteur a stoppé, combien de fois ai-je démonté la tubulure d’arrivé d’essence sur le carburateur, soufflé dans ce tuyau en cas d’obstruction par  impuretés ou inversement aspiré à pleines bouchés cette essence qui ne coulais plus parce que le bateau était follement agité. Je ne puis vous dire combien de temps dura cette lutte contre la mer, avec notre moteur qui ne nous avançait que de quelque mètres après chaque redémarrages à la manivelle du pont. La dérive l’emportait
   Une vedette des ponts et chaussés était non loin de nous, nous déhala à l’entré du port d’Audierne, peut être pendant 5 minutes, nous marchions au ralenti. En eau calme, j’ai bien nettoyé mon carburateur.
   Tous préparé de nouveau le patron me demande de remettre en route pour reprendre le mer. Nous sommes repartis en dehors des jetées mais ne pouvant pas mettre en grand les gaz, j’ai prévenu l’équipage de faire rentrer le bateau et de l’amarré en lieu sur dans le port d’Audierne.
   Parmi les hommes il y eut des blessé, Mr l’Administrateur les fit conduire chez eux pour se changer…..
Je  restais à bord pour rechercher les défauts. Le soir une partie de l’équipage est venu me rejoindre et le temps ayant mollit, nous avons regagné notre station vers minuit, notre moteur à plein régime marchait.
   Cette journée du 18 avril nous ne l’oublierons jamais, mais c’est du matériel que je vous entretien aujourd’hui et cette expérience, cet essai rare à faire, doit nous éclairer suffisamment pour les temps à venir. Notre tuyauterie d’essence a 4m environ, 6mm de diamètre intérieur, une demi douzaine de coudes sur la longueur. Le niveau de l’essence, c’est à dire entre réservoir et carburateur a une chute de 70 à 80 centimètre.
Par beau temps, l’écoulement de l’essence est régulier, mais par mer agitée pour avoir une alimentation suffisante au carburateur il faut :
   1 – une tuyauterie plus forte, plus grosse
   2 – une tubulure genre trop plein qui permettrai d’avoir la pression atmosphérique dans le réservoir. Actuellement c’est un petit trou dans le bouchon du réservoir qui permet cet équilibre. Je vous demanderai donc l’autorisation de remédier à ces anomalies.
   Encore quelques mots au sujet du bateau : Tous le monde doit être satisfait de la tenu du canot……le bateau tient bien la mer.
   J’ai prévenu Mr Louarn que j’avais à vous communiquer ce rapport de sortie, je l’amplifierai encore ayant de très sérieux renseignement à vous fournir. Pour aujourd’hui je vais poser ma plume que la fatigue m’empêchait de tenir ces jour derniers. Recevez encore cette fois cher Monsieur Léon BERTHAUT l'assurance de mon plus grand  attachement à votre oeuvre et le souvenir cordial de toute ma famille

 

CH18 - Courrier des Chantiers Navals de Normandie au HSB du 6 mai 1940

Courrier des Chantiers Navals de Normandie au HSB du 6 mai 1940



 Jean-Marie THOMAS adressa un autre courrier à Mr BERTHAUT le 14 mai 1940 : en voici quelque extrait.

………..  Pour revenir à mon rapport sortie, je vous dirai que les mats n’ont pas été mis en place, nous avions confiance en notre moteur. Quant cette tourmente brusquement se leva, quand le téléphone par la bouche de Mr l’administrateur d’Audierne nous dit de sortir notre bateau, que des bateau de l’île de se sein faisaient route sur Audierne, leur bateau de sauvetage était en panne, nous fîmes au plus pressé. D’abord c’est une équipage de 3 hommes qui rentrant au port vient m’aider, on alerta encore d’autre marin, tous vaillants marin de métier, ils crurent bon de laisser les mats ramassés. on assista 6 bateaux entre le Loc’h et Port-Poulhan, nous primes la mer dans tous les sens, ce qui réconforte le courage des pêcheurs en fuite et montra la valeur de notre Capitaine de Vaisseau de KERROS. Au sujet d’améliorations, je signalerai encore ceci : une guérite pour l’homme de barre, le poste avant facilement accessible … Qu’on puisse de la chambre du moteur, débrayer, commander les gaz, etc. Et un porte voix afin que le mécanicien de son compartiment puisse faire les manœuvres nécessaires. Je ne demande pas de faire ces transformations à notre bateau, je me contente de vous signaler cela comme réflexion personnelle … La barre que j’ai eu modifié (remplacé la transmission avant en fil d’acier, par une chaîne, est au point à présent (l’homme de barre en est satisfait).
   Le bateau dans son état général est très bien, malgré la rude sortie de l’autre jour rien n’a cassé. Les marins sont fiers de leur sortie et je suis heureux pour eux que vous m’annonciez qu’il seront récompensés…….

CH18 - Le Loch Primelin - Tempête au Cap sizun 2

CH18 - Le Loch Primelin - Tempête au Cap sizun 3Le port du Loch Primelin - Tempête au Cap sizun

 

 

 

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22 février 2013

17 - Daniel THOMAS, patron du Paul Lemonnier et chef de la sation de sauvetage HSB du Loch Primelin

 

CH17 - Daniel THOMAS  

   Daniel THOMAS, surnommé Denniel Gola : Cola, (ou Gola du fait de la mutation particulière à la langue bretonne) étant le diminutif populaire de Nicolas : Son grand père portait ce prénom. Etant jeune il a dut hériter de cette particule pour le distingué de proche cousins ou d’autre enfants du quartier portant le même prénom.
   Il meurt au Loc'h Primelin le 4 janvier 1941 à l’âge de 86 ans, un mois après son épouse. Un journal de l'époque cite sa carrière de sauvetage avec le titre "Mort d'un vieux brave". Sa dépouille fut conduite au cimetière par les marins de la station HSB du Loch Primelin.
   Né à Kerhas Biliec en Primelin le 11 avril 1854, il est le fils aîné d'une famille de 2 enfants. Son père, Pierre THOMAS cultivateur, le voit partir à 16 ans à l'appel de la mer. Il se retrouve d'abord comme novice sur le bateau "St Michel" à Pors-Tarz.  Le 30 avril 1874,  à 20 ans, il intègre la Marine pour son service militaire, et navigue durant 5 ans sur plusieurs navires avec comme ports d’attache Toulon, Brest, Cherbourg. Il obtient la spécialité de canonnier avec le grade de quartier maître.
   Au décès de son père en 1876, la ferme familiale de Kerhas Bielec est vendue, sa mère Marie Marguerite née KERNINON et sa sœur Michelle vont habiter au Faubourg.
   De retour au pays en 1879, il retourne dans la pêche à Primelin comme Patron. En 1880, il sauve un mousse de son propre bateau "Bernadette Marie Eléonore" qui sombre dans l'anse du cabestan. Il obtient une médaille d'argent de 2ème classe le 18-11-1880.
   Il se marie en 1881 avec Marie Louise LANCOU, originaire du village de Kerlaouen en Esquibien, Ils construisent une maison au bourg de Primelin. Sa mère viendra habiter avec eux jusqu'à son décès en 1892

CH17 - Daniel Thomas et Marie Jeanne Lancou

Daniel THOMAS et Marie Louise LANCOU

   De l'union de Daniel THOMAS et Marie Louise LANCOU, naitrons 7 enfants (3 mourront jeunes). 3 de leurs fils auront également une carrière tournée vers la mer : François, Jean-Marie et Jean Guillaume

CH17 - François THOMAS - Jean Marie THOMAS - Jean Guillaume THOMAS

   Durant les années 1900, Daniel THOMAS sera membre du conseil municipal de Primelin. En 1905, il construit une maison au Loc'h pour être à côté du futur abri de Sauvetage, il devient membre au H.S.B à 51 ans le 14 septembre de la même année. En plus d’être patron du bateau de sauvetage de Primelin, il s’occupe avec son épouse d'un petit commerce dans leur maison. Il fait également commerce de langoustes avec les pêcheurs du Loch et les viviers du petit port de Pors-Tarz. De 1907 à 1926, il sera le patron du canot de sauvetage Paul LEMONNIER, puis par la suite chef de la station HSB du Loch Primelin jusqu’en 1936.

   Durant sa carrière nautique Daniel THOMAS obtiendra une 10ène décoration, certaines ont été perdues ou endommagées. Le temps nous en laisse six.

CH17 -1- Médaille Daniel THOMAS - Courage et dévoumentCH17 -2- Médaille Daniel THOMAS - ColonialCH17 -3- Médaille Daniel THOMAS - Marine Marchande

CH17 -4- Médaille Daniel THOMAS - HSBCH17 -5- Médaille Daniel THOMAS - Encouragement au bienCH17 -6- Médaille Daniel THOMAS - Mérite maritime

Médaille de Daniel THOMAS

   Certains diplômes ont accompagné la remise de médaille.

CH17 - Diplome de sauvetage - Daniel Thomas 1CH17 - Diplome de sauvetage - Daniel Thomas 2CH17 - Diplome de sauvetage - Daniel Thomas 3CH17 - Diplome de sauvetage - Daniel Thomas 4

CH17 - Diplome de sauvetage - Daniel Thomas 5CH17 - Diplome de sauvetage - Daniel Thomas 6CH17 - Diplome de sauvetage - Daniel Thomas 7CH17 - Diplome de sauvetage - Daniel Thomas 8

Diplome de sauvetage de Daniel THOMAS

    En 1931, Daniel THOMAS recoit sa dernière médaille : l'Ordre du Mérite maritime. Il est dans les premiers à la recevoir. Elle a été créée pour les gens de la mer, quelques mois plus tôt.
 

CH17 - Proposition Mérite maritime - Daniel Thomas

Proposition de décoration de L'Ordre du Mérite Maritime à Mr Daniel THOMAS validée par le député PERROT.

 

CH17 - Presse - OE -du 23-05-1931 - Daniel ThomasCH17 - Médaille de l'Ordre du Mérite Maritime - Daniel THOMAS

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

   Daniel THOMAS reçoit sa décoration lors du congrès des H.S.B (Hospitaliers Sauveteurs Bretons), à Bordeaux le dimanche 24 mai 1931.

CH17 - Presse - La dépèche de Brest du 09-06-1931- Daniel THOMAS

   J’ai retrouvé de nombreux courriers datés des années 1933-1935 entre Daniel THOMAS et le siège des HSB à Rennes. Avec son fils, Jean-Marie mécanicien, ils vont travailler ensemble sur le projet du nouveau canot de sauvetage à moteur qui sera baptisé en 1936, Capitaine de Vaisseau de KERROS.

 

CH17 - Daniel THOMAS devant le Bateau de sauvetage - Capitaine de Vaisseau de Kerros en 1936Daniel THOMAS devant le Bateau de sauvetage : Capitaine de Vaisseau de Kerros en 1936

CH17 - Courrier des HSB à Jean-Marie Thomas - Décès de Daniel Thomas
 Courrier des HSB à Jean-Marie THOMAS au décès de son père Daniel

Les Annales du bien 1941

Nécrologie de Daniel THOMAS,

   Au Loc’h en Primelin, ou il fut un patron modèle et un Chef de station tout à son devoir, Daniel THOMAS, est décédé le 4 janvier de cette année 1941. Cet homme de courage et de caractère que fut toujours «le père THOMAS», appellation affectueuse dont usaient, pour désigner, ses amis et ses anciens canotier, a droit à notre amical et fidèles souvenir.
   Il était âgé de 87 ans et avait noblement consacré ses qualités de marin et Chef à notre œuvre de sauvetage. C’est avec satisfaction que nous avons appris la façon dont il s’est « éteint » après quelques jour de lit, tranquillement.
   Inutile d’entrer en des détail oiseux. Depuis le sauvetage du bateau, Pigeon-Voyageur, il avait révélé ses hautes qualités professionnelles et humaines, il n’avait cessé de s’affirmer un type admirable de « patron », un collaborateur digne de toute estime. Naturellement, des médailles maintes fois méritées, et la croix du Mérite Maritime, brillaient sur la poitrine de ce héros.
   Empêchés que nous fûmes, au Siège Social, d’aller au Loc’h pour saluer notre vieil ami, nous avons du moins eu la satisfaction d’apprendre par notre dévoué chef de station, que la dépouille mortelle de notre cher THOMAS fut conduite au cimetière par les marins de la station, au milieu desquels Cissou, son courageux et adroit successeur comme patron du Capitaine de Vaisseau de Kerros.
    A notre mécanicien Jean-Marie THOMAS, fils du défunt, et à toutes sa familles, nous envoyons l’assurance de nos affectueux regret et l’expression de nos condoléances unanimes.

CH17 - Presse - OE du 22-02-1941 - Nécrologie Daniel THOMAS

CH17 - Porte Clef HSB

CH17 - Presse - OE du 20-02-1941 - Nécrologie Daniel THOMAS

 

 

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05 juillet 2012

16 - Le naufrage du pétrolier la Nievre à Porstarz à Primelin


 

  Au sortir de la grande guerre 14-18, la Marine nationale fit construire dans ses arsenaux de Lorient quatre pétroliers, dont la mission serait de ravitailler en mer l’ensemble de la flotte.
Ces quatre sisterships dont la construction s’échelonna entre 1919 et 1922 avaient pour noms : l’Aube, la Durance, La Rance et la Nièvre.

   Ces quatre navires eurent des fortunes diverses, l’un d’entre eux nous intéresse plus particulièrement. Il s’agit de la Nièvre.
D’une longueur de 70 mètres, d’une largeur de 11,60 mètres, de 2,28 mètres de tirant d’eau et jaugeant 2.800 tonnes, il était équipé d’un moteur de 1.000 chevaux (turbine type Bréguet) qui lui assurait une vitesse de 10,5 nœuds. La Nièvre pouvait transporter 1.500 tonnes de mazout.

Ch16 - Le pétrolier la Nièvre 1

CH16 - Le pétrolier la Nièvre

   La Nièvre est mise sur cale à l'Arsenal de Lorient le 5 septembre 1920, lancée le 10 mars 1921 et admis au service actif le 26 mars 1922. Le réducteur de vitesse fourni par la société Bréguet causa beaucoup de soucis dans sa mise au point.
A l’issue de sa première campagne du 15.01.25 au 15.01.26, le Capitaine de Corvette Esnouf commandant du navire écrivait :
« Le bâtiment gouverne très bien vent debout et aux allures voisines. Il embarque beaucoup aux allures plus arrivées que le vent de travers et d’autant plus qu’il est plus léger.
La surface de voilure est trop réduite pour exercer une influence sensible dans la manière de gouverner. Nous n’avons fait aucune traversée avec la voilure seule. »

   En effet par sa dépêche du 15.03.1922 le ministre de la Marine avait prescrit d’équiper les 4 pétroliers de voilure « pour permettre en cas d’avarie immobilisant la machine de rester manoeuvrant en continuant à faire route ou de tenir la cape par gros temps. »  (tenir à la cape consiste, pour un navire à voile ou à moteur, à régler son cap et sa vitesse par rapport au vent, à la mer et à la houle, de manière à réduire ses mouvements de roulis et de tangage)

La voilure se composait :

  • D’un foc de 70 m2
  • D’une trinquette de 47 m2
  • D’une misaine goélette de 135 m2
  • D’une pouillouse de 47 m2
  • D’une brigantine de 113 m2

          Soit un total de 412 m2

   Le 25.03.1922 le Lieutenant de Vaisseau Prunes dans un rapport sur la voilure préconisait par souci d’économie de ne pas équiper les 4 pétroliers de « voilure qui ne leur servira pratiquement jamais » (coût estimé de 250.000 francs, l’équivalent de 250.000 Euros de nos jours).
Il ne sera pas écouté car la Nièvre avait pu tester ses voiles lors de sa première campagne.

   Le Capitaine de Corvette Esnouf dans son rapport de campagne concluait en disant :
« La Nièvre est un excellent bâtiment de mer, les formes de carène sont heureuses les installations conviennent bien à son rôle ».
Le 13 avril 1926 la Nièvre talonnait, par forte brume, à l’entrée du port de Cherbourg et fut victime d’une voie d’eau.
Pour conclure sur les caractéristiques du navire citons le rapport de campagne de son commandant, le Lieutenant de Vaisseau Borde, le 14.08.1931 dans la rubrique « Appréciation générale motivée ». Ce constat est caractéristique de tous ceux dont nous avons eu connaissance entre 1925 et 1933.
« La Nièvre est un excellent bâtiment de mer. La stabilité de route en pleine charge est mauvaise, l’homme de barre doit être surveillé. Les compas sont bons mais les déviations changeant avec l’assiette du bâtiment il est important de vérifier souvent la variation. Le bâtiment manœuvre mal et a une puissance en AR si faible que toute manœuvre doit être faite avec le moins d’eau possible et qu’il ne faut jamais hésiter à mouiller les ancres à temps pour éviter le moindre contact avec les bâtiments à ravitailler. La machine étant très fragile il faut éviter les emballements de l’hélice, par mauvais temps remplir d’eau les citernes nécessaires pour augmenter le tirant d’eau et diminuer la vitesse. »

   En mai 1937 la Nièvre revenait d’Espagne, où elle avait ravitaillé les torpilleurs de la 4ème Division Orage, Ouragan et Bourrasque affectés au contrôle sur les côtes loyalistes, et faisait route sur Brest. Le commandement du bateau était assuré par le Lieutenant de Vaisseau Bruno Eyriès (né en 1900).
Parti de la Corogne le jeudi 20 mai à 14 heures, la Nièvre avait du naviguer dans le golfe de Gascogne par temps de boucaille (bruine et crachin) et mauvaise visibilité.
A l’approche du Cap Sizun, le pétrolier rencontrait du mauvais temps de Nord-ouest avec de nombreux grains rendant la visibilité nulle. Le lieutenant de Vaisseau Eyriès était sur la passerelle en tenue de mauvais temps au moment du talonnage. Il n’avait vu ni le feu de Penmarc’h ni celui d’Armen. Filant 8 nœuds et ayant très nettement sous estimé sa dérive vers l’ouest, les rochers furent aperçus trop tard et malgré la rapidité de la manœuvre la Nièvre s’échoua le samedi 22 mai 1937 à 3 heures du matin sur les roches devant Porstarz en Primelin.

CH16 - Naufrage de la Nièvre à Primelin en Mai 1937a
Photo Eugène Perrot

   La mauvaise surprise passée, la Nièvre actionna tous ses moyens sonores (corne, sifflet, cloche) et lumineux (feux clignotants, projecteurs). M. Gourmelen, gardien des viviers Le Gall à Porstarz fut alerté et avec l’aide de son fils et de marins du voisinage, ils s’approchèrent de la côte pour porter secours au navire naufragé.
A 4 heures du matin, la gendarmerie d’Audierne était prévenue et le chef Anthoine ainsi que l’administrateur maritime du quartier d’Audierne Monsieur Guet se rendaient sur les lieux.
Dès 3 heures 30 les tentatives de débarquement avaient commencé. Après deux échecs, le canot à moteur de la Nièvre coula et la baleinière se brisa sur les rochers, vers 8 heures, le quartier maître Cadran et le second maître Castel réussissaient à joindre la côte à bord d’un youyou et à capeler une haussière. Les 59 hommes purent alors rejoindre le rivage avec un minimum de matériels.
Un seul homme fut légèrement blessé, le matelot cuisinier Moisan qui eut les deux chevilles foulées.
La population du voisinage accourue en masse réconforta du mieux possible (café chaud) les malheureux marins.
Pendant ce temps, 2 remorqueurs avaient appareillé de Brest : le Faisan à 7 heures et le Mastodonte à 8 heures 30.

 

CH16 - Naufrage de la Nièvre à Primelin en mai 1937bCH16 - Naufrage de la Nièvre à Primelin en mai 1937c
Photo Eugène Perrot

A 11 heures 28 par télégramme le Faisan faisait état d’une mer grosse et d’une faible visibilité.
A 11 heures 45, le Mastodonte signalait ne pouvoir s’approcher de la Nièvre sans risques majeurs.
Vers midi le Contre Amiral Derrien arrivait à Porstarz et devant l’état de la mer ordonnait aux deux remorqueurs de rejoindre Brest qu’ils atteignirent vers 17 heures 30.
10 hommes furent postés à la garde du navire sur lequel compte tenu de l’état de la mer, il n’était pas possible de remonter. Le reste de l’équipage se rendit au bourg de Primelin où des moyens de transports viendraient les rejoindre.
Vers 15 heures le Vice Amiral Laborde chef d’escadre se rendait également sur les lieux.
Vers 17 heures, les marins de la Nièvre furent rapatriés au 2ème dépôt de Brest où ils furent consignés.

CH16 - Naufrage de la Nièvre à Primelin en mai 1937dCH16 - Naufrage de la Nièvre à Primelin en mai 1937e
Photo Eugène Perrot

   Les cuves ayant été perforées, le mazout commençait à s’échapper du navire (il en restait 250 tonnes), créant une marée noire et obligeant Madame Le Gall, mareyeuse sur les quais à Audierne, et propriétaire des viviers de Porstarz, à évacuer et mettre à l’abri sa précieuse cargaison de 3 tonnes de langoustes.

CH16 - Naufrage de la Nièvre à Primelin en mai 1937h
Photo Eugène Perrot

    Le dimanche, le temps s’était dégagé et les marins avaient pu monter à bord du bateau et débarquer matériels et munitions. De toute la Cornouaille des milliers de personnes ayant appris la catastrophe se rendirent sur le site. Des commerçants ambulants s’installèrent sur la dune, profitant de cette fortune de mer pour développer leurs commerces.

CH16 - Naufrage de la Nièvre à Primelin en Mai 1937kCH16 - Naufrage de la Nièvre à Primelin en Mai 1937mCH16 - Naufrage de la Nièvre à Primelin en Mai 1937lCH16 - Naufrage de la Nièvre à Primelin en Mai 1937o


   Vers 15 heures la foule ne cessait d’augmenter  et la mer de monter. La Nièvre gîtait sur tribord et roulait légèrement. Le Lieutenant de Vaisseau Eyriès embarqua sur le Capitaine de Vaisseau Kerros, canot de sauvetage du Loch, afin de venir inspecter son navire.

CH16 - Naufrage de la Nièvre - Bateau de sauvetage CV de Kerros - Mai 1937
Le bateau de sauvetage CV de Kerros autour de la Nièvre


Les remorqueurs Faisan et Mastodonte étaient revenus sur les lieux.
Le Contre Amiral Ven était également présent et il fut décidé d’attendre la pleine mer du mardi pour tenter un renflouement.

Les Annales du bien  - 1937 -  Section de Quimper

Presse Ouest Eclair du 23-05-1937 - Naufrage de la Nièvre
Presse Ouest Eclair du 24-05-1937 - Naufrage de la Nièvre
Presse Ouest Eclair du 26-05-1937 - Naufrage de la Nièvre


CH16 - Naufrage de la Nièvre à Primelin en Mai 1937q    Dès le lundi matin, les remorqueurs Faisan, Mastodonte,  Toulinguet et le Provençal appareillaient de Brest.
Dans la matinée également, le matériel nécessaire au renflouement (bois, étoupe, ciment à prise rapide, pompes…) était acheminé par camions sur les lieux. Des scaphandriers seront mis aussi à contribution.
Le Capitaine de Vaisseau Homburger prenait en charge les opérations et visitait le navire. L’équipage resté sur place y embarquait également afin de préparer les manœuvres du lendemain.
Des allèges, deux chalands de 200 tonnes chacun, seront prévus pour soulager la Nièvre et seront remorqués sur place par le Ramier et l’Aiblet.
Tous les moyens seront donc mis en œuvre pour que le renflouement soit une réussite.
Hélas, les rochers et la mer furent les plus forts et les résultats ne furent pas conformes aux attentes. Dans la soirée les chalands et les remorqueurs rejoignaient leur port d’attache et l’on continuait à pomper le navire.
Ce dernier fut inspecté le 28 mai 1937 par le Capitaine de Vaisseau Homburger et l’ingénieur en chef du génie maritime Renvoise. Ils émirent un avis pessimiste sur les chances de renflouement du bateau et sa remise en état (cf rapport d’expertise).

CH16 - Naufrage de la Nièvre à Primelin en Mai 1937r

Le 14 juin 1937 le Contre Amiral Bourrague secrétaire du conseil supérieur de la Marine émettait l’avis suivant :
« Considérant l’âge du bâtiment et les dépenses à engager pour sa remise à flot, hors de proportion avec les services qu’on pourrait encore en attendre ;
Emet l’avis :
Il y a lieu de prononcer d’urgence la condamnation du transport pétrolier « Nièvre », et sa remise aux Domaines aux fins de vente au profit du Trésor, après récupération du matériel d’armement récupérable./. »

Le 22 juillet 1937 il fût vendu à Monsieur Glotz, 141 Boulevard Saint Michel à Paris pour la somme de 1.257 francs ( 640 Euros de nos jours). Monsieur Glotz fût seul à soumissionner.

CH16 - Vente de l'épave de la Nièvre

La coque fut ensuite progressivement démontée en profitant des marées basses.

CH16 - Naufrage de la Nièvre à Primelin en Mai 1937

Ch30 - Déconstruction de la Nièvre 1

Ch30 - Déconstruction de la Nièvre 2

Ch30 - Déconstruction de la Nièvre 3Déconstruction de la Nièvre durant l'été 1937


On peut toujours apercevoir quelques restes de ce naufrage dont beaucoup d’habitants de Primelin ont gardé des vestiges.

CH16 - Bousole de la Nievre
Boussole de la Nièvre


Les responsabilités.
Le 12-07-1937 sur la recommandation du Contre Amiral Derrien qui écrivait :
« En raison commandements antérieurs et connaissance région, Capitaine de Frégate Le Pivain paraît présenter aptitude particulière »
Le Ministre de la Marine César Campinchi (1) désigna le Capitaine de Frégate Louis Le Pivain comme commissaire du gouvernement à l'encontre du Lieutenant de Vaisseau Bruno Eyriès commandant de la Nièvre.
Il sera assisté par les Capitaines de Frégate Poher, Faivre, Deuve et Fouque.
Le 20-10-1937 le Ministre de la Marine Campinchi donne ordre de mise en jugement de Bruno Eyriès devant le conseil de guerre de Brest et demande à être informé par télégramme de la sentence du conseil de guerre.
Le 08-11-1937 Le Lieutenant de Vaisseau Eyriès est acquitté.

Bruno Eyriès finira sa carrière dans la Marine avec le grade de Capitaine de Vaisseau.

CH16 - Logo HSB


 Chapitre réalisé avec l'aide précieuse de Michel BESCOU

 

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01 juillet 2012

15 - Les premières années du bateau de sauvetage CV de Kerros du Loch Primelin


 

   Le bateau de sauvetage "Capitaine de Vaisseau de KERROS" est le seul bateau à moteur moderne des Hospitaliers Sauveteurs Bretons du sud Finistère. A chaque occasion, le canot est mis en valeur. Les coûts d'entretien sont importants, et des dons sont régulièrement demandés à la population.

CH15 - Presse OE du 12-10-1937 - SOS des HSBCH15 - Presse OE du 21-06-1938 - Soirée musicale des HSB pour la sation de sauvetage du Loch PrimelinCH15 - Presse OE du 20-05-1939 - HSB à la foire-exposition à Quimper

L’équipage du nouveau bateau de sauvetage était composé de deux équipes :
La première de Primelin, (dite ordinaire)

  •      Eugène CISSOU - Patron
  •      Jean-Marie THOMAS - Mécanicien
  •      Guillaume CARVAL
  •      Henri DOUGUET
  •      Jean YVEN
  •      Jean KERSAUDY


Et la seconde de Plogoff, (dite de remplacement)

  •      Hervé QUERE - Patron
  •      Clet YVEN
  •      Henri DANZE
  •      J. KERSAUDY
  •      COATMEUR
  •      SICOURMAT

Durant les différentes interventions, le mélange des équipes était fréquent.

CH15 - Presse OE du 15-10-1937 - Station de sauvetage HSB du Loch Primelin - Bateau CV de Kerros

 

CH15 - Les annales du bien - la section HSB de Quimper en 1938

 

CH15 - Presse OE du 04-07-1939 - Bateau de sauvetage CV de Kerros - Bénédiction de la mer au Loch Primelin

 

Ch15 - Presse - CV de Kerros - Fête de la mer au Loch le 2 juillet 1939Bénédiction de la mer le dimanche 2 juillet 1939

 

CH15 - Presse OE de Aout 1939 - CV de Kerros - Fête du Sauvetage à Tréboul

CH15 - Logo HSB

 


 

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30 juin 2012

14 - L'inauguration du bateau de sauvetage Capitaine de Vaisseau de KERROS au Loch Primelin

CH14 - Presse OE du 12-11-1936 - Date de l'inauguration du CV de Kerros

CH14 - Revue - Les annales du bien 1936

 
Les Annales du Bien - Octobre-Décembre 1936 :

Inauguration au Loch en Primelin et baptême du canot de sauvetage « Capitaine de Vaisseau de KERROS »

Cette cérémonie s’est accomplie le 15 novembre par temps gris et un peu frais, au milieu d’un concours de marins et de curieux venus des communes voisines et jusque de Quimper et Audierne. Et ce fut très simple, comme il convenait à la mémoire du Commandant de Kerros, qui soldat héroïque parmi ses fusiliers marin, fut aussi un homme aussi simple dans sa distinction que le chef aimé entre tous.
   Nous avons remarqué là M. GUET, administrateur de l’Inscription Maritime à Audierne, délégué par M. le Ministre de la Marine Marchande ; M. le Secrétaire Général de la Préfecture remplaçant M. le Préfet ; M. CAVENEL, Ingénieur en chef des ponts et Chaussées ; M. BALCH,  Ingénieur des ports.
   MM. les Maires de Primelin et des communes voisines, etc ….
   La section de Quimper, de laquelle dépend la section du Loc’h était représentée pas M. DESTOUR son distingué président, M. Le FLOCH, son dévoué secrétaire-trésorier ; M. de BROC, inspecteur des stations ; M. VILLARD, conservateur du matériel et le dévoué président des Anciens Marins et Pompons Rouges.
   Le président du Conseil Supérieur atteint de cataracte, avait pu répondre à l’appel de la section grâce à la présence amicale de M. ABADIE. Son premier geste, arrivant, fut de donner l’accolade au bon vieux brave que fut le patron du Paul LEMONNIER,  M. THOMAS père du mécanicien à bord du nouveau canot.
   Avec un très léger retard, venu de l’encombrement du lieu par la foule, M. l‘abbé ABGRALL, recteur de Primelin, s’adressa à « ses chers marins » et à leur vaillantes compagnes dont il exalta les vertus comme épouses, comme mères, comme veuves, femmes qui savent la noblesse et l’utilité du métier. Après cette allocution appréciée de tous, M. ABGRALL procéda à la bénédiction traditionnelle.

CH14 -1- Bénédiction - Inauguration du Bateau de sauvetage CV de Kerros a PrimelinCH14 -2- Bénédiction - Inauguration du Bateau de sauvetage CV de Kerros a Primelin

   Puis ce fut à M. DESTOUR de prendre la parole. Il remercia le Président Général et le Conseil Supérieur, accepta la charge d’administrer cette station du Loc’h avec l’aide de ses collaborateurs, rendit hommage à la bienveillance des autorités civiles et marines, dit sa vive sympathie pour les Marins, en particulier pour ces Pompons rouges qui ont fait de lui leur président d’honneur. Son discours, fin littéraire, bellement dit, fut chaleureusement accueilli.

CH14 -3- Inauguration du Bateau de sauvetage CV de Kerros a Primelin

   M. Léon BERTHAUT lui succéda. Il remercie d’abord le président de Quimper et ses collaborateur. Après quoi, il rappelle l’histoire de la création de cette station du Loc’h, grâce aux généreux concours de Mme LEMONNIER qui, d’ailleur, avec les H.S.B. , fonda aussi cette Ecole de Groix, première école de pêche ouverte en France et que soutiennent toujours les H.S.B. Le président général évoque aussi les exploits du Paul LEMONNIER, conduit à travers tant de périls par son patron THOMAS, aux médailles duquel s’est enfin ajoutée la Croix de chevalier du Mérite Maritime.

CH14 -4- Inauguration du Bateau de sauvetage CV de Kerros a Primelin

CH14 -5- Presse le courrier du Finistère - Inauguration du Bateau de sauvetage CV de Kerros

CH14 -6- Inauguration du Bateau de sauvetage CV de Kerros a PrimelinCH14 -7- Inauguration du Bateau de sauvetage CV de Kerros a Primelin

    Pour parler du nouveau canot, qui a si bien débuté le 30 octobre, M. Léon BERTHAUT, en saluant la mémoire du commandant de KERROS, en exalta le noble caractère et rendit hommage à Mme de KERROS, représentée à la cérémonie par les parrain et marraine, M. et Mme Jean de KERROS, accompagnés de M. Léon de KERROS et de M. le commandant de RODELLEC de Portzic. Après quoi, le président général fit allusion à l’exploit accompli déjà par le beau bateau construit aux Chantiers de Normandie, grâce à l’habileté du patron CISSOU et à la vaillance de son équipage. Il offrit ce premier résultat en hommage de reconnaissance aux souscripteurs qui ont fourni environ le tiers de la somme nécessaire au paiement du canot. A ce témoignage s’ajoute l’expression de la gratitude des H.S.B. envers les hautes administrations : Ministère de la Marine Marchande ; Ponts et Chaussé, etc … Le Président général termina en faisant appel aux amis, lointains ou rapprochés, des gens de mer et des œuvres de sauvetage, des H.S.B. en particulier.

CH14 -8- Inauguration du Bateau de sauvetage CV de Kerros - Mise à l'eau

   Une telle cérémonie ne peut se terminer sans le lancement de la nouvelle unité. Le départ eut lieu dans les meilleures conditions, à l’admiration de la foule qui put voir le bateau passer la barre avec souplesse d’une mouette …

CH14 -9- Photo colorisée - Inauguration du Bateau de sauvetage CV de Kerros a Primelin

   Ce que nous ajouterons ici, avec l’autorisation du Président Général c’est que le bel équipage du 30 octobre ne sera point oublié dans les propositions de récompenses pour l’Assemblée général de 1937.
   Mais il y a encore beaucoup à faire pour que cette station du Loc’h donne aux H.S.B. toute satisfaction et, entre autres choses, la possibilité de partir à toute heure. Avec la bienveillance des chefs de toutes les administration de la région, tout le possible sera fait, nous l’espérons, dans un assez proche avenir.
   Des remerciements spéciaux étaient dus à M. le Secrétaire Général de la Préfecture et à M. l’Administrateur de l’I.M., qui après M. le député PERROT, voulurent bien assurer les H.S.B. de ce bienveillant intérêt que portent les administrations et l’Etat au progrès du sauvetage et à l’effort des H.S.B. qu’ils veuillent bien trouver ici l’expression de ces remerciements sincères.
   « Et maintenant, nous dit le Président Général questionné, que notre section de Quimper veuille bien nous aider à faire vivre la station du Loc’h !. Les équipages, sous la direction de M. EON, chef de station, nous sauront faire honneur. A notre tour, nous leur rendons justice et nous efforceronts de la leur obtenir de tous et partout !».

CH14 -10- Inauguration du Bateau de sauvetage CV de Kerros - Mise à l'eau

   L’épouse de Léon De KERROS, Mme Jeanne née MEROT Du BARRE empêchée par la maladie fut représentée par son fils, Jean De KERROS et son épouse Germaine née DELACOUR (1906-1959) marraine du canot. Ceux-ci embarquèrent avec leur neveu Emmanuel qui se souvient de la chute à l’eau du chapeau de la marraine, provoquant un exercice inopiné « un homme à la mer » sous les yeux admiratifs de la foule.

CH14 - Presse Ouest Eclair du 16-11-1936 - Inaugurations du bateau de sauvetage CV de Kerros

CH14 - Presse Ouest Eclair - Inauguration du Bateau de sauvetage CV de Kerros

CH14 - Presse le Dépèche - Inauguration du Bateau de sauvetage CV de Kerros

CH14 - Revue - Le Yacht n°2801 Novembre 1936 - Inauguration du CV de Kerros

   De la journée inaugurale, subsiste donc, une foule de documents que nous rapportent les journaux de l’époque. Mais aussi, de merveilleuses photos prises principalement par Mr Joseph VILLARD, membre de la section H.S.B, passionné de bateaux et de voile. Mais reste surtout, la mémoire des témoins encore vivants qui se souviennent de cet événement.

CH14 - Trou au plafond de l'abrit de sauvetage

 

   Un des « détails » non cité par les journaux fut peut-être un accident évité de justesse, lors de la mise à l’eau du canot : en effet, le nouveau bateau n’avait pas le même poids que le Paul LEMONNIER, sur le chariot qui le menait par les rails à l’océan.
  La personne qui manipulait le treuil manuel fut surprise par l’accélération brutale de la poignée qui n’avait pas été débraillée. La démultiplication fit tourner à vive allure la poignée et la projeta avec force, mais heureusement en direction du plafond de l'abrit situer à 5 mètres de haut.
 

   Encore aujourd’hui on peut voir le choc qu’a laissé l’impact de la manivelle sur le parquet de 3 cm d’épaisseur. Un trou de 4 cm de diametre !. La foule occupée à regarder le canot « glisser » en direction de l’océan ne se rendit compte de rien.

 

CH14 - Logo HSB en tissu

 


 

25 juin 2012

13 - Le brillant début du Bateau de sauvetage CV de Kerros dans la baie d'Audierne


 

   Le 30 octobre 1936, 15 jours avant son baptême au Loch Primelin, le bateau de sauvetage CV de KERROS réalise une série de sauvetages très remarquée.

CH13 - Presse OE du 05-11-1936 - Les beaux début du CV de Kerros

CH13 - Tempête au Loch Primelin en 1936 b

Les Annales du Bien : Octobre / Décembre 1936
Brillant début, au Loch, de notre canot  « Capitaine de Vaisseau de KERROS »
Voici la partie la plus substantielle du remarquable rapport adressé au Président Général par M. EON, Chef de Station au Loc'h, sur la première sortie du Capitaine de vaisseau de KERROS, le 30 octobre :
« Le temps était beau et plusieurs embarcations se livraient à la pêche dans la baie d'Audierne.
Alors que rien ne pouvait le faire prévoir, une houle formidable se leva tout à coup, déferlant avec fracas sur les falaises et interdisant l'entrée du Loc’h à cinq embarcations de ce port, surprises en mer par ce coup de temps inattendu. Mis au courant de ce qui se passait, je me rendis aussitôt à la station afin de prendre toutes dispositions utiles.
   Le patron CISSOU, conscient de ses devoirs, avait déjà rassemblé son équipe et disposé le matériel en vue d'une sortie. Jugeant critique la situation des embarcations surprises en mer, je mis le canot à l'eau à 13 heures, la hauteur de la marée ne me permettant pas d'opérer plus tôt. La manœuvre fut faite avec plein succès.
   Les barques en mer, voyant que l'entrée du Loch leur était impossible, avaient mis le cap sur Audierne, estimant sans doute que la passe de ce port serait plus aisée. J'ordonnais donc au patron CISSOU de faire route de ce côté, de rentrer nos embarcations à Audierne et de prêter son concours si d'autres barques se trouvaient en difficulté aux abords de ce port. La manœuvre de sortir de là était délicate, car la houle déferlait avec une extrême violence en plein travers de la baie, submergeant complètement la digue et balayant la route de grande communication qui longe le Loch. L'équipe du Capitaine de Kerros nous démontra, à cette occasion, toutes ses qualités manœuvrières et exécuta cette opération d'une façon impeccable, à la grande admiration des nombreuses personnes spectatrices.
   Peu après, il atteignait successivement les barques numéros 1481, 1264 et 1756, du Loch, montées par les marins Ferdinand KERLOCH, de Plogoff ;  Arsène CARIOU, de Primelin ; Yves et Simon COSQUER, de Primelin. Ces hommes furent recueillis à bord du Capitaine de vaisseau de KERROS et les trois canots mis à la remorque. Deux embarcations restaient à secourir ; mais l'état de la mer à l'entrée de la baie d'Audierne ne permettait pas d'en prendre un plus grand nombre sans risques d'avaries. CISSOU les prévint de rester au large en attendant son retour. Il fit alors route sur la passe d'Audierne. En passant la barre, l'étrave d'une des embarcations dut accrocher par la violence des lames : le canot partit à la dérive. Quant au Capitaine de vaisseau de KERROS, il atteignit heureusement Audierne, avec ses trois équipages déposés à quai.
   Se jouant des lames énormes qui déferlaient à l’entrée, il ressortit aussitôt, rattrapa l'embarcation qu'il avait perdue quelques instants plus tôt et recueillit les marins Laurent CARIOU et Jean-Marie FOLLIC. Leur canot fut pris en remorque et entré à Audierne à 15 heures. Nouvelle sortie pour le canot monté par les marins Henri CARADEC et Joseph CARIOU, de Plogoff. La manœuvre réussit d’une façon aussi brillante que les précédentes. Il est alors 15h20. On signale alors au Capitaine de vaisseau de KERROS que deux embarcations de Pors-Poul’han, sont en difficulté au large. Il reprend la mer aussitôt, fait route au Sud-Est et rejoint, environ à trois milles de la passe, les deux embarcations qui sont montées par 5 hommes : Guillaume ANSQUER, Le DERN ; les autres noms me sont malheureusement inconnus. Les hommes et les embarcations sont ramenés à Audierne à 16h30 sous les acclamations de la foule enthousiasmée.
   Le mécanicien Jean-Marie THOMAS me signale leur rentrée à Audierne. Je lui donne l'ordre d'amarrer le canot à l'abri dans le fond du port, estimant que l'état de la mer au Loch ne permet pas de le hisser sans risque d'avaries.
   Le samedi 31, le temps étant plus clément, le Capitaine de Vaisseau de KERROS rejoignait Le Loch et était rentré dans son abri sans incident. D'après les déclarations de M. JAFFRY d'Audierne, secrétaire de la Société Générale, qui assistait en personne aux opérations de sauvetage, il y aurait eu, sans l'heureuse intervention de notre canot, mort d'hommes à déplorer, le canot de sauvetage d'Audierne, vu ses faibles moyens, ne pouvant franchir la barre, se trouvait dans l'impossibilité d'apporter le moindre secours aux équipages en danger. II m'a de plus fait de grands éloges de l’équipage et du canot du Loc’h qui ont causé l'admiration de la population d'Audierne.
Ceci est tout à l'honneur de la Société des Hospitaliers Sauveteurs Bretons. Treize hommes sauvés, sept barques arrachées à une perte certaine, le Capitaine de Vaisseau de KERROS s'est, pour sa première sortie, taillé la part du lion, espérons qu'il ne s'en tiendra pas là.

L'équipage tout entier, qui a fait preuve d'initiative et d'un cran digne d'éloges était ainsi constitué :
Eugène CISSOU, patron
Jean-Marie THOMAS, mécanicien.
Jean KERSAUDY, matelot.
Jean YVEN, matelot.
Henri DOUGUET, matelot.
Guillaume CARVAL, matelot.
Tous de Primelin.

Je les propose à M. le Directeur pour la prime prévue par les statuts.
Le matériel s'est comporté d'une façon admirable, le Capitaine de Vaisseau de KERROS est une merveille et fait grandement honneur à l’ingénieur qui a conçu ses lignes et à son constructeur. Le moteur a fonctionné d’une façon parfaite.

Le Chef de Station
Signé : J. EON

CH13 - Tempête au Loch Primelin en 1936 a

Article de presse Ouest Eclair du 10 novembre 1936 - Une visite au petit port du Loch Primelin

CH13 - Daniel Thomas ancien patron du Paul Lemonnier et Chef de la station HSB du Loch Primelin

Photo de Daniel THOMAS, ancien Patron du Paul LEMONNIER et ancien Chef de la station HSB du Loch Primelin, devant le bateau de sauvetage Capitaine de Vaisseau de KERROS en Octobre 1936.

CH13 - Logo HSB

 


 

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